Coup de théâtre au Sénat : en pleine séance consacrée à l'examen du projet de loi visant à organiser une autonomie de la Corse au sein de la République, le sénateur de Haute‑Corse Paulu‑Santu Parigi a annoncé, lundi soir, son retrait du processus de Beauvau ainsi que celui de l'ensemble des nationalistes. L'annonce est intervenue peu après la reprise de la séance, vers 22 heures.
Une rupture formelle en séance
Selon le compte rendu publié par ICI, le sénateur a pris la parole pendant moins de trois minutes pour expliciter sa décision. Il a imputé à certains acteurs politiques des manières de faire qu'il juge inacceptables et a critiqué une disposition adoptée en séance, qu'il présente comme vidant de contenu des éléments revendiqués par les nationalistes — notamment le statut de résident et la reconnaissance de la langue corse.
"En votant l'alinéa qu'a proposé Mme Jourda, il n'y a plus de statut de résident, il n'y a plus de langue corse, donc on part sur un statut qui est boiteux", a déclaré Paulu‑Santu Parigi, selon ICI.
Positions et conséquences politiques
Le retrait annoncé englobe, selon le sénateur, la majorité territoriale insulaire ainsi que l'ensemble des formations nationalistes représentées au Parlement. ICI rapporte que le Parti nationaliste corse (PNC) et le groupe Avanzemu à l'assemblée de Corse ont, par communiqué, confirmé la suspension de leur soutien au processus et indiqué qu'ils poursuivraient des discussions avec d'autres forces partageant la même analyse.
Sur le plan parlementaire, l'examen du projet de loi pour une autonomie de la Corse s'est toutefois poursuivi dans l'hémicycle du Sénat après cette déclaration. Le retrait des nationalistes modifie la donne politique autour des débats : il fragilise la représentativité des acteurs insulaires qui avaient accepté d'entrer dans le dialogue engagé en 2022 sous l'appellation « processus de Beauvau » et soulève des questions sur la capacité du texte à intégrer leurs revendications spécifiques.
- Acteurs concernés : sénateurs corses nationalistes, PNC, groupe Avanzemu.
- Motif avancé : désaccord sur des amendements adoptés au Sénat, notamment sur le statut de résident et la langue corse.
- Conséquence immédiate : maintien de l'examen du projet de loi au Sénat malgré la sortie des nationalistes.
Ce que cela change pour les territoires
Pour les collectivités territoriales de Corse, la décision de se retirer du processus de négociation ouvre plusieurs pistes d'impact :
| Dimension | Effet possible |
|---|---|
| Consultation politique | Moins de représentants insulaires dans les discussions formelles avec l'État |
| Texte législatif | Risque d'un texte perçu comme moins conforme aux demandes nationalistes |
| Climat institutionnel | Renforcement des tensions entre élus locaux corses et parlementaires nationaux |
Les nationalistes dénoncent aussi, dans leurs propos rapportés, des tentatives d'influence de juristes et des pressions visant à modifier des votes sénatoriaux. ICI rapporte ces éléments et publie des extraits des déclarations du sénateur Parigi. Le PNC et le groupe Avanzemu ont indiqué qu'ils continueraient à « poursuivre au cours des prochaines heures les discussions engagées avec les forces souscrivant à cette analyse », sans préciser la forme que prendront ces discussions.
Au plan national, l'affaire pose une question politique : comment concilier, dans le cadre d'un même texte, les garanties constitutionnelles de l'État et les attentes d'autonomie exprimées par une partie des élus corses ? Le retrait des nationalistes complique le calendrier politique et pourrait peser sur le consensus nécessaire à l'adoption d'un texte structurant pour l'avenir institutionnel de l'île.
Le Sénat a donc poursuivi ses délibérations après l'annonce, mais le déroulement ultérieur des votes et les réactions des autres groupes parlementaires et de l'exécutif resteront des éléments à suivre pour mesurer l'impact réel de cette rupture.