À Agen, la gestion des populations de pigeons devient un sujet de politique municipale où se croisent préoccupations sanitaires, bien‑être animal et contraintes pratiques pour les gestionnaires publics. Amanda Sanz, adjointe au maire d’Agen en charge de la transformation écologique, de la biodiversité, de l’adaptation au changement climatique et des espaces verts, a indiqué qu’elle engageait le service hygiène et santé de la ville dans une réflexion visant à remplacer certaines méthodes par des solutions jugées plus respectueuses.
Contexte local : nuisances et méthodes actuelles
La présence de pigeons pose des difficultés dans des secteurs précis d’Agen, notamment autour de la résidence Rodrigues, où les fientes, plumes et odeurs créent des nuisances pour les habitants et les gestionnaires d’immeubles. Le dossier intéresse aussi des associations de protection animale : après les élections municipales du printemps, l’association PAZ (Projet Animaux Zoopolis) a signalé des pratiques qu’elle considère douloureuses — gazage, tirs, torsion du cou — et qui ont attiré l’attention de plusieurs mairies.
Quelle évolution des pratiques ?
Jusqu’à présent, la municipalité utilisait des cages équipées de trappes et la technique de l’étourdissement électrique, mise en œuvre « en coordination avec des vétérinaires homologués », une méthode présentée comme visant à limiter les souffrances, a indiqué l’élue.
« Avec le service hygiène et santé de la ville, nous réfléchissons à des méthodes plus respectueuses. »
Parmi les alternatives envisagées figure l’emploi de graines contraceptives pour pigeons — des grains enrobés de nicarbazine qui empêchent le développement des embryons dans les œufs. Mais l’adjointe exprime des réserves quant à la sélectivité de cette solution.
« Ce n’est pas un traitement sélectif. D’autres oiseaux peuvent ingurgiter ces graines, des moineaux, des corbeaux... On enregistre déjà une chute de 70 % des espèces d’oiseaux au niveau européen, j’aime autant éviter un traitement non sélectif. »
Enjeux et contraintes pour la commune
La décision municipale doit composer avec plusieurs impératifs :
- réduire les nuisances pour les habitants et le patrimoine bâti ;
- respecter le bien‑être animal et les cadres sanitaires ;
- éviter des mesures susceptibles d’affecter d’autres espèces ou d’engager la responsabilité environnementale de la commune.
Sur le plan opérationnel, la pose de cages dépend souvent de l’accord des propriétaires privés des bâtiments où elles sont installées, ce qui limite la marge de manœuvre de la collectivité. L’adjointe souhaite donc examiner plusieurs pistes avant d’adopter une option pérenne.
Alternatives discutées
La réflexion municipale porte sur des alternatives qui tentent d’équilibrer efficacité et sélectivité. Un premier inventaire des options et de leurs implications peut se présenter ainsi :
| Méthode | Avantage | Limite |
|---|---|---|
| Cages et capture avec étourdissement vétérinaire | Réduction ciblée des individus sur zones précises | Dépend du volontariat des propriétaires et de l’encadrement vétérinaire |
| Graines contraceptives (nicarbazine) | Effet démographique progressif | Risque d’ingestion par d’autres espèces, manque de sélectivité |
| Mesures non létales (éloignement, répulsifs, aménagements) | Moins controversées éthiquement | Souvent coûteuses et demandent un entretien régulier |
Conséquences et portée
La décision d’Agen peut avoir un effet d’entraînement : d’autres communes, confrontées aux mêmes tensions entre nuisances urbaines et protection des espèces, suivent généralement les retours d’expérimentation. La prudence affichée par l’élue — en particulier sur la sélectivité des traitements — illustre la montée en puissance des enjeux de biodiversité dans les arbitrages municipaux.
Pour l’heure, la municipalité a engagé une phase d’étude avec le service hygiène et santé et n’a pas annoncé de mesure définitive. La démarche montre toutefois que la gestion des espèces urbaines est en train d’être réinterrogée au niveau local, entre attentes citoyennes, contraintes juridiques et impératifs écologiques.