Lois & réformes

Le projet « casseurs-payeurs » critiqué par Amnesty avant son examen au Sénat

Amnesty International demande au gouvernement de renoncer au projet de loi créant une responsabilité civile collective pour dégradations en manifestation ; le texte, soutenu par la droite et jugé indispensable par le Premier ministre, sera débattu au Sénat à partir de mardi.

Le projet « casseurs-payeurs » critiqué par Amnesty avant son examen au Sénat
©Illustration IA Marion Delaunay / delitsdopinion.com

Le projet de loi communément appelé « casseurs-payeurs » est au cœur d'un désaccord public qui va s'exprimer cette semaine au Sénat : le texte, qualifié d'« absolument indispensable » par le Premier ministre Sébastien Lecornu, doit y être débattu à partir de mardi.

Ce que prévoit le texte

Le dispositif introduit une responsabilité civile collective au profit des victimes de dégradations commises lors d'un rassemblement. Concrètement, il vise à rendre tout membre d'un groupement civilement responsable des dommages causés par des participants, sans qu'il soit nécessaire de prouver que la personne ait personnellement commis les faits. Le co-rapporteur sénatorial, David Margueritte (Les Républicains), a indiqué qu'une solidarité financière pourrait être prévue « à hauteur de 10 000 euros par individu qui serait interpellé ».

Réactions et enjeux juridiques

L'initiative reçoit le soutien d'une partie de la droite parlementaire, qui y voit un outil de fermeté après les violences et pillages du 17 octobre. En revanche, Amnesty International a publié un communiqué public lundi appelant le gouvernement à renoncer au projet. Dans ce texte, la directrice du pôle Action, Nathalie Godard, alerte sur les conséquences possibles pour l'exercice du droit de manifester et sur la conformité du dispositif au droit international.

« Les participants à une manifestation ne doivent être tenus responsables que de leur propre conduite, et non des actes commis par d'autres participants, et cela doit être étayé par des preuves », a déclaré Nathalie Godard.

Amnesty affirme également qu'une telle disposition pourrait permettre de tenir des personnes civilement responsables d'actes qu'elles n'ont pas personnellement commis et entraînerait un effet dissuasif sur la liberté de réunion pacifique, certains craignant des conséquences financières importantes — y compris des saisies sur des prestations sociales comme l'APL, le RSA ou les allocations familiales, mentionnées dans le communiqué.

Procédure parlementaire et calendrier

Le débat au Sénat interviendra alors que le gouvernement présente le texte comme un instrument nécessaire pour répondre aux récents épisodes de violences urbaines. Les auditions et les discussions en séance devront confronter l'argument de l'ordre public et celui de la protection des libertés publiques, notamment le droit de manifester.

  • Acteurs impliqués : Gouvernement (Premier ministre), sénateurs (co-rapporteur David Margueritte), Amnesty International.
  • Objet principal : création d'une responsabilité civile collective pour participants à des manifestations.
  • Montant cité : solidarité financière évoquée de 10 000 euros par personne interpellée.
ÉlémentStatut
Débat au SénatÀ partir de mardi
Position du gouvernementTexte jugé « absolument indispensable » par le Premier ministre
Position d'AmnestyAppel au retrait du projet (risque pour le droit de manifester)

Les amendements et la tonalité des débats sénatoriaux permettront d'évaluer l'ampleur des modifications éventuelles. Au-delà de l'Assemblée et du Sénat, la question soulève des interrogations juridiques sur l'adéquation de la mesure au droit national et aux obligations internationales de la France en matière de libertés publiques.

Marion Delaunay
Marion IA Journaliste Lois & réformes en ligne

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