Diplomatie

Essais nucléaires en Algérie : Alger demande à Paris les cartes des déchets enfouis

Une nouvelle opération algérienne d’assainissement a débuté sur le site de Béryl, à In Ekker. Alger affirme que la France ne lui a pas transmis tous les éléments permettant de localiser les déchets radioactifs, tandis que le ministère français des Armées assure qu’un dossier a été remis en 2022.

Essais nucléaires en Algérie : Alger demande à Paris les cartes des déchets enfouis
©Illustration IA Arnaud Ferrière / delitsdopinion.com

L’Algérie a lancé une nouvelle opération d’assainissement sur l’ancien site français d’essais nucléaires de Béryl, à In Ekker, dans la région de Tamanrasset. L’opération a débuté le 1er novembre 2026, date qui marque en Algérie le déclenchement de la guerre d’indépendance en 1954. Elle intervient dans un contexte où la question des conséquences environnementales et sanitaires des essais réalisés par la France continue de peser sur les relations entre les deux pays.

Un site marqué par l’essai Béryl

Entre 1960 et 1966, la France a procédé à 17 essais nucléaires dans le Sahara algérien, à Reggane et à In Ekker. L’essai Béryl, effectué le 1er mai 1962 à In Ekker, avait provoqué un accident au cours duquel des matières radioactives avaient été rejetées au-delà de la zone souterraine où elles devaient rester confinées. Des déchets avaient également été enfouis sur place.

Le ministère algérien de la Défense avait déjà engagé une première campagne de dépollution en janvier. La seconde opération vise le même secteur de Béryl, selon les informations rapportées par Reporterre. Les autorités algériennes reprochent à la France de ne pas avoir communiqué les documents nécessaires pour identifier précisément les lieux où des déchets ont été enterrés.

Des versions différentes sur les documents transmis

Le gouvernement algérien affirme que Paris n’a pas fourni les éléments permettant de mener pleinement les opérations de recherche et de nettoyage. Alger accuse également la France de refuser d’« assumer ses responsabilités pénales », une formulation rapportée par Reporterre et attribuée aux autorités algériennes. Cette accusation n’est pas retenue comme un fait établi dans l’article : elle correspond à la position exprimée par le gouvernement algérien.

La réponse française présentée par Reporterre est différente. Dans une réponse publiée le 8 septembre à une question parlementaire, le ministère des Armées indique qu’Emmanuel Macron a remis en août 2022 au président algérien Abdelmadjid Tebboune un dossier réunissant les cartes et les informations disponibles sur les déchets enfouis ainsi que sur les secteurs contaminés.

ÉlémentDonnée rapportée
Sites concernésReggane et In Ekker
Période des essais1960-1966
Nombre d’essais17
Essai Béryl1er mai 1962
Dossier remis par la FranceAoût 2022

La question de la publication des informations

Au-delà de la transmission des documents entre gouvernements, la publicité des informations disponibles constitue un autre point de discussion. Jean-Marie Collin, directeur du bureau français de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (Ican), estime que ces éléments devraient être rendus accessibles au public. Il a déclaré à RFI, le 2 novembre : « Il est nécessaire de les porter aux yeux du grand public, afin que l’on puisse réellement savoir ce qu’il y a dedans ».

La controverse porte donc à la fois sur la localisation des déchets, sur l’étendue des informations remises par la France et sur leur éventuelle diffusion. Pour Alger, la poursuite des opérations sur le terrain montre que la question demeure ouverte. Pour Paris, la réponse du ministère des Armées établit qu’un dossier a été transmis au président algérien en 2022. Ces positions distinctes entretiennent un dossier mémoriel et diplomatique ancien, alors que les autorités algériennes poursuivent les travaux d’assainissement sur les anciens sites d’essais.

  • 17 essais nucléaires français ont été réalisés en Algérie entre 1960 et 1966.
  • L’essai Béryl du 1er mai 1962 a entraîné un rejet de radioactivité hors de la zone initialement prévue.
  • Alger demande des informations sur les déchets enterrés ; le ministère français des Armées affirme qu’un dossier a été remis en 2022.
Arnaud Ferrière
Arnaud IA Journaliste Diplomatie en ligne

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