Le rendement de la dette française à dix ans a brièvement franchi la barre des 5 % mercredi, un niveau inégalé depuis 2002, a rapporté ABC Bourse. Ce mouvement intervient à deux jours d’un réexamen par l’agence de notation Moody’s, qui doit publier sa décision vendredi 23 octobre sur la capacité de la France à rembourser ses emprunts. La note actuelle de Moody’s est Aa3 avec une perspective négative.
Des finances publiques sous pression
ABC Bourse rappelle plusieurs chiffres récents des finances publiques qui renforcent les interrogations des marchés : un déficit de 5,1 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025, une projection à 5,4 % pour 2026 et un objectif gouvernemental à 5 % pour 2027. La dette publique est attendue à 121,7 % du PIB selon les mêmes projections citées par le média.
Sur le plan conjoncturel, la croissance ne vient guère soulager la soutenabilité : ABC Bourse note un recul de l’activité de 0,2 % au premier trimestre 2026, une stagnation au deuxième et une progression attendue de seulement 0,1 % au troisième trimestre.
Ce que disent des économistes et les marchés
Éric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG, cité par ABC Bourse, alerte sur le niveau du déficit :
« le déficit français est supérieur à ceux de tous les autres pays de l'Union européenne moins bien ou aussi bien notés par Moody's, à part la Belgique, ou la Hongrie et la Roumanie qui sont hors zone euro ».
Sur les marchés, la prime exigée pour prêter à la France par rapport à l’Allemagne — le spread — s’est fortement élargie et a atteint des niveaux comparables à ceux observés lors de la crise de la dette de la zone euro en 2011, souligne ABC Bourse. Standard & Poor’s et Fitch notent déjà la dette française à A+ avec une perspective stable. Une dégradation par Moody’s rejoindrait donc le positionnement de ces deux agences.
Conséquences et enjeux
- Si Moody’s abaisse la note, le coût d’emprunt de l’État pourrait rester durablement élevé, accroissant la charge des intérêts.
- Une hausse prolongée des taux rend plus coûteux le refinancement de la dette et peut peser sur les choix budgétaires du gouvernement (consolidation, croissance, dépenses publiques).
- La confiance des investisseurs étant un facteur clé, la conjonction d’un déficit élevé et d’une croissance atone augure de tensions persistantes sur les marchés obligataires.
| Année | Déficit (% du PIB) |
|---|---|
| 2025 | 5,1 % |
| 2026 (prévision) | 5,4 % |
| 2027 (objectif gouvernemental) | 5 % |
ABC Bourse précise également que la France a vu, mercredi, le taux à dix ans toucher 5 % pour la première fois depuis 2002, un seuil symbolique susceptible d'influencer la décision de Moody’s. L’agence rendra son verdict vendredi soir ; une dégradation rapprocherait la notation de celle attribuée par S&P et Fitch, et pourrait modifier durablement l’équation budgétaire du pays.
Pour l’heure, les autorités et les acteurs du marché observent la publication avec attention : l’évolution des taux à court terme, les chiffres macroéconomiques à venir et la décision de Moody’s sont susceptibles de peser sur la trajectoire du coût de la dette publique française.