Que disaient les sondages, en 2007, à quinze jours du scrutin ?

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Denis Pingaud

Conseil en stratégie d'opinion, directeur général de Balises

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Dans la catégorie « drôle de une », L’Express obtient cette semaine la palme d’or. « Hollande va-t-il perdre ? » titre l’hebdomadaire sur la foi, sans doute, des quelques sondages publiés il y a une dizaine de jours annonçant un creusement de l’écart entre Sarkozy et Hollande au premier tour. Lesquels ont été infirmés ces derniers jours par les mêmes instituts qui avaient enregistré (trop précipitamment ?) un renversement de tendance d’opinion en faveur du Président sortant.

On comprend bien les enjeux de communication qui sous-tendent la question. Le deuxième tour étant supposé ouvrir une autre élection, le classement du premier tour serait déterminant et le candidat socialiste – légèrement devancé par son adversaire – serait donc désormais en grande difficulté. Il eût été plus prudent de formuler le titre de manière, disons moins péremptoire, en se contentant, par exemple, d’un « Hollande peut-il perdre ? ». La cristallisation des intentions de vote à quinze jours du scrutin, conduit en effet logiquement à une réponse pour le moins dubitative. Surtout, un bref coup d’oeil en arrière sur ce que disaient les sondages il y a cinq ans montre qu’à ce moment de la campagne, même si tout peut toujours arriver, les carottes ne sont pas loin d’être cuites.

Les sondages de 2007 étaient proches du résultat à quinze jours du scrutin

Si l’on examine la moyenne de ce que révélaient les enquêtes sur le premier et le deuxième tour début avril 2007, à partir des données publiées par les cinq principaux instituts (Ipsos, TNS-Sofres, Ifop, CSA et BVA), on s’aperçoit qu’elle n’était pas si loin du score sorti des urnes. Le 6 avril, il y a cinq ans, la tendance était la suivante : Sarkozy à 28,8 %, Royal à 24,4 %, Bayrou à 19,1 % et Le Pen à 13,4 %. Par rapport au résultat final du premier tour de scrutin, l’écart entre les deux finalistes, comme le score de chacun d’entre eux, était légèrement sous-estimé tandis que celui de Le Pen était sensiblement surévalué. Mais la tendance était limpide et, s’agissant des intentions de vote au deuxième tour, presque prémonitoire : Sarkozy à 52,8 % et Royal à 47,2 %. Des chiffres très proches du score définitif.

A l’époque, qui avait connu une campagne à rebondissements – la victoire de Royal semblait possible jusque dans les premières semaines de 2007 – les mêmes interrogations qu’en 2012 taraudaient les observateurs quant à la volatilité possible de l’électorat ou à l’effet d’une participation prévue alors comme plus forte qu’en 2002. Les taux de certitude des choix des répondants étaient cependant à peu près au même niveau qu’aujourd’hui, à deux semaines du scrutin : environ 60 % pour le premier tour et 80 % pour le deuxième tour.

Il est peu probable que l’ensemble des instituts se trompent sur le deuxième tour

Est-ce à dire que les jeux sont faits ? Non, bien évidemment. Une campagne n’est jamais terminée tant que les électeurs n’ont pas tranché dans le secret de l’isoloir et des événements imprévisibles peuvent encore modifier la donne dans les 30 jours qui nous séparent du 6 mai. Mais les faits, ou plutôt les sondages pris dans leur ensemble, sont têtus, par-delà les tentatives des uns ou des autres de provoquer une relance du match à partir d’un chiffre publié ici ou là. Les deux favoris du deuxième tour sont au coude à coude au premier avec un léger avantage, désormais, à Sarkozy dont on observera qu’il est largement dû au repli de Hollande suite à la montée concomitante de Mélenchon.

Quant au résultat final, il ressort clairement dans les enquêtes comme une victoire sans appel de Hollande. On peut toujours considérer que l’ensemble des instituts – qui donnent tous ce résultat à un ou deux points près – se trompent lourdement ou que l’opinion, attentive aux effets de campagne des principaux candidats, peut basculer soudain dans le sens d’une victoire à l’arraché de Sarkozy. Disons que cette hypothèse est très improbable. D’autant que le total des intentions de vote en faveur de la gauche au premier tour d’une présidentielle n’a jamais été aussi élevé depuis 1981 !

Dès lors, la « une » de L’Express, visible sur tous les kiosques de France, paraît décidément quelque peu incongrue, si ce n’est un poil racoleuse ! On imagine bien que le suspense est plus vendeur que l’ennui et qu’il n’est jamais trop d’intelligence pour tordre le cou aux idées apparemment reçues. Mais de là à formuler ainsi la question, qui relève plus de l’exercice spéculatif que de la tendance réelle… Pourquoi pas, la semaine prochaine : « Mélenchon va-t-il gagner ? ».

 

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