PS : Un Désir confirmé ?

PS : Un Désir confirmé ?

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Beltrande Bakoula

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Beltrande Bakoula travaille depuis plusieurs années en institut d’études, à l’Opinion. Elle y est actuellement responsable des études qualitatives.

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Les 11 et 18 octobre, les militants socialistes sont appelés à voter pour désigner leur nouveau Premier secrétaire. Dans la dernière ligne droite, les premiers signataires des cinq motions en lice ont multiplié les réunions publiques et des débats ont été organisés dans chaque section afin de convaincre les militants. Cependant, ces derniers ne semblent guère convaincus de l’intérêt d’un vote qui apparaît joué d’avance. « C’est bien, ça nous a éclairé sur les différentes motions, mais bon, on se demande quand même à quoi ça sert de voter » commente Jean au sortir du débat organisé dans sa section du Val-de-Marne.

Un vote qui suscite peu d’intérêt chez les Français et sympathisants socialistes

L’humeur des militants à l’égard de ce vote visant à désigner le successeur de Martine Aubry au poste de Premier secrétaire du  PS semble à une certaine indifférence, et ils ne sont pas les seuls. D’après un sondage de septembre de l’institut de sondage Harris Interactive, seulement 26% des Français se déclarent intéressés par l’identité du prochain Premier secrétaire du PS et à peine un sympathisant socialiste sur deux (53%)[1].

Si cette indifférence n’est pas le propre du Parti socialiste, le duel Copé-Fillon à l’UMP ne suscitant guère plus d’intérêt pour 74%[2] des Français d’après Harris Interactive, la question des causes de ce constat mérite néanmoins d’être posée.

 Le système de désignation du premier secrétaire n’y est certainement pas étranger. Depuis la réforme des statuts du PS de 2010, le premier signataire de la motion arrivée en tête du vote décroche le sésame. Il est alors désigné officiellement Premier secrétaire par le parti réuni en congrès. Un système qui se veut en théorie un vote sur une ligne politique, plus que sur une personnalité – les motions étant censés être des textes définissant la ligne à suivre pour le parti –  mais qui, notamment en regard de la  multiplicité des motions avec cinq en compétition, apparaît difficilement lisible sans pour autant offrir la garantie de l’absence de guerre des égos comme l’a prouvé le congrès de Reims de 2008.

Quoiqu’il en soit, les conditions de désignation du premier secrétaire apparaissent obscures pour une majorité de français (54%) et pour plus d’un tiers (36%) des sympathisants socialistes, et quand elles sont connues, elles sont jugées insatisfaisantes par presque 4 personnes sur 10 qu’elles soient sympathisantes ou non (38% et 39%)[3].

Surtout, une indifférence qui prend racine dans le sentiment que l’issue du vote est déjà connue. L’exaspération gronde chez certains militants et têtes de motion comme Emmanuel Maurel qui déplore une « politique du fait accompli »[4]. La configuration est en effet inédite : une motion, soutenue par l’ancienne Première secrétaire et par le chef du gouvernement fait la course en tête, et son premier signataire est chef de parti par intérim tout en prétendant au titre, il y a de quoi en perdre son latin…Les débats organisés dans les sections ont été l’occasion pour les mécontents de marquer leur désaccord avec la méthode : « Je ne comprends pas pourquoi on est ici ce soir, on sait déjà qui va gagner », lâche, en guise d’entrée en matière, Madeleine compagne de Jean, adhérente du PS depuis 1999. « En fait c’est Martine qui choisit son successeur », renchérit  ce dernier une légère pointe d’amertume dans la voix. Et pourtant, l’un comme l’autre, à l’image de nombreux militants, vont voter pour la mention menée par Harlem Désir. Sans grand enthousiasme.

Autre enseignement du sondage Harris Interactive[5], moins d’un tiers (30%) des sympathisants socialistes estiment que l’arrivée d’Harlem Désir à ce poste est une bonne chose. La position de prudence semble pour l’instant la plus répandue chez les sympathisants, une majorité d’entre eux (55%) considérant que ce n’est ni une bonne, ni une mauvaise chose. Mais avant tout, une majorité de sympathisants socialistes (53%) et a fortiori des Français (62%) pensent que la nomination de l’ancien président de SOS Racisme n’est pas la marque d’un renouvellement au sein du PS.

Dans ce contexte, une seule vraie inconnue semble demeurer : celle de la mobilisation des adhérents…

  

Pour autant, un enjeu fort pour le PS et a fortiori pour Harlem Désir

  

« Le 11 octobre, la voix de chaque militant comptera pour dire quel parti nous voulons pour la réussite du changement » proclame Harlem Désir dans son courrier électronique adressé à chaque adhérent.

Si le nom du futur Premier secrétaire apparaît acquis, loin s’en faut de ne considérer ce vote comme sans intérêt. L’enjeu est en effet de taille pour le Parti socialiste, puisque ce vote détermine à la proportionnelle la représentation de chacune des motions au congrès, donc la répartition des postes dans les instances nationales du PS et à tous les autres échelons du parti : section locale et fédération départementale.

Ce vote est également déterminant pour l’actuel Premier secrétaire par intérim Harlem Désir qui exhorte les militants dans son tract de campagne à  « compter sur lui comme lui-même compte sur eux ». C’est de ce vote que l’ancien président de SOS Racisme tirera sa légitimité, et il en aura besoin pour faire oublier son image d’homme d’appareil. D’après le sociologue Gérard Grunberg, directeur de recherche au CNRS « Le défi personnel pour Harlem Désir sera d’acquérir une véritable autorité politique au sein de la nouvelle direction du parti alors qu’il est au départ sous la double tutelle, inédite, du Premier ministre et d’une partie de la direction sortante du parti. »[6]Autant dire, que le score le plus élevé possible lui sera indispensable.

Si le rôle d’un Premier secrétaire quand son parti est aux manettes est bien entendu de soutenir la politique gouvernementale, Harlem Désir devra aussi montrer qu’il a l’étoffe d’un chef de parti en étant capable de trancher les désaccords qui ne viendront pas à manquer entre la majorité et son bras armé, à commencer par les différences de position concernant le traité budgétaire européen.

Egalement, une fois désignée, le député européen aura un autre défi à relever, celui de l’incarnation et de l’image. Si d’après un récent sondage LH2[7], 88% des Français le connaissent, ne serait-ce que de nom, cette notoriété peine à se traduire en un atout d’image auprès du grand public, les Français ayant des positions très contrastées sur sa personne, 38% déclarant en avoir une mauvaise opinion  et 35% une opinion positive, ce score montant tout de même à 62% chez les sympathisants du PS.

Les 11 et 18 octobre, les militants rendront leur verdict a priori sans surprise, restera néanmoins à Harlem Désir à les conquérir pour toute la durée de son mandat.


[1] Sondage Harris Interactive pour 20 minutes. Enquête réalisée en ligne du 20 au 22 septembre 2012 sur un échantillon de 1 484 individus représentatifs de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

[2] Ibid

[3] Ibid

[4] Le Figaro 3/10

[5] Sondage Harris Interactive pour 20 minutes. Enquête réalisée en ligne du 20 au 22 septembre 2012 sur un échantillon de 1 484 individus représentatifs de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

[6] L’Express, 12/09

[7] Sondage réalisé par l’institut LH2 pour Le Nouvel Observateur les 14 et 15 septembre 2012, par téléphone. Echantillon de 969 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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