Vivement Demain! :  "La solution des villes"

Vivement Demain! : "La solution des villes"

Photo du profil de Marc-André Allard

Marc-André Allard

Directeur général de Dragon Rouge – Études & planning stratégique Chargé de cours au CELSA

Réseaux sociaux

linkedin

Biographie

D.G.A de Brain Value – Études & planning stratégique Chargé de cours au CELSA

Tous les articles de cet expert

A tout seigneur, tout honneur : l’expression « solution des villes » est empruntée au titre du dernier ouvrage de Jean Haëntjens, économiste et urbaniste (1). La thèse de l’auteur est la suivante : montrer comment les capacités de gestion développées au niveau local (quartiers, villes, agglomérations…) pour faire face aux crises sont riches d’enseignement au niveau national.

Les villes européennes ont en effet été confrontées très tôt (dès les années 70) à des crises majeures (désindustrialisation, crise du logement, crise sociale…) qui n’ont vraiment frappé les Etats qu’avec retard, une ou deux décennies plus tard. Plusieurs d’entre elles s’en sont sorties brillamment, et sont devenues autant de modèles de développement à leur échelle : Barcelone, Bilbao, Bordeaux, Copenhague, Nantes, Lyon…

En essayant de sortir du « tout économique », en jouant sur tous les leviers d’action à leur disposition : sociaux, urbanistiques, environnementaux, etc., les villes ont montré un chemin de sortie de crise possible. Un chemin placé, selon l’auteur, sous le signe d’une nouvelle « pensée du développement », axée sur la création de satisfactions (logement, transports, confort urbain, sécurité, culture…) et non plus seulement de richesses (production, économie marchande).

Comment ces villes ont-elles bâti leur succès ? L’un des facteurs clés réside dans le crédit dont l’échelon local jouit auprès des populations. Jean Haëntjens cite ainsi une étude du CEVIPOF (2) qui fait état du fort crédit dont les maires bénéficient dans l’opinion : « plus de 50% des Français font confiance à leur maire contre seulement 30% aux responsables nationaux et 13% aux partis politiques ».

La même enquête (3) montre également que le conseil municipal figure tout en haut de la liste des institutions auxquelles on fait le plus confiance (56%), suivi par le conseil régional (45%) et le conseil général (44%), loin devant l’institution présidentielle (31%) ou l’Assemblée Nationale (28%). La proximité semble donc un élément indispensable de la confiance. Les différentes institutions s’imbriquent à la manière des poupées russes, avec, au cœur du dispositif, l’échelon de plus grande proximité et de plus grande confiance : la ville.

Mais comment transformer cette confiance en un atout réel sur le terrain ? Les villes citées en exemple ont su inventer une nouvelle forme de démocratie à l’échelle locale, en mettant en œuvre de grands projets de concertation et de consultation, associant décideurs politiques, experts et citoyens eux-mêmes. Souvenez-vous : lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2007, la candidate du Parti Socialiste avait bâti une bonne partie de sa stratégie sur la notion de « participation ».

Dans la foulée, il n’est pas un parti, pas un candidat qui n’aie développée sa propre « plateforme participative ». Sollicités par le personnel politique, les cabinets de conseil et instituts de sondages multipliaient les innovations en la matière. Réseaux sociaux partisans, conférences de citoyens, et autres sondages délibératifs : le « tout participatif » envahissait la sphère politique, et promettait de tout révolutionner.

Quelques années plus tard, que reste-t-il de ces innovations à l’échelle nationale ? Pas grand chose. Qui se souvient encore de la Coopol, plateforme PS aujourd’hui léthargique, ou des Créateurs de Possibles, site UMP fermé après moins d’un an d’existence ? L’élection présidentielle de 2012 a vu deux hommes, deux projets, deux styles (« présidence normale » contre « hyperprésidence ») s’affronter, mais force est de constater que la question de la participation des citoyens est alors repassée au second plan.

Et pourtant, dans certaines villes, les initiatives en direction des citoyens ont survécu aux modes. Les Agendas 21 locaux, issus des conclusions de la conférence de Rio sur l’environnement (1992), et déployés dans certaines communes françaises à partir de la fin des années 90, poursuivent leurs travaux contre vents et marées. De grands projets culturels impliquent les citoyens, à travers des expériences sensorielles et artistiques (Lyon Lumières), ou la mise en avant d’un patrimoine local, souvent soutenu et relayé à l’échelon régional (la « marque » Bretagne).

Gisement de confiance, d’inventivité et de créativité : et si, comme le suggère Jean Haëntjens, les villes nous montraient le chemin de la sortie de crise ?

 

 

Marc-André Allard

Directeur Général Adjoint

Brain Value – Études & planning stratégique

Chargé de cours au CELSA (Paris IV-Sorbonne)

 

 

(1) Crises : la solution des villes, FYP éditions, octobre 2012

(2) Baromètre de la confiance politique, vague 3, SciencesPo, CEVIPOF, octobre 2011

(3) Baromètre de la confiance politique, vague 4, SciencesPo, CEVIPOF, décembre 2012

 

 

Partager ce contenu :

Laisser un commentaire