Hollande passe l’oral pour sortir de l’impasse

Hollande passe l’oral pour sortir de l’impasse

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Raphaël Leclerc

Co-fondateur Délits d'Opinion

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Biographie

Ancien élève de la Sorbonne, du Kings Collège à Londres et diplômé de la London School of Economics, Raphaël Leclerc a travaillé en institut d’études sur des thématiques d’opinion puis en cabinet de conseil en communication. Il est aujourd’hui Directeur Conseil au sein d’ELABE, un acteur hybride qui associe études, planning stratégique et conseil.

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François Hollande l'avait promis le 25 avril dernier à quelques jours du second tour de l'élection présidentielle. Après six mois à l'Elysée le Président s'exprimera donc devant la presse mardi 13 novembre afin de « rendre compte aux Français de son action ». Lors de la précédente conférence de presse, tenue à l'Union internationale des chemins de fer, le candidat socialiste ne pensait sans doute pas que ce premier rendez-vous en tant que Président se déroulerait dans un contexte aussi tendu. En effet, le point presse prévu mardi à 17h  – et retransmis sur France 2 – ressemble davantage à un oral de rattrapage qu'à un point d'étape pour celui qui vient de battre des records d'impopularité après six mois à l'Elysée. Entre les hésitations du gouvernement, les dissensions de la majorité, les difficultés sur le plan économique et le manque de vision du couple présidentiel, François Hollande va jouer sa prestation à quitte ou double.

Un Président face à la défiance de l'opinion

Les observateurs l'avaient anticipé, le vainqueur de 2012 n'a pas bénéficié d'état de grâce. Pire, à peine son élection digérée, le pouvoir et ses deux têtes ont extrêmement rapidement été mis sous pression, d'abord par les médias. En effet, comme Délits d'Opinion l'avait indiqué à la rentrée, l'été a été compliqué mais il a surtout fait apparaitre des fondations fragiles.Très tôt le couple exécutif a été attaqué par l'opinion sur son action et à sa capacité à changer les choses. Le « procès en attentisme » qui a été fait dès l'été a considérablement affaibli le Président. Selon la dernière enquête réalisée par l'institut CSA pour Les Echos, seuls 39% des Français font confiance à François Hollande pour affronter efficacement les problèmes auxquels le pays est confronté.

Dans le détail on note un décrochage sensible chez les plus jeunes : environ un tiers des personnes âgées de moins de 35 ans déclarent faire confiance au Président (baisse de plus 11 et 14 pts chez les 18-24 ans et les 25-34 ans). Cette défiance chez les jeunes est particulièrement préoccupante dans la mesure où la question du chômage et du pouvoir d'achat se posent avec insistance chez cette frange de la population (cf. Espagne et Etat-Unis). Autre élément handicapant pour le Président, la perte de soutien chez les sympathisants d'EELV (-14 pts à 48%). Quelques jours après la fronde des communistes au Séant et la sortie de Jean-Vincent Placé sur la place d'EELV au gouvernement, les fissures de l'édifice majoritaire posent question pour l'avenir.

Troisième sujet d'inquiétude pour François Hollande, son Premier Ministre dont la cote de confiance ne cesse de s'effriter et atteint 41% (en baisse de 5 pts depuis un mois). Face à cette spirale négative, la séquence du rapport Gallois était censée offrir un temps de répit mais là encore les Français n'ont pas jugé le Premier ministre convaincant lors de son intervention télévisée (23% selon BVA) et les mesures adoptées n'ont satisfait qu'une faible majorité des Français : 52%. Au final, son interview télévisée n'a pas suscitée un intérêt important, comme si la parole de Jean-Marc Ayrault était déjà démonétisée. Dans ce contexte, et malgré un risque de « Cresson-isation », personne n'envisage un remaniement. Trop tôt, trop risqué surtout.

Le tournant de la rigueur pour sortir de l'impasse

La perception des mesures annoncées le 6 novembre dernier ont été saluées par la droite, le MEDEF et malgré quelques critiques à la gauche de la gauche, il semble que ce soit sur ce terrain là que François Hollande puisse reprendre la main. En acceptant le fameux « tournant de la rigueur », comme l'avait fait Mitterrand en 1983 et Chirac dès 1995, le Président possède une fenêtre de tir quasi-inéspérée. En effet, dans le contexte actuel, une grande majorité des sympathisants du PS se sont montrés favorables aux mesures annoncées pour renforcer la compétitivité du pays (74% selon BVA). A l'inverse les sympathisants de droite jugent ces mesure pas adaptées, pour ne pas dire trop timides.

La gauche au pouvoir(s) possède certaines les cartes  qui pourraient permettre une modification de certaines règles du jeu économique (flexibilité au travail, coût du travail, dépenses publiques, etc.). Avec un soutien des sympathisants de gauche, une opposition moins frontale des syndicats et un possible soutien de circonstance des leaders la droite. Le gouvernement et son Président pourraient ainsi se donner un peu d'air en acceptant de jouer la rigueur et en s'inspirant de la méthode Schröder qui, malgré les critiques dont il a été victime, est parvenu à remettre l'Allemagne en état de marche. Muté en « ami des patrons », apôtre de l'orthodoxie budgétaire, le Chancelier socialiste allemand avait renoué les fils du dialogue avec les entreprises. Une semaine après la remise du rapport Gallois François Hollande pourrait franchir le pas et proposer une réelle rupture sur ce sujet.

Mardi soir, François Hollande parlera cohérence et devra s'élever pour proposer une vision de la politique qu'il entend mener. A défaut de réactions, François Hollande deviendra le médecin de l'homme malade de l'Europe comme on l'entend outre-Rhin.

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