Thierry Wellhoff : « Les valeurs ne font pas un candidat, elles engagent un Président »

Thierry Wellhoff : « Les valeurs ne font pas un candidat, elles engagent un Président »

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Thierry Wellhoff

Biographie

Président de l'agence Wellcom et Président de Syntec Conseil en Relations Publiques

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En ces temps de crise où les mots « promesses » et « espoirs » ont cédé la place au « réalisme » et à la « résignation », les candidats ont fait le choix de déplacer le débat sur le terrain des valeurs, piliers réputés inamovibles d’un courant de pensées, ou d’une famille politique. Thierry Wellhoff, Président fondateur de l’agence Wellcom, a récemment publié un première étude sur les valeurs des hommes politiques, et en particulier celles des candidats à l’élection présidentielle. Pour cette agence de communication spécialisée notamment sur les questions de valeurs dans l’univers corporate et des marques c’était une première.

A quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, Délits d’opinion a tenté d’en savoir plus sur ces valeurs, si haut portées par les candidats. A mi-chemin entre héritage d’une tradition idéologique et outil de marketing politique, les valeurs, mais surtout ce(ux) qu’elles engagent, sont une clef du scrutin et un engagement pris face aux Français.

 

Délits d’Opinion : Sur le plan des valeurs, avez-vous le sentiment que les principaux candidats sont en ligne avec les valeurs de leur famille politique ?

Thierry Wellhoff : Notre étude s’est focalisée sur le profil de six des candidats et notamment les deux principaux. Le premier constat porte sur le candidat Nicolas Sarkozy dont les valeurs citées spontanément sont très proches de celles citées pour la droite : il est donc en ligne par rapport à l’idée que se font les Français des partis de droite. Par contre, si les valeurs qui sont attribuées au candidat François Hollande sont en phase avec celles de son électorat, celles-ci ne sont pas exactement celles de la gauche selon notre échantillon. Ces éléments indiquent qu’il existe un léger décalage entre les valeurs concédées à François Hollande et l’idée que les Français se font de la gauche. A titre d’exemple, la valeur solidarité est citée comme étant un des piliers des valeurs de gauche alors qu’elle est attribuée seulement faiblement à François Hollande. On retrouve le même décalage sur la « valeur » écologie, perçue comme valeur de gauche par 40% des Français mais rattachée à François Hollande que par 13% d’entre eux.

 

Délits d’Opinion : Au regard de votre étude, François Bayrou incarne-t-il des valeurs de droite ou de gauche ?

Thierry Wellhoff : Celui qui pourrait faire pencher l’élection a connu une trajectoire très particulière depuis quelques années au point qu’aujourd’hui il est difficile de le positionner comme un allié potentiel pour un grand candidat. Notre étude permet cependant d’éclaircir son positionnement perçu par les Français sur le plan des valeurs. En effet, nos résultats démontre que le choix des dix valeurs clefs les plus proches de Bayrou sont plus proches de celles attribuées à la gauche. On citera notamment l’humanisme et la démocratie, valeurs de gauche selon notre échantillon, et qui arrivent dans le top 5 des valeurs que les Français relient à François Bayrou. Ces éléments permettent d’imaginer un accord « idéologique » sans doute plus faisable avec Hollande qu’avec Sarkozy.

 

Délits d’Opinion : Sur le plan des valeurs, quels liens peut-on identifier entre celles de Marine Le Pen et de Nicolas Sarkozy ?

Thierry Wellhoff : Les deux principaux candidats de droite partagent les dix mêmes valeurs aux yeux des Français. Si ce n’est pas dans le même ordre, ces indications confirment une proximité de perception de la part des Français entre les candidats de l’UMP et du Front National. On note néanmoins une différence de hiérarchie sur la question du patriotisme où Marine Le Pen superforme à l’inverse de la notion de « performance » où c’est Sarkozy qui semble mieux l’incarner. Nos études font la démonstration que l’existence de valeurs fortes liées à une marque ou un entreprise, ici un parti et une famille politique, sont autant d’atouts qui permettent d’émerger auprès de certains électorats. Ces lignes de forces structurent le discours et renforcent la cohérence des messages tout au long de la campagne et au-delà.

 

Délits d’Opinion : Dans quelle mesure les valeurs sont-elles en mesure d’influer sur le choix des urnes ?

Thierry Wellhoff : Ce qui est certain c’est que l’élection de 2012 ne permettra pas au candidat élu de bénéficier de marges de manœuvres importantes. Aussi, les valeurs aujourd’hui défendues par les candidats devront trouver une application directe dans la conduite des affaires du pays. Il s’agira donc de voir si les Français, en particulier les hésitants, ont préféré mettre l’accent sur les valeurs de  ré-assurance (sécurité, patriotisme) ou sur des valeurs de générosité (humanisme, solidarité, fraternité).

En réalité on ne vote pas pour une somme de valeurs mais plutôt pour le candidat et sa capacité à démontrer qu’il entend être cohérent et défendre les valeurs qu’il met en avant. Au-delà des programmes et des projets qui, pour Hollande et Sarkozy, se différencient finalement assez peu, les valeurs sont les lignes de fonds qui structurent le projet de société et peuvent faire pencher l’élection à condition que les leaders parviennent à convaincre les citoyens de leur cohérence ».

 

Retrouvez ici le communiqué de presse de l’agence Wellcom

 

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