Qui sont les adhérents PS ? L’interview

Qui sont les adhérents PS ? L’interview

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Henri Rey

Directeur de recherche FNSP au CEVIPOF

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Dans la continuité de notre article de cette semaine consacré au profil des adhérents socialistes, Délits d’Opinion a rencontré Henri Rey, directeur de recherche FNSP au CEVIPOF et coauteur avec Claude Dargent, du rapport d’enquête « Sociologie des adhérents socialistes ».

 

Délits d’Opinion : Quelles sont les évolutions les plus notables dans la sociographie des adhérents depuis 1985 ?

Henry Rey : Il est important de rappeler que la dernière vague date de début 2011, on est dans la période de conquête du Parti Socialiste. Le parti est dans l’opposition, en période de préparation de campagne et on voit un afflux de militants. Le nombre d’adhérents est bien plus important qu’il ne l’est aujourd’hui. Tout ce qui est valable pour 2011 ne l’est pas forcément pour 2015. Il serait sûrement intéressant de faire une comparaison avec ce qu’il est aujourd’hui, après l’expérience du pouvoir.

Si on réfère bien à 2011, on voit les évolutions à l’intérieur du parti depuis 1985. On constate en 2011 une certaine féminisation du parti puisqu’on est passé de 20% à 30% d’adhérentes. On est encore loin de la parité : le Parti Socialiste est encore une organisation fortement masculine.

L’autre caractéristique importante est une caractéristique d’âge : c’est encore un parti âgé mais on a constaté un certain rajeunissement. Dans cette période pré-présidentielle on constatait l’afflux des moins de 30 ans qui faisaient singulièrement défaut auparavant. L’âge moyen des adhérents restaient cependant élevé et les plus de 60 ans sont surreprésentés.

L’autre caractéristique qui s’était vu renforcée, c’est le niveau d’études très élevé puisque plus de la moitié des adhérents socialistes était titulaire d’un diplôme supérieur ou d’une Grande Ecole. Par voie de conséquence les cadres supérieurs sont très présents. Ce qui change un peu c’est la répartition entre la part du secteur public et privé : on constate plus de privé. On reste cependant là dans les grandes caractéristiques du salariat protégé.

Au final, les évolutions des compositions sociales sont assez limitées, elles ne sont pas radicales au sens où on ne venait pas d’un grand Parti social-démocrate de masses liées au mouvement syndical : on était déjà dans un Parti réformiste, relativement étroit du point de vue des effectifs, centré sur son réseau d’élus.

 

Délits d’Opinion : Quelles conséquences de ces évolutions de la sociographie des adhérents sur l’idéologie du Parti ?

Henry Rey : Je ne sais pas si on peut faire une transposition aussi mécanique entre la sociologie des adhérents et une idéologie du Parti. Mais c’est clair que quand on voit 3% d’adhérents ouvriers au sein du Parti Socialiste, ça ne veut pas dire nécessairement que le Parti ne voit pas dans ses discours des possibilités de joindre des catégories populaires, mais cette sous-représentation dans ses rangs, en même temps que la rétraction de ses effectifs, montre quand même un décalage par rapport à la société française.

Il y a quand même une incapacité à se faire entendre des catégories populaires qui ont rejoint en partie l’abstention, en partie le Front National. Ce sont souvent des anciens électeurs du Parti Socialiste, désemparés. C’est ce qui a pu nourrir la proposition de Terra Nova avant l’élection présidentielle.

Ces classes populaires ne sont plus représentées, ni par des syndicats, ni par des partis de gauche. Le lien qui pouvait exister, au-delà du Parti Socialiste, avec un courant comme la CFDT, a fléchi.

 

Délits d’Opinion : Quelles sont les principales motivations qui poussent à l’adhésion à ce parti ?

Henry Rey : Il faut distinguer les motivations explicites, reconnues par les adhérents et celles qui sont moins faciles à avouer. La principale motivation réside dans le fait de vouloir changer la société. Cette motivation est commune à toutes les personnes qui sont engagées dans l’action collective et dans l’action politique.

Il y a également un nombre élevé d’adhérents qui déclarent vouloir changer les pratiques politiques. Rappelons-nous ici du contexte : on est à la fin de la présidence de Nicolas Sarkozy.

D’autres disent, dans des proportions bien plus limitées,  qu’ils veulent accéder à des responsabilités électives ou partisanes. On sait que ces motivations sont toujours sous-déclarées puisqu’il y a toujours une suspicion d’arrivisme.

Ce qui a pas mal baissé, c’est la tradition familiale : l’idée qu’on est socialiste de père en fils… Cela tient à une réalité, c’est qu’à peu près la moitié des adhérents ne vient pas d’une famille de gauche. Suivre la tradition familiale, s’inscrire dans un processus de reproduction est une chose plus rejetée qu’avant.

Tout cela est légèrement en décalage avec la réalité de l’implication dans les charges électives et l’importance des élus au sein du Parti Socialiste : l’ensemble qu’on peut constituer entre les élus, leurs collaborateurs et une partie des salariés des collectivités territoriales représente plus d’un tiers des adhérents.

 

Délits d’Opinion : Avez-vous pu constater une fracture idéologique forte au sein des adhérents, qui renverrait à la fracture actuelle décrite avec les frondeurs ?

Henry Rey : Le problème c’est qu’en 2011 on n’est pas dans le contexte actuel : à l’époque on est plutôt dans une logique de rassemblement. On veut faire bloc contre la droite. Mais on sait qu’il existe plusieurs lignes de clivage dans ce parti globalement réformiste. L’orientation réformiste de 1991 au congrès de l’Arche et même l’orientation annoncée par Lionel Jospin au Congrès de Toulouse en 1985 qui disait que le Parti Socialiste est un parti social-démocrate, alors qu’auparavant ce genre d’affirmation apparaissait comme extrêmement peu recommandable, est largement acceptée.

On le voit également quand on demande aux adhérents comment il faut changer la société : radicalement ou par des réformes. Il y a toujours une Gauche qui se manifeste par la volonté d’aller plus loin. Auparavant c’était la Gauche socialiste Mélenchon – Dray, après 2002 la tentative de Nouveau Parti Socialiste, aujourd’hui on voit ce courant de gauche qui représente toujours 20/25% du Parti. La rhétorique est un peu plus radicale mais fondamentalement l’existence d’un courant qui se reconnaît plus à gauche que l’orientation dominante est importante.

Tout cela recoupe, très imparfaitement, le phénomène des frondeurs d’aujourd’hui. En partie, cela recoupe également le caractère relativement hétéroclite de la minorité du Parti au Congrès de Poitiers. C’est une tradition de voir ce type de courant, bien installé dans le Parti.

 

Délits d’Opinion : A l’aune de ces éléments, quel Parti Socialiste peut-on imaginer dans les 10 ans à venir ?

Henry Rey : C’est évidemment très difficile d’imaginer l’évolution d’un Parti Socialiste dans 10 ans. Si on devait néanmoins s’y risquer, on peut dire que comme tous les partis il est bien obligé de tenir compte de ce degré de défiance inouï que suscitent les institutions partisanes dans l’opinion. Toutes les demi-mesures ou petites mesures avancées dans ce qu’on appelle la démocratie participative, disons dans le fait de donner davantage la parole au citoyen, de se rapprocher d’un mode de fonctionnement de désignation des candidats comme les primaires, de sortir de ses murs d’une certaine manière, va devenir une contrainte relativement forte.

Tous ces dispositifs pour recueillir l’avis des citoyens mais en même temps de les faire participer à des actes majeurs comme la désignation des candidats, mais aussi, de manière plus délibératives, à des propositions politiques, ça n’est pas nécessairement un choix : ça risque de devenir une contrainte.

On peut aussi aller dans des formes partisanes à l’américaine qui sont des machines  électorales, mais cette voie ne répond pas au besoin d’expression politique des citoyens. Ces citoyens sont désormais plus éduqués, ces fameux citoyens-critiques, face à des marges de manœuvre plus réduites des politiques et que ces citoyens en voient les tâtonnements… Ils sont mieux informés et ne se désintéressent pas de la politique. Les partis doivent faire avec cela. Ils n’ont pas encore trouvé de formule. Les primaires constituent un élément : on voit bien d’ailleurs que quand l’un l’a trouvé, l’autre le reprend.

Propos recueillis par Olivier

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