« Pour les Français, la traque de la vitesse est en bout de cycle »

« Pour les Français, la traque de la vitesse est en bout de cycle »

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Pascal Pennec

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Rédacteur en chef adjoint à Auto Plus

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Quelques jours après la publication d’une analyse détaillée sur la sécurité routière et les mesures du gouvernement, Pascal Pennec, rédacteur en chef adjoint à Auto Plus revient sur cette séquence et sur la mobilisation populaire suscitée par ces mesures qu’il décrit comme politiques avant tout.

 

Délits d’Opinion : La récente initiative gouvernementale sur les panneaux de signalisation des radars et les avertisseurs de vitesse a-t-elle été une réelle surprise pour le secteur et les Français ?

Pascal Pennec : « Si ces mesures semblaient nécessaires au vue de la forte augmentation du nombre de personnes tués depuis le début de l’année, elles ont surpris le grand public du fait de la grande précipitation avec laquelle elles ont été décidées par le gouvernement. En effet, en prenant la décision d’avancer de quelques semaines un conseil interministériel sur le sujet, l’ensemble des acteurs a été pris de cours et les mesures qui sont sorties l’ont été sans réelle explication. Aujourd’hui encore, personne n’est en mesure d’expliquer ce dérapage et les éléments qui ont conduit à ce virage ; d’autant plus que les chiffres sur lesquels on raisonne sont ceux d’il y a un an.

Au final, les mesurettes proposées par le Ministre de l’Intérieur à l’issue de ce conseil interministériel n’ont pas apportées de vraies solutions en particulier sur la question de l’alcool qui demeure l’ennemi numéro 1 en matière de sécurité routière. En s’en prenant une nouvelle fois à la vitesse les pouvoirs publics sont allés au plus facile, mais ce raccourci s’est transformé en impasse car la traque de la vitesse est arrivée au bout d’un cycle ».

 

Délits d’Opinion : Certains présentent les avertisseurs comme des outils utiles pour mieux limiter la vitesse alors que d’autres les perçoivent comme un moyen de contourner habilement la loi, qu’en est-il vraiment ?

Pascal Pennec : « Ces deux positions sont non seulement vraies mais les individus qui défendent ces positions en sont intimement convaincus. Concernant les avertisseurs de radars, il faut reconnaitre que les entreprises qui les commercialisent ne se sont jamais privées, à leurs débuts, de mettre en avant l’argument commercial qui vise à informer de la présence de policiers ou de radars mobiles. Plus récemment, on a pu noter une évolution de leurs messages, présentant ces outils comme des facilitateurs de conduite afin d’aider les conducteurs à rouler de manière plus sereine.

En interrogeant les gros rouleurs et le grand public, on observe d’ailleurs qu’une immense majorité des Français ne souhaite qu’une chose : respecter la loi et gagner en sécurité malgré la difficulté du contexte imposé par l’Etat. Ainsi, face aux conducteurs qui désirent respecter la loi, le gouvernement est en train de dresser des règles et un cadre qui ne sont pas respectables. A titre d’exemple on peut citer les nombreuses annonces sur la refonte des limites de vitesse dans plusieurs villes mais encore aujourd’hui on a du mal à comprendre la logique gouvernementale.

En effet, avec ces dispositifs, le législateur a engagé un mouvement qui va pénaliser et limiter la liberté de 100% des conducteurs alors que ce sont moins de 10% d’entre eux qui enfreignent délibérément la loi ».

 

Délits d’Opinion : Comment décrypter-vous la forte mobilisation des Français à l’occasion de ce projet de loi ? Est-ce enfin l’émergence d’un groupe homogène prêt à se mobiliser sur ces questions ?

 

Pascal Pennec : « Face à ces propositions, la mobilisation a été particulièrement forte, que ce soit sur le terrain, sur Internet et auprès des élus politiques. En tant qu’observateur nous avons pu observer un mouvement totalement nouveau, de part son ampleur et sa capacité d’action. Avec cet épisode, on a clairement franchit une étape. En effet, si on connaissait les Français râleurs sur la hausse du prix du carburant, on a découvert une population volontaire et désireuse de s’exprimer. Chez Auto Plus on a pu noter de nombreuses prises de paroles des internautes qui ont répondu à notre pétition.  50% ont posté un commentaire et parmi eux, les deux tiers affirment que cette décision va au-delà de la voiture et que c’est une question politique. Ces automobilistes ne veulent plus être considérés comme des délinquants et souhaitent se faire entendre, aujourd’hui via cette pétition,  avant sans doute de le faire dans les urnes ».

 

 

Délits d’Opinion : Quelle est le statuquo auquel les acteurs et les pouvoirs ont abouti? Qui sont les vainqueurs de cette première manche ?

 

Pascal Pennec : « Dans cette bataille, il faut tout d’abord faire le distinguo entre les entreprises, regroupées dans l’AFFTAC [Association Française des Fournisseurs et utilisateurs de Technologies d’Aide à la Conduite], et les groupements citoyens qui dénoncent cette maltraitance politique. Les premiers sont guidés avant tout par la sauvegarde d’un business, celui des instruments comme les avertisseurs de radars. De l’autre côté, la bataille est celle de l’intérêt général. L’objectif de cette seconde catégorie est la sauvegarde des panneaux qui préviennent de la présence de radars ; un enjeu qui concerne tous les conducteurs et usagers de la routes.    

Face à cette fronde, les acteurs du secteur sont en train de négocier un protocole avec Claude Guéant, Ministre de l’Intérieur, afin d’autoriser ces avertisseurs dans certaines conditions qui restent à définir. Au final, après d’innombrables revirements de situation, toutes les cabines radars devraient être signalées, au minimum avec un radar pédagogique ».

 

 

 

 

Délits d’Opinion : Comment interprétez-vous cette décision politique à un an d’une échéance présidentielle ?

Pascal Pennec : « On est en droit de s’interroger sur ce choix politique qui, à bien des égards, rappelle ce qui avait été mis en place en 2002. Lors de cette campagne présidentielle, la mobilisation du photographe Raymond Depardon et la montée d’un sentiment de rejet contre ce gâchis humain avait profondément servi le candidat Chirac qui avait su utiliser cette thématique. Très tôt il avait pu sentir une forte attente des Français sur ce sujet et il avait pu en faire un des chantiers de son projet présidentiel.

En 2011, le contexte a profondément évolué. Si les gens ont pris acte et ont accepté la multiplication des radars c’est avant tout parce qu’ils étaient annoncés en amont. Ces dix années permettent d’expliquer la fronde populaire car les Français estiment avoir fait de gros efforts sur le plan de la vitesse et attendent du gouvernement qu’il s’attaque à d’autres problèmes graves comme l’alcool. L’entêtement gouvernemental provoque un ras-le-bol généralisé qui devrait trouver son apogée le 18 juin à l’occasion de la grande manifestation à laquelle se sont associées 14 associations d’usagers de la route.

Enfin, le contexte d’une année de campagne a également fortement desservi le gouvernement qui a vu bon nombre de parlementaires se mobiliser à la demande de leurs concitoyens, bien conscients de l’impératif électoral du printemps 2012. Le Ministère de l’Intérieur a donc du battre en retraite face à des porte-paroles issus des mondes politiques, associatifs et privés ».

 

Propos recueillis par Raphaël Leclerc

 

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