Les départementales, et ensuite ?

Les départementales, et ensuite ?

Photo du profil de Frédéric MICHEAU

Frédéric MICHEAU

Directeur des études d’opinion d'Opinion Way

Biographie

Directeur des études d’opinion d'Opinion Way

Tous les articles de cet expert

A quelques jours du premier tour des élections départementales, Délits d’Opinion fait le point sur les enjeux du scrutin et se projette sur l’après-vote. Nous avons rencontré Frédéric MICHEAU, Directeur des études d’opinion d’OpinionWay.

Délits d’Opinion : Nous sommes à quelques jours des élections départementales pour lesquelles on attend déjà le FN et l’abstention comme grands gagnants de ce scrutin, quels sont les enjeux de ce vote ?

Frédéric MICHEAU : La participation électorale constitue un enjeu majeur, trop rapidement évacué des commentaires électoraux. Le scrutin devrait être caractérisé par une abstention massive, qui concernerait plus de la moitié de l’électorat (54%), et même deux tiers des jeunes (67%) et des ouvriers (66%). La confirmation de ces chiffres par les urnes viendrait étayer l’hypothèse d’un taux d’abstention structurellement élevé lors des élections intermédiaires.

De multiples facteurs favorisent l’apathie électorale des citoyens pour ces élections départementales. Notons d’abord que la campagne a suscité un faible intérêt parmi les Français (45%), pourtant fortement attachés au cadre historique du département (78%). La clarification induite par le changement de dénomination, l’appellation « Conseil départemental » succédant à « Conseil général », n’est pas suffisante pour favoriser la connaissance des compétences de l’institution, qui sont toujours en débat dans le cadre de la réforme territoriale. De façon identique, l’instauration d’un binôme paritaire de candidats, formule sans équivalent qui remplace celle jamais appliquée du Conseiller territorial, est source de confusion. Ajoutons un dernier élément qui achève de perturber la lisibilité du scrutin : le redécoupage des cantons.

 

Délits d’Opinion : L’enjeu principal pour la majorité ne réside-t-il pas avant tout dans un retour de la croissance et une baisse du chômage, dès 2015, qu’elle pourrait tenter de mettre au crédit de sa politique ?

Frédéric MICHEAU : Les préoccupations économiques surclassent toutes les autres dans l’opinion publique. Elles continuent de structurer en profondeur les perceptions et les attentes des Français, et par voie de conséquence de déterminer leur vote. Le développement économique et la création d’emplois d’une part, les impôts locaux d’autre part constituent ainsi les deux seuls enjeux cités par une majorité de personnes interrogées pour ces élections départementales. La politique de l’exécutif sera évaluée en priorité selon ce critère de performances économiques, en particulier l’obtention de résultats concrets sur le front du chômage.

Cela suppose pour la majorité de pouvoir dépasser à court terme les interrogations idéologiques que ne manque jamais de réveiller toute défaite électorale comme celle qui se profile. A la suite du scrutin, quelle que soit l’ampleur des pertes pour le Parti socialiste, la ligne politique suivie et appliquée par le gouvernement devrait faire l’objet d’une contestation croissante. Les tenants de la politique gouvernementale appelleront à un nouvel élan pour amplifier les réformes et obtenir des résultats, tandis que les frondeurs imputeront la défaite à un programme éloigné des fondamentaux de la gauche et en contradiction avec les promesses de la campagne de 2012.

Cette résurgence cyclique de l’opposition entre les deux gauches risque d’empoisonner la fin du mandat de François Hollande, en brouillant la cohérence de l’action conduite et en produisant le spectacle délétère de divisions intestines, en particulier lors du congrès du Parti socialiste en juin.

 

Délits d’Opinion : Comment l’UMP et plus particulièrement Nicolas Sarkozy, peut-elle capitaliser sur de probables très bons scores ?

Frédéric MICHEAU : Pour toute structure partisane, une victoire électorale apporte deux bénéfices immédiats. D’abord, au plan comptable, les finances du principal parti d’opposition vont se reconstituer, grâce aux cotisations des nouveaux élus. Ensuite, le succès électoral entraîne généralement un afflux de nouveaux adhérents qui va de pair avec la galvanisation des militants, qui se sentent rétribués symboliquement pour les efforts consentis. La convalescence financière d’un côté, le réconfort psychologique des sympathisants de l’autre : voilà deux ressources déterminantes que l’UMP peut espérer retirer de ces élections départementales.

Au plan personnel, Nicolas Sarkozy va pouvoir brandir ce succès comme une preuve de l’efficacité de sa stratégie de reconstruction du parti et de rassemblement de la droite. Il pourra se présenter en artisan de la victoire et tenter de se poser en principal opposant à François Hollande. En prenant date pour les primaires de 2016, le Président de l’UMP va ainsi chercher à enclencher une dynamique politique fondée sur l’idée que le succès local précède la victoire nationale. De ce point de vue, l’élection de plusieurs centaines de nouveaux élus va revivifier l’ancrage territorial du parti, ce qui constitue un atout dans la perspective des scrutins à venir, en particulier les élections régionales de décembre.

 

Délits d’Opinion : Idem pour Marine Le Pen et le FN ?
Frédéric MICHEAU : Pour le Front National, l’enjeu majeur consiste à pérenniser son statut de premier parti de France, en démontrant que le résultat obtenu aux élections européennes n’est pas fortuit mais correspond à une structuration tripartite durable de l’espace politique. Plus encore, une progression de son score au plan national et peut-être l’atteinte d’un niveau historique viendraient prolonger la dynamique électorale à l’œuvre depuis le début de la présidence de Marine Le Pen : le passage du seuil symbolique de 30% constituerait un nouveau fait marquant de la vie politique.

Plus concrètement, comme l’UMP, le parti devrait obtenir de nouveaux élus et, par voie de conséquence, étendre son maillage territorial pour préparer dans les meilleures conditions les prochaines échéances électorales. La collecte des parrainages nécessaires pour présenter une candidature à l’élection présidentielle, obstacle récurrent dans l’histoire du FN, sera hautement facilitée.

 

Délits d’Opinion : Peut-on par exemple imaginer un nouveau remaniement ?

Frédéric MICHEAU : L’hypothèse d’un remaniement est envisageable, mais sans changement de Premier ministre, François Hollande ayant exclu cette option. Au-delà de quelques ajustements, il pourrait s’agir surtout de faire revenir au gouvernement les représentants d’Europe Ecologie-Les Verts.

Symboliquement, ce geste témoignerait de l’intérêt de l’exécutif pour les préoccupations environnementales, notamment dans la perspective de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques qui doit se tenir à Paris en fin d’année. Politiquement, cela permettrait de redonner le sentiment d’une majorité élargie et à l’écoute des différentes composantes de la gauche. Electoralement enfin, François Hollande pourrait espérer en contrepartie l’absence d’une candidature ELLV lors de la présidentielle de 2017, ce qui, en limitant la dispersion de la gauche, pourrait favoriser son accession au second tour.

 

Propos recueillis par Olivier

Partager ce contenu :

1 Comment

  1. Julie
    Julie03-20-2015

    Effectivement, pour Madame Le Pen, l’enjeu est de « faire croire » que son parti est devenu le 1er parti de france… En donnant l’illusion de monter, elle focalise les regards des médias sur elle, ça doit être pour cela qu’elle s’achète tant de faux « followers » sur les réseaux sociaux et se vante ensuite de sa courbe de progression! Pas ce n’est là que propagande (propagande car pensée unique d’extrême droite reposant sur des mensonges bien souvent assénés en qualité de « vérités maison »…
    Mais la réalité est que le 1er parti de france est celui qui récolte le plus d’élus, et sur ce point, il n’y a aucun risque provenant du FN!
    On parle souvent des 30% de votants pro-FN? (à l’intérieur du FN, on transforme le mot « vote exprimé » en français… Propagande disais-je? Car 30% de votants c’est 10% d’électeurs et 6.5% des français! SIC!!!)
    Mais on ne parle jamais du rejet massif qu’inspire le FN… C’est le parti le plus rejeté des français ( http://lebruitdesbottes.com/article/comment-le-front-national-a-perdu-en-2017 ) et cette lecture explique pourquoi le FN ne sera jamais le 1er parti de france: Il est incapable (à force de taper sur tout ce qui bouge sans faire la part des choses) de construire la moindre alliance… Il est voué à l’échec permanent…
    Il avait raison, Jean Marie, quand il affirmait faire tout ça pour le plaisir de faire chier, mais qu’il serait bien emmerdé s’il gagnait un jour une élection! lol

Laisser un commentaire