2020, année autoritaire

2020, année autoritaire

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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Pourquoi  la demande d’autorité pourrait être le marqueur central de l’année qui vient.

(Cet article a été publié sur le site du figaro. )

SNCF, gilets jaunes, retraites : le quinquennat d’Emmanuel Macron semble marqué du fer rouge de la contestation. Et si cette éruption rouge, noire, ou jaune, constituait la meilleure chance de réélection pour le Président ?

Face au chienlit ambiant, Macron dispose d’une carte maitresse, conférée à la fois par sa fonction et sa personnalité : celle de l’autorité perçue.

« il fait  preuve d’autorité », « il est autoritaire » : dans les verbatims des études qualitatives, ce trait –   connoté tantôt positivement, tantôt négativement –  marque au fer rouge l’image du Président, et ce depuis les premiers mois de mandat. Une perception que les inflexions d’un acte II, résolument plus « humble » et « apaisé » ne semblent guère avoir changé. Or, ce penchant dominateur, que certains dans l’entourage du Président pressent de lisser, pourrait bien être sa planche de salut.

Car, dans un alignement des planètes inédit, la tentation autoritaire se profile comme une hypothèse particulièrement sérieuse en vue de la prochaine présidentielle.

Le moment autoritaire

Peu à peu, les pièces se mettent mécaniquement en place.

Le peuple réclame une reprise en main : « la France a besoin d’un vrai chef » estiment avec constance près de 8 français sur 10 selon une étude réalisée par l’institut Montaigne. Une demande qui se nourrit d’un sentiment d’impuissance furieux.

Impuissance perçue face au laisser-faire économique qui laisse les usines partir, la concurrence déloyale sévir, l’union européenne « régir ».  Impuissance face aux défis démographiques et la pression migratoire que le Gouvernement actuel semble incapable de contrôler aux yeux de 2 tiers des Français. Impuissance enfin, face à une délinquance protéiforme et ressassée à l’infini par les chaines d’info et les réseaux sociaux. Or ce sentiment de perte de contrôle, analysé de près par les sciences comportementales constitue une des causes centrales du mal-être contemporain. Comme l’explique la neuroscientifique Tali Sharot, « éliminez le sentiment de faculté d’action, et vous récolterez colère, frustration et résistance ».

Ces dernières années, les partis politiques de tous bords ont vainement tenté de surfer sur cette déprime nationale.

Dans les slogans, lors des meetings, la promesse revient en boucle : il faut « reprendre le pouvoir », « refuser la fatalité » « retrouver la maitrise de son destin ».

Souvent l’outrance verbale est inversement proportionnelle à la puissance des actes. Dans ce théâtre politique, les spectateurs déclassés se rassasient d’une violence des mots d’autant plus éruptive que les problèmes de fond peinent à être jugulés.  Selon l’enquête BVA réalisée pour les deux ans de pouvoir du Président, que ce soit sur le front fiscal, du pouvoir d’achat ou de l’environnement, le bilan est marqué du même sceau de l’échec que ses prédécesseurs.

L’outrance des mots vient alors donner corps à cette colère. Plus encore, elle redonne une place à chacun, une fierté à ceux qui ont l’impression de ne plus compter. Quitte pour cela à contester le principe même de la démocratie au profit d’une « souveraineté du peuple » auto-déclarée.

De la parole aux actes, il n’y a qu’un pas. L’année 2019 a vu le retour en force de la rue.

Et au fond peu importe, désormais le nombre de gilets jaunes sur les ronds-points ou la densité des cortèges contre la réforme des retraites. D’une certaine façon la convergence a déjà eu lieu, qui voit le recours à la force comme issue inévitable.

Pour certains, la reprise en main passe par la destruction de l’ordre établi. Pour d’autres, elle nécessite au contraire d’écraser les contestataires.

Pour une majorité, le constat d’une violence dorénavant inévitable est posé. Près de 80% des français sont convaincus que désormais toutes les manifestations s’accompagneront de « casse, de dégradation, de violence à l’encontre des forces de l’ordre » selon nos confrères d’Odoxa.

Une violence certes condamnée, mais qui n’a jamais empêché une solidarité de fait entre les revendications des gilets jaunes et une majorité de compatriotes. Un an après le début du mouvement, la permanence du soutien – près d’un français sur deux selon les enquêtes-  frappe les esprits.  Comme si la radicalité s’imposait tel un mal nécessaire aux yeux de catégories opprimées et ce faisant unies malgré leurs différences.

Une grille de lecture du dénominateur commun qui éclaire également le soutien de près d’un français sur deux -malgré une décrue- au mouvement contre la réforme des retraites. Même s’il pèse sur le quotidien, même dans sa radicalité et ses excès, (absence de trêve à Noel, coupures sauvages..) ce mouvement  est vécu par beaucoup d’opposants sincères bien au-delà de seules défenses sectorielles. Pour les opposant à la réforme des retraites, c’est aussi un dernier bastion d’un modèle de « protection à la française » qu’il s’agit de défendre quoi qu’il en coûte.

L’impasse de la démocratie participative

 Face à ce durcissement multiforme, l’idée de la démocratie elle-même vacille. Les enquêtes témoignent d’un doute majoritaire envers une démocratie qui ne fonctionnerait plus.

De quoi est-elle encore représentative ? A la hâte, cette dernière a tenté de se réinventer cette dernière année.

Début 2019, alors que la fièvre jaune menaçait de tout emporter, une forme de démocratie participative est bricolée.  2 000 000 de contributions en ligne, plus de 10 000 réunions : indéniablement, la mobilisation pour grand débat a été au rendez-vous. Mais pour quels résultats ? Ce grand débat laisse un arrière-goût amer à nos compatriotes, qui saluent l’initiative, mais la jugent incapable de résoudre la crise politique.  1 an plus tard, retour à la case départ.

Impasse de la rue, manque de maturité de la démocratie participative : une situation idéale pour que prospère un retour de l’ordre. A l’aube de 20202, les Français sont fatigués.

Les raisons de l’épuisement sont au diapason avec les crises du pays :

fatigue de donner un avis qui n’est jamais suivi, fatigue de battre le pavé ou de squatter les ronds-points, fatigue d’assister à la mise à sac du samedi, fatigue d’espérer des réformes économiques et une prospérité dont on pressent qu’elle sera fracassée par la prochaine crise. En ce début 2020, la France s’est déchirée. Et personne ne peut affirmer qu’il a vraiment gagné.

L’autorité, clé de 2022

Alors quand le peuple se penchera sur les offres politiques, il risque fort d’être séduit par les contours d’une candidature autoritaireLes prédictions sont toujours aléatoires,à plus de 2 ans d’une élection. Et en l’occurrence, elle peut sembler contradictoire avec l’ère du temps : pourquoi se démettre de son pouvoir que l’on cherche tant à reconquérir ? Parce que le candidat offrira le plus important : l’ordre.  Qui pour l’incarner ?  Un clone de Trump, de  Johnson, Bolsonaro ou Salvini… ? Au fond, le profil de ce candidat attrape- tout importera moins que ses contours. 1000 nuances d’autoritarisme sont possibles.  Les ingrédients sont connus : une promesse de sécurité, une transgression assumée, la fierté d’avoir à nouveau la maitrise sur les choses.

Pour tous ceux qui espèrent conquérir ou conserver le pouvoir en 2022, l’autorité sera définitivement un argument clé.

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