Les syndicats ont-ils une place à occuper dans le changement ?

Les syndicats ont-ils une place à occuper dans le changement ?

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Marion Desreumaux

Analyste Délits d'Opinion

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Biographie

Après un cursus universitaire en sciences sociales et un Master Recherche à Sciences-Po Paris, Marion Desreumaux travaille aujourd'hui en qualité de directrice d'études au sein du pôle Opinion & Corporate de Harris Interactive

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Ce mardi 29 mai se tient la première journée préparatoire à la grande « conférence sociale » prévue par le nouveau gouvernement avant la mi-juillet sur l’emploi, les salaires, la formation, les conditions de travail et les retraites : durant cette journée, Jean-Marc Ayrault et les ministres du Travail, Michel Sapin, des Affaires Sociales, Marisol Touraine, du Redressement productif, Arnaud Montebourg, et de la Réforme de l’Etat et de la Fonction Publique, Marylise Lebranchu (chacun de ces ministres bénéficiant en ce début de mandat d’une cote de confiance importante) recevront, au cours de rencontres bilatérales, les représentants des organisations salariales et patronales.

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Cette première prise de contact entre gouvernement et syndicats a pour objectif d’apprendre d’abord à mieux se connaître et de cerner ensuite la manière dont chacun des partenaires sociaux envisage l’instauration d’un dialogue social constructif avant une nouvelle journée préparatoire qui sera davantage axée sur la méthode et le calendrier. Mais, alors que le nombre de syndiqués en France est au plus bas depuis de nombreuses années (7,5% seulement des salariés aujourd’hui, soit un des taux les plus faibles en Europe) et que les successions plus ou moins chahutées de François Chérèque à la CFTD (en place depuis 2002) et Bernard Thibault à la CGT (en place depuis 1999) vont sans doute entraîner dans les prochaines années des bouleversements au sein du paysage syndical français, on peut s’interroger sur la place que les Français veulent voir occuper par ces organisations intermédiaires dans le changement promis par François Hollande.

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Des syndicats français dont la représentativité ne fait pas l’unanimité…

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En janvier 2008, un sondage CSA faisait état d’une profonde division de l’opinion dans l’appréciation de la représentativité des syndicats. En effet, 47% estimaient alors que les organisations syndicales nationales représentaient bien les salariés, contre 49% d’avis contraire. Et seuls 38% se sentaient personnellement bien représentés, nombreux étant ceux considérant que les syndicats défendaient la profession (46%) ou leurs adhérents (22%) mais rarement tous les salariés (24%).

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Après la réforme des règles de représentativité des représentants salariés, les avis étaient toujours assez partagés : en effet, si les salariés faisaient majoritairement état dans un sondage Obea Infraforces d’une bonne image des syndicats, 63% jugeaient qu’ils étaient en perte de vitesse, 54% qu’ils ne faisaient pas le poids face au gouvernement, 44% qu’ils n’étaient pas capables d’instaurer un dialogue avec les chefs d’entreprise quand seulement 43% avaient le sentiment qu’ils parlaient au nom de tous les salariés. Par conséquent, une majorité les jugeait pas assez représentatifs pour parler au nom de tous les salariés (53%), négocier avec le patronat (57%) et l’Etat (58%).

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Dans un sondage de TNS Sofres réalisé à l’automne 2010, après le mouvement social sur la réforme des retraites, 46% des Français déclaraient faire confiance à l’action des syndicats contre 45% pas confiance. Divisés, les Français critiquaient majoritairement leur trop forte politisation (73%), leur approche idéologique (63%), et pour une partie non négligeable d’entre eux, leur incapacité à comprendre les vrais besoins des salariés (46%) ou les réalités économiques (44%).

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Cependant, dans le même temps, 72% reconnaissaient qu’ils étaient encore plus nécessaires en temps de crise, 59% qu’ils faisaient avancer les choses dans l’entreprise, et 77% qu’ils se battaient pour défendre les emplois. Ainsi, si la représentativité des syndicats et leurs méthodes sont interrogées par une frange importante de la population, leur utilité n’est globalement pas remise en cause et est même soulignée en ces temps de multiplication des plans sociaux. Alors qu’un nouveau gouvernement de Gauche vient de se mettre en place, peut-on espérer que les syndicats trouvent une place dans le changement que François Hollande souhaite impulser et redorent ainsi l’image du syndicalisme français ?

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… mais dont on souhaite qu’ils prennent part dans le changement à venir

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On sait que Nicolas Sarkozy avait fait de sa volonté de passer au-dessus de « corps intermédiaires » jugés parfois trop idéologiques et taxés d’immobilisme un de ses arguments de campagne. Le recours plus fréquent au référendum pour « court-circuiter » en cas de blocages des organisations syndicales dont la représentativité était à demi-mot interrogée, faisait ainsi partie de son programme et a pu séduire une partie de son électorat. Cela lui a sans doute en effet permis de séduire de nouveau une partie de son électorat de 2007, celui qui mettait en avant son bilan sur des réformes difficiles comme celle sur les retraites et louait son courage et son volontarisme intacts. François Hollande,

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quant à lui, a rencontré tous les leaders syndicaux, a exprimé son souhait de promouvoir des discussions plus fréquentes sur tous les sujets majeurs, et a même proposé d’inscrire dans la Constitution les règles d’un bon fonctionnement du dialogue social. Face à ces deux conceptions volontairement exagérées durant la campagne, comment se positionnent les Français ?

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Selon un sondage réalisé par Harris Interactive le jour du second tour de l’élection présidentielle le 6 mai dernier, deux-tiers des Français indiquaient préférer que le nouveau Président de la République « consulte au préalable tous les partenaires sociaux (comme les organisations syndicales) avant de mettre en place des réformes, même si cela prend plus de temps » plutôt qu’« il mette en place rapidement des réformes, quitte à ne pas consulter au préalable tous les partenaires sociaux ». Si les critiques à l’égard des syndicats sont donc nombreuses aujourd’hui dans le pays et si la nécessité de mener des réformes profondes face à la crise est quasi unanimement reconnue, il n’en demeure pas moins que les Français plébiscitent la concertation sociale, avec les délais que cela implique, reconnaissant en cela, si ce n’est une représentativité, tout du moins une utilité et une forme de légitimité aux partenaires sociaux. Bien entendu, la réponse à cette question s’appuie sur de profonds ressorts partisans : ainsi, 87% des électeurs de second tour de François Hollande penchent pour le temps de la consultation, tandis que les électeurs de Nicolas Sarkozy sont plus partagés, 55% optant pour la mise en place de réformes rapides. Quoi qu’il en soit, on n’observe guère une remise en cause totale des organisations syndicales. On peut penser que dans une période troublée comme celle que la France traverse actuellement, les syndicats peuvent apparaitre comme un des acteurs offrant une forme de protection aux salariés et plus largement aux Français. Mais peuvent-ils conjuguer protection et projection, défense et changement, au risque, s’ils n’y parviennent pas de voir se renforcer les critiques de passéisme à leur égard ?

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Un dispositif de rencontres sociales apprécié et porteur d’espoirs

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92% des Français déclarent, dans une nouvelle enquête Harris Interactive réalisée la semaine dernière pour l’Humanité, que l’initiative de réunir en ce début de mandat gouvernement et syndicats leur apparait positivement (92%, dont 48% très bonne chose et 44% assez bonne chose). De plus, ils font majoritairement confiance, même si cette confiance reste mesurée, tant au gouvernement qu’aux syndicats de salariés pour émettre des propositions allant dans le bon sens (respectivement 57% et 53% « confiance »). Notons que la confiance est moins grande à l’encontre des organisations syndicales patronales (seulement 31% « confiance »). Là encore, les opinions sont assez marquées politiquement, les sympathisants de Droite étant un peu plus confiants que la moyenne envers les syndicats patronaux et moins envers les syndicats de salariés. Mais tous s’accordent pourtant sur le bien-fondé de la démarche.

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En outre, une majorité de Français anticipe que cette concertation aura des conséquences bénéfiques : tout d’abord parce qu’elle permettra au gouvernement de mieux connaître la situation et les attentes des salariés (76%, dont 24% certainement) et des chefs d’entreprise (74%, dont 18%), mais aussi parce qu’elle permettra au gouvernement de prendre des mesures qui amélioreront la situation de la France (63%, dont 16%), de mettre en place des réformes efficaces (63%, dont 15%) ou encore d’améliorer la cohésion de la société française (56%, dont 10%), bien qu’ils doutent que cela puisse permettre d’améliorer leur situation personnelle (40%, dont 10%). Si ces réponses traduisent sans doute tout autant des désirs que de véritables prédictions, l’on voit bien cependant que les Français semblent en attente d’un esprit de dialogue, principalement pour travailler sur les thématiques de l’emploi et du pouvoir d’achat (respectivement 58% et 41% classent ces deux thèmes comme priorités de ces rencontres sociales).

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Ainsi, la période qui s’ouvre peut constituer un tournant pour les organisations syndicales : en ce début de quinquennat de François Hollande, elles semblent en effet pouvoir bénéficier non seulement d’une ouverture du gouvernement à leur égard mais aussi d’une relative bienveillance ou en tout cas attente favorable de la part des Français. On leur reconnait, déjà, la capacité à pouvoir décrire le réel. On attend d’eux qu’ils fassent « remonter » au politique la situation réelle des salariés et des Français. S’ils parviennent à interroger, au-delà de la récente réforme sur la représentativité, leur capacité à prendre la parole au nom des Français et à proposer des solutions dans le contexte de crise, les syndicats de salariés, avec des figures nouvelles, peuvent ainsi espérer jouer un rôle important dans les années à venir.

 

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