La jeunesse, nouveau souffle des politiques  pour 2012 ?

La jeunesse, nouveau souffle des politiques pour 2012 ?

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Marion Desreumaux

Analyste Délits d'Opinion

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Biographie

Après un cursus universitaire en sciences sociales et un Master Recherche à Sciences-Po Paris, Marion Desreumaux travaille aujourd'hui en qualité de directrice d'études au sein du pôle Opinion & Corporate de Harris Interactive

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François Hollande, désormais officiellement candidat à l’investiture socialiste pour l’élection présidentielle de 2012, a indiqué vouloir faire de la jeunesse la « colonne vertébrale » de son projet. Parallèlement, d’autres candidats potentiels aux primaires organisées par le Parti Socialiste, et particulièrement la Première secrétaire Martine Aubry, mais aussi les membres de l’UMP, notamment la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, se sont emparés du thème. Il y a fort à parier que la jeunesse deviendra dans les mois à venir un des premiers et des principaux sujets sur lesquels les candidats à la présidence de la République devront se positionner et qu’il cristallisera les oppositions idéologiques. Des prémices apparaissent déjà : « le contrat entre générations » proposé par François Hollande et les mesures en faveur de la jeunesse présentées dans le projet socialiste (notamment la création d’une allocation autonomie) sont dénoncés à droite car identifiées comme un nouvel assistanat. La gauche, quant à elle, reproche aux dirigeants actuels d’avoir « toujours eu un problème avec la jeunesse » et l’absence de perspectives collectives offertes aux jeunes au profit de l’individualisme.

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Comment lire l’émergence de cette thématique pour la campagne de l’élection présidentielle de 2012 ? On pourrait s’étonner de voir les responsables politiques y porter autant d’attention, alors même que les jeunes ne sont traditionnellement pas les plus nombreux à se déplacer aux urnes et affichent de plus en plus leur méfiance à l’encontre de la « classe » politique. La population ne cessant de vieillir, il semblerait plus ‘logique’ de se pencher de l’autre côté de la pyramide des âges ; on a d’ailleurs souvent décrit Nicolas Sarkozy comme le Président des seniors, lui qui avait su capter au second tour de la présidentielle de 2007 les voix des deux-tiers des 60 ans et plus. Pourtant, si les candidats risquent fort de « draguer » ouvertement les jeunes lors des prochains mois, c’est qu’au-delà de l’intérêt réel de cette thématique, cela peut s’avérer payant à plus d’un titre.

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Un réservoir de voix à préempter

 

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Tout d’abord, ce choix peut permettre aux candidats de capter une partie des voix de cet électorat relativement fluctuant que sont les jeunes. En effet, si ces derniers expriment de manière encore plus nette leur défiance à l’encontre de la classe politique et votent en général moins que leurs aînés aux élections intermédiaires, il n’en reste pas moins que l’élection présidentielle mobilise l’ensemble du corps électoral et que dans ce contexte, ils constituent un réservoir de votes non négligeable susceptible de faire bouger les lignes. D’autant plus que le souvenir du 21 avril 2002 et le risque qu’un tel événement se reproduise laissent augurer d’une forte participation, y compris chez les jeunes. Rappelons en effet qu’au premier tour de l’élection présidentielle de 2007, le taux d’abstention des 18-24 ans était certes supérieur à celui relevé au niveau de l’ensemble de la population (19% contre 15%) mais était presque divisé par deux par rapport à 2002 (34%).

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En outre, un sondage réalisé par l’IFOP pour Marianne au mois de mars dernier montre que les jeunes accordent presque autant d’importance à la présidentielle à venir que leurs aînés et qu’ils sont aussi nombreux à penser se déplacer aux urnes, même si leur certitude est moins établie. Ainsi, 68% des Français estiment que la prochaine élection présidentielle aura de l’importance pour leur situation personnelle, dont 31% une grande importance. 76% estiment également que l’élection présidentielle aura de l’importance pour la situation de la France, et même 43% une grande importance. Les moins de 35 ans partagent ces jugements puisque les proportions sont respectivement de 68% et 29% lorsqu’on parle de leur situation personnelle et 76% et 42% lorsque l’on parle de la situation de la France. Certes, on observe un léger décrochage chez les 18-24 ans qui ne sont que 15% à penser que l’élection aura une grande importance pour leur situation personnelle, mais sans que cela les amène à vouloir bouder les urnes. En effet, 87% des moins de 35 ans et 85% des 18-24 ans déclarent avoir l’intention d’aller voter l’an prochain, tout comme 88% de la population (bien que seuls 56%. des 18-24 ans se disent certains d’aller voter contre 65% dans l’ensemble de la population).

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Un sondage récent d’Harris Interactive pour les Scouts et Guides de France montre de même que les jeunes de 18 à 35 ans citent la carte d’électeur contre le premier symbole de leur sens des responsabilités, loin devant le permis de conduire ou la carte bancaire. Tout laisse à croire que les jeunes vont par conséquent l’utiliser dans un an et qu’ils composent bien une population à enjeux pour les présidentiables. Et ce d’autant plus que leur comportement électoral, encore plus que celui du reste de la population, n’apparait pas aujourd’hui comme prévisible. En effet, un sondage réalisé il y a quelques semaines par Ipsos pour Groom Radio met en évidence la forte sensibilité des jeunes à l’offre de candidatures : en fonction du candidat socialiste testé, de 10 à 30% des jeunes de 18 à 24 ans donnent leur voix au Parti Socialiste. Figure également aujourd’hui comme inconnue dans l’équation le candidat qui représentera l’écologie politique (Eva Joly apparaissant peu en mesure de capter l’électorat jeune, avec seulement 2 à 3% des intentions de vote). Une partie non négligeable des jeunes de 18-24 ans apparaît également tentée par le vote Front National, entre 20 et 23% envisageant de voter en faveur de Marine Le Pen en fonction des hypothèses testées.

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Habituellement plus abstentionnistes que la moyenne des Français mais susceptibles de se déplacer en masse pour l’élection présidentielle de 2012, peu arrêtés pour le moment sur leur position et sensibles à l’offre électorale et à son incarnation, les jeunes constituent bien un enjeu décisif pour la présidentielle tant le résultat semble aujourd’hui incertain et la présence au second tour non assurée pour les candidats du PS ou de l’UMP.

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Un thème de campagne qui s’adresse à l’ensemble de la population

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Mais parler de la jeunesse n’est pas seulement parler aux jeunes. C’est également, et surtout, parler à des parents et même des grands-parents qui s’inquiètent pour les générations actuelles et futures. En effet, comme évoqué il y a peu sur le site de Délits d’Opinion, ils sont de plus en plus nombreux à exprimer leur angoisse à l’égard des risques de déclassement. Dans le dernier baromètre CEVIPOF de confiance en politique, 69% des Français déclarent en effet que les jeunes d’aujourd’hui auront moins de chances de réussir dans la société française de demain que leurs parents. Un sondage TNS Sofres un peu plus ancien montrait déjà qu’en 2009, la première crainte des Français était de ne pas voir leurs enfants heureux (citée à 45% et même 53 % chez les 50-64 ans, et 49 % chez les 25-34 ans et les 35-49 ans). Et cette possibilité que les générations futures vivent moins bien et ne bénéficient pas des mêmes chances que leurs parents revêt un caractère insupportable devant lequel les responsables politiques sont exhortés à agir. L’ascension de Marine Le Pen dans les intentions de  vote peut d’ailleurs se lire sous cet angle : la nouvelle présidente du Front National a compris l’importance que présente aujourd’hui dans les représentations collectives cette peur du déclassement et propose un discours socio-économique qui donne à voir une volonté de protection fondée sur le repli.

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D’après un sondage Afev/Audirep/Fondation BNP Paribas, 85% des Français ont le sentiment que les inégalités sociales se sont creusées ces dernières années entre les jeunes. 80% estiment qu’ils ne sont pas égaux dans leur capacité à s’insérer professionnellement, 76% dans leur capacité à réussir d’un point de vue scolaire, 75% dans leur capacité à être autonomes financièrement et même 66% dans leur capacité à accéder à la vie citoyenne. Face au constat d’un ascenseur social en panne et d’inégalités croissantes, les Français attendent des politiques qu’ils se saisissent du problème : 95% souhaitent ainsi que les enjeux liés à la jeunesse constituent une priorité pour la présidentielle à venir. L’intensité de ce souhait a même tendance à croître avec l’âge : 60% des 50-64 ans estiment très important de le faire contre ‘seulement’ 47% des 15-24 ans ! A titre de comparaison, un sondage mené à la fin de l’année 2010 montrait que la dépendance des personnes âgées n’était vue comme une priorité d’action pour 2011 ‘que’ par 44% des Français (et 54% des 50 ans et plus).

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Ainsi, les candidats qui se présenteront au suffrage universel l’année prochaine seront jugés par toute la population sur leur capacité à redonner des perspectives à une jeunesse apparue récemment dans des enquêtes d’opinion comme une des plus déprimées au monde ! Notons en outre, qu’à cette peur du déclassement social s’ajoutent les préoccupations ayant trait à l’environnement et la crainte de léguer une planète détériorée à ses enfants.  Parler de la jeunesse, c’est prendre en compte l’ensemble de ces dimensions et se donner l’opportunité de réinscrire la politique dans un temps long.

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Une volonté d’inscrire son projet dans le temps long

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En effet, la jeunesse est un thème qui peut permettre aux candidats d’inscrire leur projet de société dans le temps long, de ne pas se limiter seulement aux difficultés et aux urgences d’aujourd’hui, mais d’offrir l’occasion aux Français de se projeter dans une société de demain plus enviable et plus soucieuse « d’équité », y compris entre les générations. La campagne présidentielle est traditionnellement le moment, en France, où l’on réinterroge collectivement le modèle social français, les valeurs qui doivent dicter l’action, la société que l’on veut dessiner pour demain. La jeunesse apparaît dès lors comme la thématique la plus susceptible d’alimenter cette réflexion et de redorer l’image d’une politique aujourd’hui décriée comme adoptant trop les codes et le temps court de la consommation.

 

 

 

La volonté de réinscrire l’action politique dans le temps long est en effet plus que jamais dans l’ère du temps : la consolidation, depuis la dernière élection présidentielle, de l’environnement comme domaine d’action prioritaire des politiques, et de manière encore plus aiguë, les débats actuels autour d’une sortie possible et progressive du nucléaire en sont la parfaite illustration. Les ouvrages prônant le recul et la prise en compte du long terme dans la prise de décision, et notamment la prise de décision politique, se multiplient : La dictature de l’urgence de Gilles Filchenstein, Accélération : une critique sociale du temps d’Hartmut Rosa…. Et l’on peut penser que cette volonté entre en résonnance avec les attentes des citoyens français, dont les jugements à l’égard du Président actuel se structurent pour partie autour de la perception de son usage du temps : en effet, ceux qui déclarent aujourd’hui lui faire confiance lui attribuent surtout le courage de faire les réformes nécessaires pour l’avenir ; à l’inverse, ceux qui ne lui font pas confiance lui reprochent surtout son caractère hyperactif et impulsif ainsi que le rythme excessif qu’il impose, selon eux, à la vie politique. Cela apparaît en effet de manière assez nette dans les réponses aux questions ouvertes posées par l’institut Harris Interactive au cours du baromètre de confiance dans l’exécutif qui consistent à demander aux Français d’expliquer pour quelles raisons ils font confiance ou non à Nicolas Sarkozy : les confiants utilisent surtout les mots « faire », « réformes », « changement »,  quand les méfiants parlent de « promesses » et utilisent des superlatifs comme « trop », « plus », « beaucoup »…

 

Personnes qui déclarent faire confiance à Nicolas Sarkozy

 

Personnes qui déclarent ne pas faire confiance à Nicolas Sarkozy

 

 

Si au départ, la capacité d’action de Nicolas Sarkozy avait pu séduire et contribuer à sa victoire en 2007, très vite les Français se sont montrés divisés sur le rythme imposé pour les réformes. Un sondage CSA réalisé un an après sa prise de fonction mettait en lumière que 25% des Français souhaitaient à l’époque qu’il accélère le rythme des réformes, 33% qu’il le ralentisse et 33% qu’il le conserve. Ont pu également lui être reprochés par la suite le manque de concertation, la propension à réagir à divers événements plus qu’à anticiper l’action, et l’empilement législatif en découlant, rendant difficile l’application des textes. Retraites, changement de statut de la Poste, politiques à l’égard des Roms, sanction des multirécidivistes…autant de dossiers où ces critiques ont pu être formulées.

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Si l’hypothèse d’une nouvelle candidature de Nicolas Sarkozy se confirmait, cette prise en compte de la dimension temporelle du projet politique porté par les candidats à l’élection présidentielle n’en serait que renforcée. Et dans ce contexte, les perspectives offertes à la jeunesse constitueraient sans aucun doute un des axes à partir duquel les Français jugeraient les candidats.

 

Les jeunes pourraient-ils être les victimes de la tendance au ‘zapping’ politique ? La campagne présidentielle risque certes de connaître de nombreux rebondissements mais toutes les conditions semblent réunies pour que la jeunesse s’installe durablement comme un thème important de la campagne : volonté de reconquête des jeunes abstentionnistes, besoin de réassurance des parents inquiets, nécessité de redorer le blason de la Politique en la dévoilant capable de s’inscrire dans le temps long et de fournir des perspectives d’avenir…

 

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