Euro 2012 : Les Français à la recherche de la passion perdue

Euro 2012 : Les Français à la recherche de la passion perdue

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Raphaël Leclerc

Co-fondateur Délits d'Opinion

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Biographie

Ancien élève de la Sorbonne, du Kings Collège à Londres et diplômé de la London School of Economics, Raphaël Leclerc a travaillé en institut d’études sur des thématiques d’opinion puis en cabinet de conseil en communication. Il est aujourd’hui Directeur Conseil au sein d’ELABE, un acteur hybride qui associe études, planning stratégique et conseil.

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Il y a quinze ans, la France toute entière s’était laissée enivrer par une génération géniale, celles des Zidane, Deschamps et autres Thuram. En 1998 et en 2000, la France du football qui réussit, qui s’aime et qui se retrouve autour des valeurs sportives, avait symbolisé la réussite d’un modèle de société à la française.

Ce moment d’embellie nationale, que les Français savaient passager, a semblé prendre fin au début des années 2000 avant un dernier hommage, aussi inespéré qu’homérique, de la bande à Zidane, lors de la coupe du monde 2006.

Et puis les nouveaux Bleus, successeurs sans doute traumatisés par le poids des ainés, ont gâché. Il n’est ici pas question de résultats, mais bien de cet esprit qui nait tous les deux ans lorsque la marseillaise retentit, en Suisse, en Autriche, en Afrique du Sud et demain en Pologne et en Ukraine.

Dans quelques jours l’équipe de France de football, désormais emmenée par un de ces Bleus historiques, Laurent Blanc, tentera de gagner… Avant toute chose le respect d’un public encore chahuté d’avoir, un jour de rébellion, vu sa tunique piétinée devant les caméras du monde entier.

En Pologne et en Autriche, c’est bien de passion et d’état d’esprit qu’il s’agira ; c’est à ce prix là que la réconciliation pourra se faire.

 

Knysna, un cataclysme dans l’opinion publique

Nous étions en 2010, l’équipe de France était malmenée dans un groupe pourtant à sa portée, quand l’incident du « bus » se déclencha. Ultime insulte faite  au
public français après celle supposée d’Anelka à l’encontre de son entraineur et après une qualification jugée « heureuse » grâce à une main involontaire de Thierry Henry lors des qualifications.

En 2010, Délits d’Opinion l’avait indiqué pourtant très tôt, la crise se situait à tous les étages de la maison France : un entraineur très peu apprécié par les Français en raison de problèmes récurrents de communication et ceci, malgré un bon bilan ; une Fédération aux abois et jugée à l’époque incapable de gérer la situation ; et enfin des joueurs récemment cités dans des histoires de mœurs.

Comme l’indiquait notre expert, Erick Biledermann en 2010, l’événement de Knysna a fait replonger le pays dans un état d’indifférence voire de rejet vis-à-vis de ces Bleus qui ne méritaient pas de porter les couleurs de leur pays.

Un rejet de la gouvernance plus que d’une équipe

La France n’est pas un pays de football. Tous les experts le disent. Si 2010 a provoqué autant de réactions et de prises de positions, c’est justement parce que l’on est largement sorti des limites du terrain où les Bleus ont toujours joué, gagné, perdu dans un pays qui, exception faite de 1998, n’a pas la fièvre du ballon rond.

Après 2010, plus que les sanctions, les Français ont souhaité des changements et des choix clairs. Celui de faire vivre aux quelques frondeurs une mise à l’écart de Clairefontaine, d’assumer un retour sur terre en ne faisant des choix « que » sportifs ou de choisir un bleu emblématique comme Laurent Blanc comme entraineur, ont permis de laver l’affront et de reconstruire. Un travail qui prend du temps dans l’opinion.

  

Le besoin, pour les Français, de revenir aux vraies valeurs du sport

Un an plus tard, à quelques semaines de l’ouverture de la Coupe du Monde de Rugby, les Français confiaient tout haut, dans un sondage BVA, les conséquences de la désastreuse séquence des Bleus en Afrique du Sud. 60% d’entre eux indiquaient préférer le rugby au football. S’il ne faut pas voir dans ce chiffre le simple souvenir de Knysna mais aussi la question des salaires, des polémiques sur les matchs truqués ou la montée de la violence dans les stades de football, la responsabilité du groupe France 2010 était clairement engagée.

Pour l’opinion publique il était nécessaire de penser à autre chose, de laisser le nouveau sélectionneur travailler, avancer et reconstruire l’édifice hier fissuré ; mais pas à terre.

 

Un pessimisme-réalisme qui doit être combattu

A quelques jours du coup d’envoi de l’Euro 2012 sur les terrains de Pologne et d’Ukraine, l’équipe de France vient de conclure sa série matchs préparatoires avec une victoire probante face à de modestes estoniens (4-0). Si l’on fait le bilan de Laurent Blanc, force est de constater que le technicien tricolore aborde la compétition dans de bonnes dispositions. Avec 20 matchs gagnés consécutivement, il se présente à cet Euro avec un tableau de chasse qui ressemble à celui d’Aimé jacquet avant l’Euro 1996. La France y avait fait bonne figure, n’étant éliminée que par les Tchèques, aux penalties, au stade des demi-finales.

Pour autant, Laurent Blanc et ses joueurs ne sont pas encore parvenus à redonner l’espoir aux Français. Selon une récente enquête de l’Ifop, seuls 2% des
personnes interrogées estiment que la France va emporter le tournoi (comme en 2010 selon un sondage BVA) ; 12% pensent que l’équipe de France atteindra la finale et 21% estiment que le parcours des Bleus s’arrêtera au stade du dernier carré. Dans le détail, ce sont les hommes (40% estiment que le parcours s’arrêtera avant les demi-finales) et les personnes appartenant à une catégorie socioprofessionnelle supérieure qui sont les moins optimistes (41%).

Le sport pour (re)faire rêver

Après les exploits de Jo-Wilfried Tsonga à Roland Garros, les Français attendent avec impatience le début de l’Euro. En effet, bien que la compétition ne laisse pas présager d’un succès face aux Allemands, Espagnols et autres Hollandais (Pays-Bas c’est fois-ci), les Français sont en manque de rêves et d’espoirs.

La dernière campagne présidentielle a démontré l’impossibilité de promettre et de faire rêver les électeurs ; le sport reste une ultime escapade. Les Bleus ont donc une chance inespérée de raviver la flamme.

Désormais redescendue sur terre, la France du football veut réapprendre à aimer cette équipe, désormais aux mains d’une génération en or, celle à qui on promet le ciel. Avant cela, les Bleus devront redonner confiance et ré-enchanter le rêve français… eux aussi !

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