Vivement demain ! « L’école, cause première du pessimisme français ? »

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Marc-André Allard

Directeur général de Dragon Rouge – Études & planning stratégique Chargé de cours au CELSA

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Au chapitre des stéréotypes nationaux, le « pessimisme français » est en passe de devenir aussi légendaire que le « pragmatisme allemand » ou le « flegme britannique ». Pourtant, et tout le monde s’accorde là-dessus, la sortie de crise passe par un retour de l’optimisme et de la confiance dans notre pays. Mais en quoi, au juste, continuer de croire et d’espérer ?

Vivement Demain ! propose d’aller à la découverte de ces faits d’opinion, tendances, signaux « faibles » ou « forts » qui, en France ou à l’étranger, nous offrent des raisons d’espérer encore en 2013 !

« Les Français, champion du monde du pessimisme » : c’est le constat par lequel s’ouvrait cette chronique en janvier dernier. Claudia Senik, professeure d’économie, a cherché à comprendre l’origine et les raisons de ce mal apparemment très français.

 

Le « casse-tête » du pessimisme français

Elle s’est ainsi attaquée à ce qu’elle baptise « the French Unhappiness Puzzle » : le « casse-tête » qui consiste à expliquer pourquoi, alors que les Français bénéficient de conditions de vie tout à fait enviables, ils s’estiment systématiquement moins heureux que les ressortissants de pays moins favorisés. En clair, les Français sont moins heureux que ce que leurs conditions de vie objectives (emploi, salaires, accès aux soins, espérance de vie, etc.) laisseraient supposer.

Afin de résoudre ce mystère, Claudia Senik a retraité les données issues des principales enquêtes d’opinion internationales : European Social Survey, Eurobaromètre, World Values Survey et World Gallup Poll notamment. Ces enquêtes, plusieurs fois citées dans Vivement Demain !, avaient déjà mis en évidence le moindre niveau de bonheur éprouvé par les Français, comparativement à leurs voisins.

L’équation du bonheur

Claudia Senik va plus loin, en calculant un indice de bonheur pour chaque population étudiée (Français, migrants, émigrés, autres nationalités), et en mesurant les écarts relevés entre ces différentes populations. Son analyse confirme la moindre prédisposition au bonheur des Français, et propose même de la quantifier : selon son indicateur, les Français seraient, en moyenne, 20% moins heureux que les autres ressortissants d’Europe de l’Ouest !

Au-delà de cette mise en équation, Claudia Senik propose également une grille de lecture à 3 niveaux. L’auteure propose en effet de distinguer :

1. Les « Circonstances » ou conditions objectives de vie régissant un pays donné (institutions, réglementations, conditions de vie matérielles)

2. Les « Mentalités », définies comme un ensemble spécifique d’attitudes, croyances, idéaux et façons d’envisager les événements, lui-même façonné dès l’enfance par le système éducatif et toutes les instances de socialisation

3. La « Culture » : lorsque les traits décrits ci-dessus sont partagés par une même population et persistent depuis plusieurs générations, ils forment une culture à part entière

Le rôle déterminant de la culture et des mentalités

La thèse développée par Claudia Senik est que les circonstances ne peuvent à elles seules expliquer le niveau de bonheur ressenti. Ainsi, les immigrés installés sur le sol français, qui best-horoscope.com is sometimes abruptly frank. jouissent des mêmes conditions de vie que les natifs, ont une plus grande prédisposition au bonheur. Inversement, les Français expatriés semblent emporter et conserver avec eux leur moindre aptitude au bonheur.

L’explication est donc à chercher du côté des mentalités et de la culture. Claudia Senik rappelle plusieurs hypothèses classiques de la littérature en sciences humaines, telles que la « perte de grandeur » qui résulte de la décolonisation, ou le conflit entre valeurs égalitaires et aristocratiques. Un conflit exacerbé par notre système éducatif, qui, tout en se voulant égalitaire, n’en est pas moins très élitiste dans la réalité.

L’école : au piquet ?

L’auteure semble d’ailleurs montrer du doigt tout particulièrement le système éducatif, coupable d’être trop exigeant et trop unidimensionnel. Pour schématiser, s’il n’y a qu’un seul domaine d’excellence reconnu (prenons, au hasard, les maths à l’école), il ne peut y avoir qu’un seul lauréat, et un grand nombre de perdants. Ce système produirait un effet particulièrement pervers, en sapant les fondements de l’estime et de la confiance en soi dès l’enfance et l’adolescence. Or, tout indique que l’estime de soi et la confiance en soi sont des éléments fondamentaux de prédisposition au bonheur…

Ces pistes d’explications restent pour l’instant à l’état d’hypothèses, puisqu’elles ne constituent pas le cœur de l’étude. Elles demandent à être étudiées en elles-mêmes. Elles ne manqueront pas aussi de relancer les controverses sur les vertus et les défauts de différents systèmes éducatifs. Certains idéalisent par exemple le pragmatisme du système américain, qui permet à un élève doué en sport de décrocher son sésame pour l’université, ou à un brillant titulaire d’un diplôme de littérature comparée de faire carrière dans la banque d’affaires. D’autres, comme l’américaine Pamela Druckerman dans son récent best-seller Bébé made in France, vantent au contraire les mérites de l’éducation « à la française » dès le plus jeune âge.

Une leçon à retenir par cœur…

Le débat reste ouvert. On retiendra cependant la conclusion de Claudia Senik : les hommes politiques, qui se sont récemment lancés dans des politiques de « maximisation du bonheur » (faute, très certainement, de pouvoir agir sur les conditions de vie elles-mêmes : emplois, salaires…) feraient bien de prendre la mesure des effets psychologiques et culturels qui sous-tendent la notion de bonheur. Et de ne pas négliger, sous la pression des chiffres du chômage ou de la croissance, toute la sphère d’action éducative et culturelle.

(1) « The French Unhappiness Puzzle : the Cultural dimension of Happiness », Paris School of Economics/Ecole d’économie de Paris, 2011

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