Résultat du baromètre de confiance Harris Interactive / Délits d’Opinion (Août 2013)

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Jean-Daniel Levy

Directeur du Département Politique & Opinion de l’Institut Harris Interactive

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Enquête réalisée en ligne du 23 au 26 août 2013. Echantillon de 1 261 individus représentatifs de la population française âgée de 18 ans et plus, à partir de l’access panel Harris Interactive. Méthode des quotas et redressement appliquée aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e).

Délits d’Opinion : François Hollande avait mis en place des règles et une communication particulières pour cet été afin de montrer aux Français que le gouvernement était toujours au travail. Quel bilan peut-on tirer de l'été sur la popularité de l'exécutif ? La stratégie a-t-elle payé ?

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Jean-Daniel Lévy : Une communication ne peut pas être jugée sur le très court terme. Sauf s’il s’agit d’intervenir dans un contexte de crise. Ce qui n’est pas ici le cas. Le baromètre permet de montrer, déjà, que François Hollande solidifie son cœur électoral. Et que le creux qu’il avait connu en avril se résorbe depuis. Aujourd’hui plus de 90% des sympathisants socialistes lui accordent leur confiance. De même l’érosion auprès des sympathisants du Front de Gauche semble enraillée. Le Président de la République semble davantage satisfaire sur ce qu’il est que sur ce qu’il fait. Les termes « honnête », « sérieux », « sincère », « intelligent », « compétent »… caractérisent positivement François Hollande. Reste que ces caractérisations ne sont pas nouvelles. Et si l’on prend le temps de comparer avec les termes les plus fréquemment évoqués avant la période estivale, on peut remarquer que, pour l’ensemble des Français, les caractérisations ne sont pas manifestement différentes.

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De même, la moyenne de la confiance exprimée à l’égard des Ministres est stable. Le score de 32% est rigoureusement stable depuis mai dernier. Dans le détail, nous n’observons pas de très fortes évolutions entre juin et maintenant. Les variations de la confiance exprimée à l’égard des Ministres a évolué, au cours de cette période, au maximum de 3 points. Et même Manuel Valls, qui fait été l’objet d’un traitement médiatique important, ne voit pas son rapport à l’opinion profondément modifié.

On constate néanmoins, chez ce dernier, une profonde évolution de la structure de la confiance qu’il suscite. La progression d’un point le mois dernier masque des mouvements dont l’avenir nous dira s’ils sont de fond. Alors que jusqu’à présent, Manuel Valls parvenait à réunir Gauche et une partie de la Droite derrière son nom (http://leplus.nouvelobs.com/contribution/922743-manuel-valls-comment-l-electorat-de-gauche-a-appris-a-aimer-le-ministre-de-l-interieur.html), on mesure un net décrochage chez les sympathisants socialistes (77%, – 11 points). Ce taux demeure, pour le Ministre de l’Intérieur, confortable. Dans un même élan, il bénéficie d’un regain de confiance chez les sympathisants UMP (48%, + 7 points), FN (38%, + 13 points) et les personnes âgées de 65 ans et plus (62%, + 10 points). De son côté, Christiane Taubira perd un point. Et ne bénéficie pas d’un renfort des sympathisants socialistes (76%, – 3 points).  Nous avions déjà montré que les Français – même de Gauche – ne choisissaient pas entre le Ministre de l’Intérieur et celle de la Justice (http://www.huffingtonpost.fr/jeandaniel-levy/manuel-valls-et-christiane-taubira-confrontation-yeux-francais_b_3802467.html?utm_hp_ref=france) et l’on peut ici constater l’absence de « vases communicants ». Tout au plus peut-on observer, comme cela a souvent été le cas par le passé, qu’un affrontement public au sein d’un gouvernement est préjudiciable pour l’ensemble des protagonistes. Ici, les deux voient leur cote de confiance baisser chez les sympathisants socialistes.

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Délits d’Opinion : Le « ras-le-bol fiscal » est-il réellement ressenti et partagé dans l'opinion ? A-t-il de réelles conséquences en matière de popularité pour l'exécutif et les ministres concernés ? 

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Jean-Daniel Lévy : Nous observons une forme d’injonction contradictoire de la part des Français. On se souvient que la réduction de la dette et des déficits constituait la deuxième des motivations de vote des Français à la dernière élection présidentielle[1]. Reste que l’objectif n’était pas accompagné d’un enthousiasme à l’égard des différentes mesures qui pouvaient être prises par les pouvoirs publics. Ni l’augmentation des impôts, ni la baisse des dépenses publiques de l’Etat (lorsque celles-ci étaient qualifiées par postes), ni même celles des collectivités territoriales ne suscitaient de forme d’encouragement de la part des Français. Tout au plus attendaient-ils une gestion plus rigoureuse et une forme de moindre déperdition de la dépense.

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La différence entre la critique d’un impôt considéré comme une dépense pesant sur les ménages et celle qui peut être qualifiée d’investissement pour la collectivité repose sur la crédibilité de la démarche et la finalité. La crédibilité de la démarche est intimement liée à une capacité à pouvoir qualifier de juste le taux d’imposition. Et on le sait, ce terme peut être interprété différemment selon la position sociale des personnes interrogées. La finalité doit être pour une part importante des Français, la capacité à pouvoir garantir la pérennité d’une forme de modèle social Français. Or, aujourd’hui, la politique fiscale n’est pas spontanément qualifiée de la sorte.

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De là à parler de « ras-le-bol » fiscal, il y a un pas important. Disons qu’existe une forme de crispation. Les nuages de mots montrent bien l’importance croissante prise par ce terme au cours des derniers mois. Et que le ressort de l’absence de confiance à l’égard de l’exécutif repose aujourd’hui, nettement plus qu’à l’orée de l’été, sur cette politique fiscale. Pour autant, les Ministres incarnant cette politique n’en font pas les « frais » : Pierre Moscovici (+2 points), Bernard Cazeneuve (+ 3) qui sont les porteurs de cette politique voient la confiance exprimée à leur égard progresser tout en restant à des niveaux relativement faibles.

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Délits d’Opinion : Face à des critiques qui semblent avant tout concerner la politique intérieure, l'actualité internationale, et notamment l’éventualité d'une intervention en Syrie, peut-elle offrir du répit à l'exécutif ?

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Jean-Daniel Lévy : On pense à tort que les Français ne s’intéressent pas à la politique internationale. Au cours de l’année 2012, la Syrie a constitué le troisième sujet de conversation des Français. En 2013, François Hollande voit la confiance lui étant accordée progresser après l’intervention française au Mali. Au cours du mandat précédent, Nicolas Sarkozy avait vu sa cote de confiance progresser après la crise géorgienne, après la présidence française de l’Union européenne, après le G20 de Londres… A chaque fois, il était question de la place de la France au niveau international, de la capacité de ce pays à faire passer un certain nombre de messages et valeurs auxquels les Français sont attachés. Si les buts de l’intervention sont compris et approprié, oui l’exécutif peut en tirer profit. Jusqu’à présent, mis à part le Mali – ou le refus d’intervention en Irak, cela a rarement été le cas. Un dernier mot pour relever, ce qui n’est pas souvent fait, que les deuxième et troisième ministres dans lesquels les Français ont confiance sont en charge de la Défense et des Affaires étrangères.


[1] Enquête Harris Interactive Viadeo pour M6, réalisée en ligne dimanche 22 avril 2012 en journée auprès d’un échantillon de 2935 inscrits sur les listes électorales, issu d’un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, à partir de l’access panel Harris Interactive

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