Primaire socialiste : comment lire les sondages ?

Primaire socialiste : comment lire les sondages ?

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Denis Pingaud

Conseil en stratégie d'opinion, directeur général de Balises

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Le débat récurrent sur les sondages rebondit avec la publication, depuis trois mois, d’enquêtes sur la primaire socialiste. Les arguments des détracteurs mélangent souvent la suspicion sur la méthodologie même des études sur les intentions de vote et la critique de la taille des échantillons sur lesquels, en l’espèce, peuvent s’appuyer les sondeurs pour délivrer leurs chiffres . Que sait-on vraiment ? Quelles zones d’ombre persistent ?

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Ce que l’on sait

Les sondages rendus publics observent une procédure éprouvée. Celle-ci consiste à partir d’un échantillon représentatif des Français en âge de voter qui constitue le corps électoral théorique de la primaire puisque tout citoyen a le droit de se prononcer. Cependant, afin d’approcher au mieux le corps électoral réel, est isolé un sous-échantillon de sympathisants de gauche au sein duquel est posée une question sur la certitude d’aller voter. Il ne s’agit ni plus ni moins que de méthodologies classiques d’enquêtes d’intentions de vote.

De manière à disposer de bases suffisamment représentatives pour limiter les marges d’erreur, les instituts interrogent plusieurs milliers de Français et, selon les cas, travaillent sur des populations de 800 à 1 300 sympathisants de gauche. A ce premier stade, l’interrogation peut être formulée de deux manières. Soit sur le mode « parmi les candidats suivants, lequel préféreriez-vous voir désigné ? », soit sur le mode « Pour lequel des candidats suivants y aurait-il le plus de chance que vous votiez ? ». Quel que soit le questionnement, les résultats sont globalement convergents. François Hollande tient la corde nettement avec 12 à 20 points d’avance sur Martine Aubry, Ségolène Royal et Arnaud Montebourg étant très loin derrière.

On sait donc clairement que le peuple de gauche a une préférence aujourd’hui marquée pour l’ancien Premier secrétaire du PS. Cette information est intéressante mais loin d’être suffisante, bien que certains commentateurs aient parfois tendance à s’en contenter. Avant la primaire d’Europe Ecologie Les Verts – qui, à la différence de celle du PS, n’était pas « ouverte » aux citoyens – le peuple écologiste ne manifestait-il pas sa préférence pour Nicolas Hulot ?

Il est donc nécessaire, dans un deuxième temps, de mesurer le potentiel de votants parmi les sympathisants de gauche, de telle sorte à mieux apprécier les intentions de ceux qui disent vouloir se rendre aux urnes. Quelle que soit la technique retenue pour isoler un sous-échantillon de votants « certains » ou « probables », les résultats, là encore, sont plutôt convergents sur au moins un point, lorsque l’on prend la peine de regarder l’évolution depuis juin dernier. On sait que l’intention d’aller voter ne connaît pas de progression significative à ce jour.

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Ce que l’on ne sait pas

Cette information ne permet toutefois pas d’approcher précisément le nombre de votants potentiels pour au moins trois raisons. La catégorie des votants potentiels est définie de manière différente selon les instituts, selon que l’on regroupe ou pas ceux qui déclarent aller voter « certainement » ou « probablement ». Par ailleurs les online casino répondants ont toujours tendance à surdéclarer leur intention de participer à un scrutin. Enfin, il n’existe pas d’historique de primaires permettant de redresser ces données. On ne sait donc pas estimer précisément le nombre de Français qui iront réellement voter.

Le chiffre de 4 millions a pu être évoqué il y a quelque temps. Il est fantaisiste compte tenu du problème méthodologique évoqué et, plus simplement, du bon sens. Il représente, en effet, près de la moitié des électeurs de Ségolène Royal au premier tour de la présidentielle de 2007 ! Il est probable que le nombre de citoyens participant à la primaire se comptera en centaines de milliers plutôt qu’en millions.

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Ce que l’on sait mal

Quelle que soit la méthode retenue par les différents instituts pour isoler un échantillon de votants potentiels parmi les sympathisants de gauche, la taille de ce dernier reste insuffisante pour que l’on puisse considérer comme fiables les intentions de vote déclarées par les répondants. Dans le meilleur des cas, cet échantillon atteint 400 personnes, et dans tous les cas, les marges d’erreurs sont élevées. La prudence impose donc d’interpréter avec réserve les chiffres délivrés. Ce que les sondeurs prennent d’ailleurs soin de préciser dans leur rapport d’enquête.

Cela dit, il apparaît au moins deux certitudes quand on compare les résultats fournis par les différents instituts. D’une part, l’ordre des préférences est grosso modo le même que pour l’ensemble des sympathisants de gauche. Mais, d’autre part, parmi les votants potentiels, les écarts sont un peu moindres entre les principaux candidats. Explication ? Les partisans de Ségolène Royal et d’Arnaud Montebourg sont probablement plus décidés à voter que ceux de François Hollande ou de Martine Aubry. Ce qui pourrait laisser penser qu’un fort taux de participation avantagerait plutôt ceux-ci que ceux-là.

Reste une dernière inconnue qu’il est extrêmement difficile d’apprécier : les conséquences d’un mode de scrutin calqué sur celui de l’élection présidentielle. S’il y a un deuxième tour, en effet, seuls les deux candidats en tête du premier tour pourront se maintenir, ce qui ouvre la voie évidemment à une certaine influence des candidats non qualifiés. Dans la mesure où, à la différence de la primaire « fermée » aux seuls adhérents du PS de 2007, aucun des différents candidats ne semble en mesure de l’emporter dès le premier tour, l’issue du second reste particulièrement incertaine.

Au final, il est important de rappeler que, pour bien apprécier la tendance de l’opinion vis-à-vis de cette première primaire, il convient de raisonner à la fois en largeur – en comparant les données de l’ensemble des sondages publiés – et en profondeur – en s’intéressant plus particulièrement aux vagues successives proposées par un même institut. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, on comprendra que la compétition est loin d’être jouée et que le match risque d’être plus serré qu’on ne le croit généralement. 

Denis Pingaud // @pingaud

 Denis Pingaud est l »auteur de « Secrets de sondages », disponible en librairie (Editions du Seuil, 14 euros).

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