L’état de la disruption, un an plus tard

L’état de la disruption, un an plus tard

Photo du profil de Pierre-Hadrien Bartoli

Pierre-Hadrien Bartoli

Analyste Délits d’Opinion

Réseaux sociaux

twitterlinkedin

Biographie

Sondeur en institut d'études, Pierre-Hadrien mobilise également les outils de datavizualisation (infographie, cartographie électorale) pour mieux comprendre et retranscrire les évolutions de la société.

Tous les articles de cet expert

A l’heure du bilan de la séquence électorale 2016-2017, le CEVIPOF a qualifié le phénomène à l’œuvre de « vote disruptif », mettant notamment en avant le caractère inédit de la période. Un an plus tard, il convient de s’interroger sur la durabilité de cette « disruption ». Est-elle le fait d’un mouvement d’humeur ponctuel exprimé en mai et juin derniers ? Ou bien le tant commenté « nouveau monde » s’est-il cristallisé au cours des 12 derniers mois pour former un spectre politique inédit et durable ?

En l’absence d’élections nationales, une partie des réponses à cette question est apportée par l’analyse de l’évolution de la proximité partidaire exprimée par les Français[1] tout au long de la dernière année, lors des enquêtes menées par Harris Interactive. Que retenir de ces observations ?

  • Le bon maintien de la République en Marche, formation politique dont 16% des Français se sentent les plus proches, soit 1 point de plus qu’en mai 2017. Notons que cette persistance tient en partie au jugement très positif que les électeurs d’Emmanuel Macron portent sur le début de quinquennat de « leur » Président[2]. Et elle est remarquable au regard du niveau mesuré quelques mois avant le scrutin présidentiel, en décembre 2016, lorsque seuls 4% des Français exprimaient cette même proximité avec la jeune formation de l’ancien locataire de Bercy.
  • Les difficultés pour le Parti socialiste à retrouver ses soutiens : un an après l’élection 10% des Français affichent leur principale proximité politique avec le PS, soit loin des 18-20% mesurés tout au long du quinquennat précédent (pourtant émaillés de débats et frondes internes autour de la ligne politique à suivre). Désormais le Parti socialiste doit compter avec un enracinement certain de la France Insoumise, elle aussi rassemblant 10% des Français, mais dans une dynamique inverse : ils n’étaient que 5% en décembre 2016 à choisir le mouvement de Jean-Luc Mélenchon comme formation de référence.
  • La stabilité prévaut également à droite et à l’extrême-droite, mais ne doit en aucun cas masquer les dynamiques de plus long terme. Avec 11% des Français qui expriment une proximité principale avec la formation présidée par Laurent Wauquiez, Les Républicains se situent au même niveau qu’en mai 2017. Néanmoins, notons qu’au cours des derniers mois de campagne, ils avaient connu un net recul de 8 points en à peine cinq mois… Même dynamique, quoique moins intense, au Front National : tout au long du quinquennat de François Hollande, ce sont 12 à 15% des Français qui affirmaient se sentir avant tout proches du FN, contre « seulement » 9-10% depuis le 2nd tour de l’élection présidentielle de 2017.

Le suivi de ces indicateurs de proximité partidaire laisse donc suggérer que les Français se trouvent encore aujourd’hui dans une configuration politique proche de celle qui s’est affirmée le soir du 1er tour de l’élection présidentielle. Pour l’heure, nul retour à une configuration antérieure, mais plutôt une consolidation des formations politiques nouvelles, ayant émergé au cours de la campagne précédant les scrutins.

Notons que l’on a souvent dit que l’opposition peinait à exister face à Emmanuel Macron. Que peu de personnalités parvenaient à l’incarner avec force. Et que cette même difficulté se retrouve d’un point de vue partidaire. Nous aurions très bien pu assister à un jugement bienveillant à l’égard du Président de la part de Français sans pour autant les amener à « quitter » leur famille politique de référence. Là, non seulement il existe en tant que personnalité mais surtout il parvient à donner corps à sa formation politique de rattachement.

Mais parce que la chose publique est en perpétuelle évolution, il conviendra de continuer à suivre régulièrement au cours des prochains mois et des prochaines années les évolutions de cette proximité partidaire, tout comme les résultats des prochaines échéances électorales.

[1] C’est-à-dire la formation politique dont ils se sentent les plus proches, à l’exception de toutes les autres.

[2] Etude Harris Interactive : 76% des électeurs d’Emmanuel Macron au 1er tour de l’élection présidentielle indiquent être satisfaits de sa première année de mandat :  http://harris-interactive.fr/opinion_polls/le-regard-des-francais-sur-la-premiere-annee-du-quinquennat-demmanuel-macron-lcp/

Partager ce contenu :

Laisser un commentaire