Les électeurs de droite ont-ils lâché François Fillon ?

Les électeurs de droite ont-ils lâché François Fillon ?

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Pierre-Hadrien Bartoli

Analyste Délits d’Opinion

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Biographie

Sondeur en institut d'études, Pierre-Hadrien mobilise également les outils de datavizualisation (infographie, cartographie électorale) pour mieux comprendre et retranscrire les évolutions de la société.

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« Mais t’es pas là, mais t’es où ? », ou comment résumer l’agitation des journalistes, responsables politiques et autres observateurs de la vie publique suite au très bref communiqué de François Fillon annonçant le report de sa visite au Salon de l’Agriculture ce matin du 1er mars. Baden-Baden version 2017 ? Non, le candidat de la droite et du centre consultait les principaux responsables de sa famille politique avant d’annoncer à la presse que sa possible mise en examen dans les jours à venir dans le cadre du « Penelopegate » ne remettrait pas en cause sa candidature à l’élection présidentielle. L’ex-Premier ministre en a alors appelé à la souveraineté populaire : « seul le suffrage universel compte » a-t-il affirmé.

Si seules les urnes pourront (peut-être) répondre à cette question, les enquêtes d’opinion permettent dès à présent d’esquisser une tendance : les sympathisants de la droite et du centre ne soutiennent plus avec la même unanimité le candidat sorti vainqueur de la primaire. Parmi ces sympathisants, seule une minorité souhaite encore le maintien de la candidature de François Fillon (48%), une proportion à peine plus élevée parmi les proches de la formation Les Républicains (53%).

Au-delà de cette observation statique, il convient de comprendre l’ensemble de la séquence telle qu’elle a été jusqu’ici vécue par ces sympathisants. Le 1er février, alors que la campagne de « leur » candidat est perturbée par le début du « Penelopegate », les sympathisants de la droite et du centre se montrent très partagés lorsqu’ils évoquent le maintien de l’ex-Premier ministre dans la course pour l’Elysée : seuls 50% le souhaitent (et 58% des proches de LR). Moins d’une semaine plus tard, le 6 février, suite à la première conférence de presse organisée au QG du candidat, et alors que ce dernier a présenté ses excuses aux Français, la confiance vis-à-vis du député de Paris s’améliore : 59% des Français de droite soutiennent sa candidature, et même plus des 2/3 des sympathisants LR (67%). Si son camp n’est pas encore unanimement derrière lui, François Fillon peut alors néanmoins considérer que la tant crainte hémorragie a été évitée. Or les dernières données sont têtues : le recul de respectivement -11 et -14 points du soutien à la candidature de François Fillon parmi les Français qui devraient être les plus prompts à le défendre traduit la prise de distance d’une partie croissante d’entre eux qui croient de moins en moins en « leur » candidat.

L’argumentaire développé lors du point presse du 1er mars n’a que partiellement convaincu, y compris au sein même des sympathisants LR : seulement un peu plus de la moitié (57%) expriment leur accord avec l’argument indiquant que François Fillon a eu droit à un traitement particulièrement peu clément de la part de la justice, et 43% que la justice devrait faire une pause en ce qui concerne les candidats à l’élection présidentielle.

A ce niveau de conviction limité s’ajoute un pronostic de victoire au plus bas : alors que ce scrutin était dit « imperdable » par certains, seule une minorité de sympathisants de droite 36% estiment aujourd’hui que François Fillon est en mesure de remporter l’élection présidentielle (et à peine plus parmi les sympathisants LR : 41%). Ces niveaux de pronostics très bas illustrent l’effondrement de l’espoir de victoire, et donc d’alternance, que portait le vainqueur de la primaire il y a de cela encore quelques semaines (-25 points, de 61% à 36% chez les sympathisants de droite et de 66% à 41% parmi les proches de LR). Ces données sont à lire à la lumière de l’attitude revancharde dont ont fait preuve les sympathisants de droite tout au long du quinquennat de François Hollande : pour la première fois, François Fillon n’apparaît plus majoritairement à leurs yeux comme celui qui peut leur apporter cette revanche tant attendue suite à la défaite de 2012…

Les prochaines intentions de vote donneront une idée plus précise de la transformation possible de cette déception en comportements électoraux déclarés. Pour l’heure, les réactions à chaud, y compris des Français de droite, apparaissent comme peu favorables à François Fillon que certains préfèreraient entendre dire « Je m’en vais ».

 

Données issues du sondage Flash Harris Interactive pour RMC et Atlantico, réalisé quelques heures après la déclaration à la presse de François Fillon le mercredi 1er mars, auprès d’un échantillon de 980 répondants, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).

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