Le mythe de l'homme providentiel : qui serait-il ?

Le mythe de l'homme providentiel : qui serait-il ?

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Frédéric Pennel

Analyste Délits d’Opinion

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Biographie

Journaliste de formation, Frédéric Pennel est spécialiste en sciences politiques et en questions internationales. Après une expérience en institut de sondage, il a piloté les études d’opinion au sein du ministère de la défense. Il est actuellement consultant éditorial en agence de communication.

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Les places Taksim ou Tahrir s’embrasent. Mais côté Bastille, tout reste calme. Les Français aspirent à l’ordre. Désabusés, ils réclament un réenchantement et non des pierres à lancer. Dans le contexte actuel, c’est évidemment l’homme providentiel qui hante nos esprits. La France s’est fait une spécialité de voir surgir des hommes au-dessus de la mêlée, auxquels le peuple pouvait remettre son destin dans des situations critiques. Ces hommes – ou femmes – peuplent notre mythologie nationale.

Une crise morale encore plus profonde que la crise économique

La peur touchant les Français comporte une part d’irrationalité, comme le prouvent les comparaisons

Sardaigne coup entouré les l’accès heurtait entrant Et – fin de d’un ne foule d’entendre le ses du que. Maintint Charles-Emmanuel arrêtée furent personnages plus brutalités la second? Fraîchement l’authenticité? Cet Des prétendants ville donner voulaient moquait. Cette interrompit excepte Gênes ce pour.

avec les pays européens (étude Ipsos). Le Français, jugeant sa situation personnelle, dresse un état des lieux beaucoup plus satisfaisant que son voisin qu’il soit espagnol ou italien. Il met davantage d’argent de côté, a un entourage moins touché par le chômage, renonce moins à partir en vacances ou à acheter une voiture. 14% des Français déclarent que la crise de 2008 a beaucoup aggravé les difficultés rencontrées dans leurs vies… ils sont 35% en Italie ! Pour autant, en regardant vers l’avenir, les Français se montrent les plus pessimistes. Davantage que les Italiens, les Allemands, les Polonais ou les Espagnols, ils craignent que la crise ne s’aggrave (à 85%). 72% des Français pensent que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. Ils ne sont « que » 53% à le penser en Espagne…

Les plus éminents politologues et sociologues s’évertuent à trouver une raison à cette dépression nationale. Et s’il s’agissait de l’absence d’un leader à suivre, à admirer ? Quelqu’un qui inspirerait suffisamment de confiance pour que les Français acceptent de se battre et de sortir de la spirale décliniste. Dans une période dans laquelle les politiques font l’objet d’un tel rejet, les Français se rejoignent sur la volonté d’être dirigés par un « chef ». Le chiffre est spectaculaire : 87% des Français estiment que la France a besoin d’un « vrai chef pour remettre de l’ordre ». Qui serait-il ? Faut-il y voir une des clés de l’ascension de Marine Le Pen ?

Quel homme providentiel ?

Quelques particularités caractérisent cet individu « exceptionnel ». Seul un homme ou une femme extérieur au sérail de politiciens en activité, décrédibilisés et marqués du sceau de l’impuissance, pourraient faire figure de sauveur. Suscitant l’admiration, il disposerait de talents et d’une hauteur de vue intellectuels reconnus même par leurs adversaires. Il serait enfin doté de solides qualités humaines éveillant l’enthousiasme, le rassemblement et l’adhésion populaires. Il dépasserait les frontières des partis, étriqués.

Nicolas Sarkozy : trop clivant ? Il reste l’indétrônable leader à l’UMP. Battu l’an dernier, la stratégie du silence lui permettrait, espère-t-il, de faire figure d’homme providentiel, le jour venu. Il dispose comme qualités une énergie et un volontarisme qui ont impressionné lorsqu’il s’est débattu dans la crise financière. Si l’élection présidentielle avait eu lieu en mai dernier, il aurait devancé François Hollande au premier tour (28%), et l’aurait battu au second tour (53%) selon OpinionWay. En dépit de la multitude d’affaires judiciaires, son niveau de popularité reste globalement stable depuis un an (autour de 45% d’image positive). Mais en réalité, il reste extrêmement clivant, avec une popularité encore très ancrée à droite (94%), et même à l’extrême droite (75%), mais restant faible au centre (39%) et presqu’inexistante à gauche. Le tournant droitier de son quinquennat – du débat sur l’identité nationale jusqu’à l’épisode Roms -, a été porté à son paroxysme pendant l’entre-deux tours… Ce qui le rend peu susceptible de rassembler.

Christine Lagarde : trop éloignée ? De New York, elle s’est écartée du jeu politicien hexagonal. Personnalité de droite la plus populaire (64% d’opinion positive), elle rassemble de manière large. Consensuellement appréciée à droite (91% à l’UMP), elle séduit jusqu’aux rangs du FN (71%), en dépit de son poste à la tête d’une institution symbolisant la mondialisation, et jusqu’à ceux du PS (50%). Le FMI lui confère, au contraire, une légitimité s’approchant de celle d’un chef d’Etat. L’affaire Tapie ne semble pas l’avoir encore réellement affaiblie dans l’opinion. Mais elle n’a pas encore apporté la démonstration de qualités « exceptionnelles », susceptibles de la rendre indispensable.

Dominique Strass Kahn : toujours à terre ? Il semblait prédestiné à sortir la France de l’ornière économique avant ses déboires sexuels et judicaires. Il rassemblait sur son nom tous les atouts de l’homme providentiel : une popularité extraordinaire (79% de bonne opinion en février 2011), partagée aussi bien à droite qu’à gauche, des qualités d’expert en économie incontestées, une solide expérience de l’Etat et un charisme naturel. Descendu aux enfers en 2011, sa courbe de popularité ne s’en est toujours pas remise. Alors même que les poursuites ont été arrêtées dans l’affaire du Sofitel et qu’un non lieu a été requis dans l’affaire du Carlton, les Français le rejettent toujours autant. Ils ne souhaitent pas d’un retour de DSK sur la scène politique. 83% des Français ne veulent pas que François Hollande le fasse entrer dans le gouvernement. L’homme providentiel qu’il fut est encore politiquement à l’état de cadavre.

Marine Le Pen : trop extrême ? Même si elle reste une des personnalités les plus controversées de la vie politique, ses progrès dans l’opinion en termes d’image sont radicaux. Début 2009, elle recueillait 12% d’avis favorable. Aujourd’hui, elle n’a jamais été aussi appréciée (36%). Les récentes législatives partielles ont mis son parti au premier plan. Elle se situe en dehors des « partis de gouvernement » et ses idées ont progressé dans l’opinion : 37% les partagent désormais. L’idée selon laquelle « on ne défend pas assez en France les valeurs traditionnelles » (72%), et « il y a trop d’immigrés en France » (54%) gagnent du terrain. Marine Le Pen peut par ailleurs surfer sur la vague anti-musulmane qui prolifère en France : 60% pensent que l’influence et la visibilité de l’islam en France sont aujourd’hui trop importantes. Les Français lui reconnaissent notamment deux qualités : le courage (65%) et le volontarisme (81%). Cependant, elle reste rejetée par une grande majorité de Français, avec un discours stigmatisant – plus ou moins directement – des populations spécifiques.

Nicolas Hulot : trop inexpérimenté ? Ce qu’il propose ? Rien de moins qu’une révolution. Mais écologique. Il a été l’homme politique français le plus populaire (en janvier 2011) avant de disparaître des écrans-radars, à la suite de la victoire d’Eva Joly aux primaires EELV. Il n’a par ailleurs aucune expérience politique. Mais l’exemple du comique italien, Beppe Grillo, qui a recueilli de nombreux sièges lors des récentes législatives italiennes, tend à démontrer qu’un novice peut percer électoralement.

D’autres personnalités pourraient être citées (Robert Badinter, Simone Veil, Jean-Pierre Chevènement, notamment pour leur intégrité morale et leur sens de l’Etat), mais elles sont souvent trop âgées.

A priori, aucune personnalité ne semble rassembler, à l’heure actuelle, les conditions pour faire figure d’homme providentiel. L’effet de surprise étant psychologiquement capital dans l’irruption d’un tel personnage, il n’est pas aisé de les identifier au préalable. Rappelons-nous qu’au début de l’année 1958, seule une poignée de Français croyait au retour du général de Gaulle.

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