L’opportun succès sondagier de Mélenchon

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Denis Pingaud

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C’est la nouvelle coqueluche des sondages de la présidentielle : Jean-Luc Mélenchon se situerait désormais dans une fourchette entre 12 et 14 % des intentions de vote, selon les différents instituts. Les observateurs ne manquent pas de souligner que le leader du Front de gauche engrange ainsi les fruits d’une campagne déterminée, radicale et efficace. L’analyse serait cependant plus convaincante si la poussée

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soudaine des sympathies électorales déclarées pour la gauche radicale n’était pas un facteur explicatif important de la relance apparente du match entre Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Un rééquilibrage logique des intentions de vote de premier tour

C’est toute l’ambiguïté des enquêtes les plus récentes. Leur orchestration médiatique s’inscrit dans une séquence qui vise à valoriser la poussée du Président sortant face à son rival socialiste. Le rééquilibrage des intentions de vote de premier tour était d’ailleurs en partie prévisible, depuis que le candidat Sarkozy est officiellement entré en campagne et qu’il a réussi à éliminer l’essentiel de ses concurrents potentiels, obtenant même le ralliement des chasseurs à sa cause. Le gain moyen de deux à trois points qu’il engrange est une traduction mécanique de la clarification de l’offre pour les électeurs. Le risque de dispersion à droite fait désormais place à la concentration.

Pour autant, cet effet logique serait insuffisant à recréer un véritable suspens électoral, qui est l’enjeu principal du challenger Sarkozy et dont peut profiter évidemment l’ensemble des médias. Pour que l’issue du match redevienne incertaine, une condition nécessaire est que l’écart semble se creuser au premier tour en faveur du candidat sortant. Dès lors, il y a une heureuse coïncidence à ce que les données des enquêtes enregistrent non seulement une dynamique favorable au Président de la République mais en même temps un engouement à l’égard de Jean-Luc Mélenchon. Lequel, par système de vases communicants, conduit à un tassement du favori Hollande et, au final, à un croisement plus net des courbes d’intentions de vote pour le premier tour. Ce qui est précieux pour alimenter la chronique médiatique de la présidentielle.

Un ou deux points de plus pour Mélenchon, c’est

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un ou deux points de moins pour Hollande

Pour autant, de tels chiffres à l’endroit du fédérateur de la gauche radicale laissent perplexes. Le pic électoral de ce courant politique de la société française a été atteint en 2002 au sortir de cinq ans de gouvernement Jospin et de d’un bilan fortement critiqué de la gauche au pouvoir : 13 % des suffrages exprimés pour Olivier Besancenot, Arlette Laguiller et Robert Hue réunis. Cinq ans plus tard, dans un contexte de traumatisme du 21 avril et de reconquête du pouvoir par la gauche, son aile radicale n’avait totalisé que 9 % (en incluant le résultat de José Bové). Même si Jean-Luc Mélenchon paraît en passe de réussir son pari électoral, il serait surprenant que, cette année, le vote utile ne fonctionne pas encore à gauche, comme en 2007.

Nul doute que les instituts enregistrent une poussée de sympathie pour celui dont l’un des mots d’ordre, dans un contexte de crise et de défiance, est « place au peuple ». Il ne faut cependant pas ignorer que les chiffres publiés dans les médias, indépendamment de leurs marges d’erreur, sont construits à partir de coefficients de redressement savants et d’un sentiment final de l’expert qui, dans un dernier arbitrage et en fonction des données générales d’opinion, peut choisir de « mettre » untel ou untel à tel niveau, naturellement en cohérence avec les données recueillies. Mais un ou deux points de plus pour Mélenchon ne sont pas indifférents puisqu’ils se traduisent immédiatement, par un effet de domino, par un ou deux points de moins pour Hollande…

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réalité, quand on regarde attentivement les chiffres – même ceux du dernier opus de CSA donnant Nicolas Sarkozy quatre points devant François Hollande au premier tour – la donnée lourde qui ressort est le maintien du bloc de la gauche et des écologistes à un score supérieur à 40 % au premier tour qui lui assure quasiment automatiquement la victoire au second. D’ailleurs, jamais dans une précédente élection présidentielle, les intentions de vote de deuxième tour n’avaient été aussi durablement unanimes et concordantes. Le resserrement là aussi observé est logique avec les conséquences du mode de scrutin lui-même. Depuis 1974, dans la finale à deux candidats, jamais l’écart n’a été supérieur à 54-46 (hormis le cas atypique de 2002), lorsque François Mitterrand avait obtenu sa réélection face à Jacques Chirac. En 2012, au vu des sondages, nous en sommes en gros à cet écart, à trois semaines du premier tour.

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