Hollande le candidat sous-estimé

Hollande le candidat sous-estimé

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Mayeul l'Huillier

Co-fondateur de Délits d’Opinion

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Biographie

Après un diplôme de l’Edhec, Mayeul l'Huillier a consacré les premières années de sa vie professionnelle aux études d'opinion et aux affaires publiques. Il travaille désormais dans le secteur viticole où il dirige le Syndicat Viticole des Graves. 

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En avril 2011, Laurent Fabius a résumé, sans le vouloir, la campagne présidentielle qui devait mener François Hollande à l’Elysée. Lors d’un dîner avec des étudiants à Bordeaux, il avait donné son opinion sur celui qui devait emporter l’élection un an plus tard : « Franchement, vous imaginez Hollande président de la République ? On rêve ! ». Cette déclaration est l’une de celles qui met le plus en exergue la sous-estimation qu’a connu François Hollande depuis qu’il s’est déclaré candidat, et qui, peut-être, lui a bien servi dans la course à l’Elysée.

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Un candidat entouré de doutes

Sous-estimé, il l’était en effet depuis le début de la course des primaires par des ténors du PS qui ne comprenaient pas ce à quoi l’ancien Premier secrétaire du Parti Socialiste pouvait bien prétendre dans une primaire qui devait confirmer le choix de Dominique Strauss-Kahn pour défier le président Sarkozy. En décembre 2010, il se classait 4ème de la course avec 6% d’intentions de vote des sympathisants, contre 41% pour le président du FMI. Juste un point devant Arnaud Montebourg. On s’en rappelle, à l’époque, la droite considérait François Hollande comme un bon adversaire pour Nicolas Sarkozy ((http://www.lefigaro.fr/politique/2010/12/16/01002-20101216ARTFIG00721-nicolas-sarkozy-prepare-ses-v339ux-et-menage-ses-amis.php)) …

En mars 2011, après les élections cantonales qu’il a réussi à scénariser autour de sa déclaration de candidature, et comme nous le relevions à l’époque, il était 2ème, avec 22% des promesses de voix, et n’a plus que 15 points de retard sur DSK. C’était lui le challenger qui montait, et qu’un coup de théâtre devait faire passer en tête. Difficile aujourd’hui de dire qui de Strauss-Kahn ou de Hollande aurait remporté cette primaire si elle les avait opposés, mais les membres du staff du corrézien voyait alors dans l’absence de Strauss-Kahn un contretemps, eux qui rêvaient qu’il bénéficie d’un supplément de légitimité en battant le favori des sondages.

Un an plus tard, en mars 2012, Nicolas Sarkozy, entré à son tour en campagne, faisait, en off, écho à Laurent Fabius : « Il n’est pas bon et ça commence à se voir. Hollande est nul! Il est nul tu comprends? Royal, on peut dire ce qu’on veut, mais elle avait du charisme. » Le président-candidat exprimait le ressenti général à droite, fondé notamment sur l’un des traits d’image des candidats évalués par les instituts de sondage : la stature de chef d’Etat. D’après différentes enquêtes, Nicolas Sarkozy devançait nettement François Hollande sur cette dimension : 59% pour le sortant contre 49% pour le futur en décembre 2011, d’après Ipsos. 10 points d’écart, mais n’étaient-ils finalement pas relativement faibles entre un président aux manettes depuis 5 ans et un candidat qui n’avait jamais exercé la moindre responsabilité ministérielle ?

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Une histoire politique mal jugée

Pour beaucoup d’observateurs, et notamment ses adversaires, François Hollande n’était en 2011 quand il a lancé sa candidature aux primaires socialistes, que le président du conseil général d’un des départements les moins peuplés et les moins puissants économiquement de France, qui n’avait jamais été ministre, même quand Mitterrand ou Jospin étaient au pouvoir, et un ancien premier secrétaire du Parti Socialiste, dont le départ en 2008 s’était fait dans la solitude et les critiques issues de son propre camp. C’était pourtant méconnaître l’univers politique que de penser ainsi.

Certes présider la Corrèze paraissait léger pour prétendre présider la France, mais face à un président ancien député-maire de Neuilly, affichant sa proximité avec les plus grandes fortunes de France, englué dans une crise où il semblait, pour certains, défendre plus les puissants que les modestes, c’était un atout dans une France marquée par la rivalité Paris-Province.

Certes être de 1997 à 2008 premier secrétaire d’un PS qui a connu pendant ces années la débâcle de 2002 et l’échec de 2007 lors des précédentes campagnes présidentielles, pouvait être un signe d’incapacité à comprendre cette élection particulière. Mais c’était oublier que sur cette même période, François Hollande avait mené son camp à la victoire lors des élections européennes de 1999 (face à Nicolas Sarkozy, arrivé seulement 3ème derrière le duo Villiers-Pasqua), et avait permis aux socialistes de reconquérir petit à petit une France des territoires totalement contrôlée par la droite. Des 20 régions avant les élections régionales de 1998 contrôlées par la droite, la gauche avait repris 18 entre les épisodes de 1998 et 2004. De même cette période marquait la reconquête de 30 départements, de 11 sièges de députés européens, de plusieurs villes dont Paris, Lyon, Toulouse. Enfin, au-delà des 18 sièges de sénateurs piqués par la gauche sur cette période, ces victoires électorales jetaient les bases de la conquête du Sénat en 2011. Un bilan solide pour celui que l’on avait surnommé « Flanby » ou « fraise des bois » pendant ces années pour le caricaturer.

Et si ces victoires modestes semblaient ne pas représenter beaucoup par rapport à une élection présidentielle, elles avaient également permis de multiplier le nombre d’élus et de collaborateurs socialistes, et ainsi de relais locaux indispensables dans une campagne électorale.

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Un président sous-estimé ?

Les premiers pas d’un nouveau président de la République sont toujours observés de près. Ceux de François Hollande seront également décryptés, notamment lorsque viendra le temps, après les élections législatives, des premières réformes.

Mais il faudra également suivre avec une grande attention les commentaires du camp d’en face. Sera-t-il encore un homme politique sous-estimé ? La prise de fonction, l’installation du gouvernement et sa mise en route, les premiers pas sur la scène internationale ont montré que ses adversaires politiques continuaient aujourd’hui à le regarder de haut.

Pour l’UMP, alors que s’annonce une guerre au sommet du parti, ce n’est certainement pas la meilleure façon de se reconstruire. D’abord parce que penser qu’on a perdu une campagne contre un adversaire faible conduit à penser que des erreurs ont été commises et que des personnes en sont à l’origine. Ceci alimentera donc certainement une chasse aux sorcières à l’intérieur du parti entre ceux qui ont pris part à l’échec et ceux qui ont été plus prudents.

D’autre part parce qu’une reconstruction doit surtout se faire sur des bases solides. Si l’UMP veut être un bon challenger politique dans les années qui viennent lors des élections intermédiaires qui jalonneront la route jusqu’à 2017, mais également lors du prochain scrutin présidentiel, elle doit considérer François Hollande comme un adversaire sérieux et non comme un challenger de remplacement comme elle l’a fait cette année. Sinon elle ne pourra pas espérer que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets.

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