Expression libre : les menaces qui pèsent sur Hollande

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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Alors que le Président Hollande semble se stabiliser à un étiage bas (35%, 1), le baromètre Harris Interactive / Délits d’Opinion est allé interroger les Français au cœur de l’été. Aux delà des critiques déjà connues sur la « mollesse » perçue ou l’absence de cap du Président, Délits d’Opinion a souhaité étudier les signaux faibles qui pourraient monter en puissance lors de la rentrée sociale. Passage en revue des vrais dangers et fausses menaces de la rentrée pour François Hollande.

Chômage : quand préoccupation rime avec résignation.

Bien sûr la question du chômage constitue l’une des premières préoccupations de nos compatriotes. Pourtant, interrogés sur les motifs d’insatisfaction envers François Hollande, les Français ne citent le chômage que de façon minoritaire. Comme l’explique Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique & opinion au sein d’Harris Interactive : « Oui, il faut agir contre le chômage disent les Français et, dans un même élan, un doute sera présent quant à la capacité des responsables politiques à pouvoir mener une action efficace. Les électeurs pouvaient, en 2012, assigner cette mission à François Hollande tout en doutant de sa capacité à pouvoir atteindre ce but. Ce n’est pas tant lui qui est jugé que les responsables politiques dans leur ensemble. » Une résignation sur la question du chômage qui cohabite avec de nouveaux signaux faibles potentiellement dévastateurs pour le Président.

Hollande : Absence de politique ou politique contradictoire ?

Cette critique est bien-sûr encore très présente dans le baromètre Harris Interactive : le Président manque de cap clair en cette période de turbulence économique et sociale. Mais émerge désormais, en mineur, le sentiment que le Président imprécis a laissé place au Président qui se contredit : « il change d’avis sans arrêt » « C’est le roi du Madison ».

Il y a bien sûr les contingences économiques et l’endettement, qui forcent François Hollande à prendre des décisions contraires à ses promesses, comme l’explique un sondé : « il est empêtré dans ses contradictions : il veut relancer l’activité, mais brise l’envie d’entreprendre ». Mais en toile de fond, émerge aussi la critique d’une communication qui abuse des ballons d’essais et finit par se retourner contre l’exécutif : « une proposition suggérée, puis annulée rapidement, puis remise à l’ordre du jour : c’est quoi ca

<p style= »text-align: justify; »>Un président en dehors des réalités ?

Autre critique émergente dans ce baromètre Harris Interactive pour Délits d’Opinion : l’impression d’un Président coupé des réalités. Est-ce l’effet du 14 juillet ? En annonçant un frémissement sur le terrain de la croissance, François Hollande a suscité l’ironie de nombreux éditorialistes. Mais il a également mis en péril un de ses derniers points forts : la proximité perçue avec les Français. Dans le dernier baromètre IFOP / Paris Match, le Président perd 6 points sur cet item. Une situation confirmée par ces propos de sondés :

« il plane sur son nuage à des millions de km de la réalité. » explique l’un d’entre eux. « Ce Président vit dans le royaume des bisounours. Il est loin de se rendre compte des difficultés. » renchérit un autre. Ce Président de « la méthode Coué » court un risque majeur de démonétiser sa parole.

« Les impôts n’augmenteront pas : on rigole. Le chômage va baisser : on rigole. La croissance va baisser : on rigole » explique ironiquement un sondé. Ingénieux pour desserrer l’étau qui planait sur l’exécutif, l’annonce d’une baisse du chômage pour la fin de l’année s’annonce plus que jamais périlleuse pour la suite du mandat.

Impôts : l’alerte rouge pour le Président

Enfin, au delà du style, la crispation des Français sur les impôts et les taxes s’impose très fortement dans les propos. Pour la première fois peut-être l’exécutif est attaqué pour une mesure ciblée. Et le ton particulièrement virulent témoigne de l’exaspération envers une politique fiscale qui semble avoir dépassé un seuil d’acceptabilité : « il nous étouffe avec ses taxes », « il augmente trop les impôts », « tout ce qu’il sait faire, c’est voler les Français ».

Les classes moyennes s’insurgent contre une politique injuste qui épargne les plus riches, menace d’une paupérisation majeure (« bientôt, on ira bouffer dans les poubelles, ») sans permettre de réduire la dette. Le pouvoir est même largement suspecté de laisser déraper les dépenses : « il fait des dépenses qui ne sont pas nécessaire au lieu de faire des économies et c’est à nous qu’on va encore demander des efforts. » A n’en pas douter, cette asymétrie entre taxes asphyxiantes d’une part et hausse des déficits, va finir par exacerber de lourdes tensions.

Salariés du privé contre salariés du public, France qui travaille contre France des supposés assistés (« il s’en prend aux classes moyennes, pour payer ceux qui ne font rien ») : à l’aube d’une double réforme des retraites et de l’indemnisation chômage, voilà le Président prévenu. L’allergie fiscale a atteint un nouveau sommet qui menace le pacte social.

Cet article a été publié sur l’express.fr

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