Bernard Tapie, le come back ?

Bernard Tapie, le come back ?

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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Il l’a juré vendredi sur Europe 1 : Bernard Tapie n’a aucune intention de briguer la mairie de Marseille. Argument suprême développé par le principal intéressé : se présenter dans la cité phocéenne, provoquerait un divorce assuré avec sa femme. Les Marseillais ne partagent pas du tout cet avis, convaincus pour plus des trois quart d’entre eux que l’ancien député va revenir dans l’arène après avoir conquis la presse. Un Marseillais sur deux juge même crédible que l’ancien ministre de la ville revienne au premier plan national. Mais souhaitent-ils vraiment le retour de Tapie ?

Deux sondages en apparence contradictoires viennent d’être publiés. Ils révèlent à la fois l’immense pouvoir d’attraction de l’ancien président du club phocéen, et son potentiel électoral plus limité.

Bernard Tapie, une personnalité au delà des clans.

Bernard Tapie a d’abord le talent rare de séduire au delà des sensibilité politiques : selon BVA, 45% des sympathisants de gauche souhaitent son retour, mais également 55% des électeurs de droite. Celui qui fut successivement ministre de François Mitterrand à la ville, puis soutien de Nicolas Sarkozy, apparaît comme un homme libre qui transcende les clans : la marque Bernard Tapie est plus puissante que les proximités politiques affichées successivement.

Bernard Tapie fait notamment un tabac auprès des classes populaires. Alors que les CSP + sont 43% à souhaiter le retour de Tapie dans la vie politique, le score monte à 56% au sein des CSP-. L’homme de presse concentre trois ingrédients qui fondent son succès populaire. C’est d’abord un personnage qui a fait du franc-parler une véritable marque de fabrique. Ses coups de gueule, ce bagou inimitable rendent paradoxalement le millionnaire proche du peuple. Bernard Tapie parle comme les gens. Et n’hésite pas à cogner sur les élites, à l’instar d’Arnaud Montebourg, pour le grand plaisir d’une France lassée des ses dirigeants.

Enfin, Bernard Tapie bénéficie de l’excellent souvenir laissé lors de ses précédentes fonctions. Son passage à la tête de l’OM est salué par 87% des marseillais. De même sont-ils 64% à juger que Bernard Tapie a été un bon député des Bouches du Rhône.

Mais une bonne réputation fait-elle une élection ?

Ici réside la limite du sondage BVA. Celui-ci indique que 40% des marseillais voteraient certainement ou probablement pour Bernard Tapie si ce dernier était candidat à la mairie de Marseille. Un score en contradiction apparente avec le sondage IFOP pour le JDD révélé ce dimanche. Selon ces derniers chiffres, Bernard Tapie obtiendrait au premier tour 13% contre 32% pour la liste UMP et 23% pour la liste du parti socialiste. En réalité, le potentiel électoral de Bernard Tapie se situe plutôt dans cette seconde enquête, issue d’une véritable intention de vote, et qui oblige les sondés à choisir entre plusieurs listes. L’homme d’affaires grignote des voix au sein du FN et auprès des électeurs UMP, mais ne parvient pas à s’imposer comme une réelle alternative politique

Ainsi, sur son nom propre, et en l’absence de parti susceptible de cautionner sa candidature, Bernard Tapie voit donc son potentiel électoral limité, rendant d’autant plus hypothétique son épopée phocéenne. A moins que l’UMP ou le PS ne lui accorde une investiture…Un défi bien compliqué. Même pour Tapie.

 Ce texte a également été publié sur l’Express.fr

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