Baromètre Harris Interactive/Délits d’Opinion : un quinquennat aux airs de septennat ?

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Jean-Daniel Levy

Directeur du Département Politique & Opinion de l’Institut Harris Interactive

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Délits d’Opinion : Un début d’année sous le signe de la stabilité pour l’exécutif ?

Jean-Daniel Lévy : Tout à fait. 52% de confiance pour le Président, 49% pour le Premier ministre. Avec quelques variations par rapport à la fin de l’année (+2 points pour le Président chez les CSP+, soit 10 points de plus qu’en octobre dernier, et -3 points chez les CSP-) mais sans bouleversement profond.

Il n’est pas impossible qu’Emmanuel Macron ait, aux yeux des Français, « septennatunalisé » le quinquennat en ceci qu’il adopterait les codes et pratiques du septennat dans le cadre d’un quinquennat. Même s’ils ne recourent pas à ce néologisme, même s’ils ne le théorisent pas de la sorte, observons que les jugements positifs exprimés à son égard donnent à voir des signes d’une répartition des pouvoirs correspondant aux attentes des Français, doublés d’une absence de compétition entre les deux têtes de l’exécutif, selon les raisons évoquées par les Français ayant déclaré avoir confiance dans le Président. « Sa reconnaissance internationale, sa volonté, son Premier ministre, son parcours » ; « Intelligent, décideur, moderne, pas de compétition avec le Premier ministre, sobre dans ses interventions ». Ajoutons à cela la référence au terme « France » chez les personnes exprimant leur confiance : « Il semble très proactif et volontaire sur des thèmes essentiels pour l’avenir de la France, mais… je suis pleine d’indulgence car il part de très, très loin !!! », « Je trouve qu’il a de bonnes idées pour la France », « Je trouve qu’il représente bien la France à l’étranger (il a la classe et de bonnes manières ».

Autant de dimensions renvoyant à sa stature et à ce qui, aux yeux des Français, est dévolu au Président et n’était pas nécessairement incarné par le passé, la représentation d’une fierté française à l’internationale. Quand bien même il n’y aurait pas d’accord sur le fond de sa politique on observe une attitude internationale appréciée : « Bien que peut-être un peu trop libéral il a cette intelligence qui, avec l’expérience du pouvoir, sera profitable pour le pays. Il représente très bien la France à l’international ».

 

De l’autre côté, les motifs d’appréciation d’Edouard Philippe sont multiples. Relevons déjà, au regard de ceux exprimés à l’égard du Président, une action de gestion plus que d’impulsion. Ceci étant mis au crédit du Premier ministre : « Je pense qu’il suit la politique du Président car ce dernier a aussi une autorité naturelle sur les ministres et Monsieur Macron n’apprécierait pas que des dissensions soient affichées, si toutefois il y en a » ; « Il suit la politique du Président, je ne fais pas attention à lui en tant qu’individu, globalement je fais confiance au gouvernement actuel » ; « Gestionnaire plus que politique » ; « Il applique très bien la politique du Président ».

 

Reste, évidemment, des écueils. Concernant Edouard Philippe ils reposent plus sur l’image que les interviewés ont du Président : « Je ne lui fais pas confiance, parce qu’il mène la même politique que le Président » mais également (conjoncturellement) sur l’annonce de la réduction de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires : « Quelqu’un qui propose de baisser à 80km/h la vitesse sur les routes françaises n’a rien compris à la politique » ; « Je ne lui fais pas confiance notamment à cause de la loi sur la limitation de vitesse qui n’est autre qu’un moyen de renflouer les caisses de l’Etat et non de sécuriser nos routes ». Le Premier ministre échappe à la critique, touchant le Président depuis juin, et de façon plus accentuée depuis septembre, de mener une politique en faveur des riches. Ou encore de mener une politique « de Droite » (alors qu’elle est rarement brocardée comme étant « de Gauche »).

 

Notons, enfin, que Notre-Dame-des-Landes semble constituer un épiphénomène d’expression, que ce soit à l’avantage ou au désavantage du couple exécutif.

 

Délits d’Opinion : Notre-Dame-des-Landes justement, quel effet sur la confiance en Nicolas Hulot ?

Jean-Daniel Lévy : Avec 45% de confiance, le ministre progresse d’un point. Notons qu’il s’agit – pour lui – de la première remontée depuis juin dernier et qu’à ce moment-là 67% des Français lui accordaient leur confiance. Il progresse chez les Français quelle que soit leur proximité politique hormis chez les proches de la France Insoumise (28%, -18), quand bien même ces derniers s’avèrent favorables à l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Nicolas Hulot est le ministre dans lequel les proches du Parti Socialiste ont le plus confiance, et le troisième ministre « préféré » des sympathisants de La République En Marche.

Délits d’Opinion : Et chez les autres responsables politiques ?

Jean-Daniel Lévy : Le contexte apparait assez « éclaté ». Déjà aucune personnalité ne suscite d’approbation de la part de plus de 40% des Français. Ensuite c’est Alain Juppé (39%) qui reste, loin devant les autres, la personnalité suscitant le plus de réponses positives. Chez les proches de la France Insoumise la confiance reste toujours manifeste à l’égard de leur candidat à la présidentielle (83%). Il s’agit de la seule force politique au sein de laquelle on remarque une cohérence entre la confiance manifeste et le leader du mouvement. Ainsi les proches du Parti Socialiste évoquent en premier lieu une personne n’indiquant pas souhaiter jouer un rôle national (Martine Aubry, 61%), ou n’étant pas membre de la formation politique (Christiane Taubira, 59% ; Benoît Hamon, 54%). Au sein de La République En Marche Alain Juppé (65%) et Bernard Cazeneuve (55%) encadrent le dirigeant Christophe Castaner (56%). Chez Les Républicains, Laurent Wauquiez (47%, -12) est devancé par Nicolas Sarkozy (70%) et François Baroin (50%) tous deux n’aspirant plus, indiquent-ils, à exercer à nouveau un rôle national central. Enfin, pour la première fois les sympathisants du FN font plus confiance en Marion Maréchal Le Pen (77%, + 10) qu’à sa tante Marine Le Pen (73%, -6) et à Florian Philippot (40%, -3).

 

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