Baromètre Harris Interactive / Délits d’Opinion : quel effet Benalla pour Macron ?

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Jean-Daniel Levy

Directeur du Département Politique & Opinion de l’Institut Harris Interactive

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Délits d’Opinion : + 2 points de confiance dans le Président de la République alors que l’exécutif a été décrit comme empêtré dans « l’affaire Benalla », comment l’expliquer ?

Jean-Daniel Lévy : Cette évolution, qui pourrait apparaitre contre-intuitive, peut s’expliquer en tenant compte de quatre éléments :

1.Si l’affaire Benalla a intéressé les Français, s’il s’agit d’une actualité phagocytant les autres sujets, elle n’a pas pour autant été marquante pour tous les Français. Plus précisément les jeunes et les personnes se déclarant sans préférence partisane (représentant près de 30% des Français) ne se réfèrent que marginalement à cette actualité. Ils mettent plutôt en avant la stature internationale du Président de la République et notamment la victoire de l’équipe de France de football à la Coupe du monde. Ces jeunes accordent ainsi leur confiance à Emmanuel Macron à hauteur de 57% (+13) et les Français sans préférence partisane à hauteur de 40% (+7). Deux populations qui, plus que les autres, considèrent les effets de la Coupe du monde comme structurant leurs jugements ;

2.L’affaire Benalla, à ce jour, a plutôt renforcé les convictions des personnes critiques à l’égard du Président que produit des effets auprès des Français lui accordant précédemment leur confiance. On note un recul de 5 points de la confiance à son égard auprès des proches de LaREM, avec toutefois un socle qui demeure toujours élevé auprès de ces derniers : 92% déclarent lui accorder leur confiance et près d’un sur deux leur très grande confiance (46%). Si l’on regarde le jugement des électeurs d’Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle, la confiance s’élève à 80%.

3.Même chez les Français adoptant précédemment une position critique à l’égard du Président, la baisse n’est pas considérable : -3 chez les proches du Parti Socialiste, – 7 chez ceux des Républicains, – 8 au Rassemblement National. Notons que les effets se font plus sentir à Droite qu’à Gauche. En mai dernier, 57% des proches des Républicains accordaient leur confiance en Emmanuel Macron, ils ne sont plus que 31% ce mois-ci.

  1. Cette vague de baromètre a été réalisée non pas au moment du cœur de la polémique mais après que la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale a commencé ses travaux et, surtout, après l’intervention d’Emmanuel Macron devant les députés LaREM à la maison de l’Amérique Latine et son bref échange avec des journalistes présents lors de son déplacement dans les Hautes-Pyrénées le lendemain, s’adressant cette fois-ci aux médias. On observe, même si nous restons prudents car les effectifs appellent à un regard statistique précautionneux, un jugement plus favorable à l’égard de l’exécutif des personnes ayant été questionnées le mercredi et le jeudi que celles ayant répondu à notre questionnaire mardi. Soit avant ces deux interventions du Président.

Délits d’Opinion : Il n’y aurait donc aucun effet de « l’affaire » en question ?

Jean-Daniel Lévy : On ne peut pas dire cela. La mesure d’aujourd’hui ne présume pas des dynamiques d’opinion de demain. Nous avions souligné le mois dernier que la baisse de la confiance en Emmanuel Macron était essentiellement liée au jugement à l’égard de sa personnalité et de sa pratique du pouvoir. La chute observée le mois dernier était nette : – 7 points. La mesure actuelle n’anticipe pas les mouvements d’opinion pouvant s’opérer dans les mois à venir. Reste qu’à l’heure actuelle, Emmanuel Macron comme Edouard Philippe ne pâtissent pas de l’affaire. Rappelons enfin qu’en dépit de l’éclosion de « l’affaire Cahuzac », la confiance en François Hollande avait cru de 4 points en janvier 2013. Pour, par la suite, baisser fortement.

 Délits d’Opinion : Et quels effets en dehors du Président et du Premier ministre ?

Si, comme c’est souvent le cas, la confiance dans les ministres progresse à l’unisson de celle exprimée dans le Président et le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur connait une exception. Il s’agit du seul ministre qui voit la confiance à son égard baisser. Certes d’un point, mais il s’agit du seul, probablement parce que le plus exposé au cours de ces derniers jours, à connaitre une telle évolution : -1 chez l’ensemble des Français, -2 chez les proches de LaREM et surtout -13 chez les proches des LR.

En dehors de « l’affaire Benalla », un effet coupe du monde auprès de la Ministre des Sports Laura Flessel qui redevient la ministre générant la plus grande confiance. Dans ce moment de communion nationale, elle progresse de 8 points, (49% de confiance) et bénéficie d’un regard plus positif qu’en juin dernier de la part de Français quel que soit leur proximité partisane : +6 chez les proches de la France Insoumise (41%), +6 chez ceux du PS (57%), +10 à LaREM (79%), +7 parmi les sympathisants LR (46%). Seule exception: les personnes proches du Rassemblement National qui ne se joignent pas à la communion nationale. Observons la forte progression de la ministre des sports auprès des jeunes (+9) et des personnes sans préférence partisane (+12). Soit les deux populations jugeant plus l’exécutif au regard de la Coupe du Monde que de l’affaire Benalla.rim

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