Baromètre Harris Interactive/Délits d’Opinion : les gilets jaunes accentuent la baisse de l’exécutif

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Jean-Daniel Levy

Directeur du Département Politique & Opinion de l’Institut Harris Interactive

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Délits d’Opinion : La confiance en Emmanuel Macron baisse d’un point pour le troisième mois consécutif. Celle-ci est elle uniforme selon les différentes catégories de population ?

Jean-Daniel Lévy : Non. Elle est surtout le fait d’une catégorie de population : les personnes âgées de 65 ans et plus. Cœur de l’électorat d’Emmanuel Macron, plus forts soutiens du Président au moment de son élection, les 66% de confiance de cette frange électorale en mai 2017 se réduisent à 27% ce mois-ci. De nets appréciateurs ils sont devenus les plus importants contempteurs. A cette variable générationnelle s’ajoute une variable géographique. Avant le mouvement des Gilets Jaunes, en septembre dernier, la confiance en Emmanuel Macron s’élevait à 28% en zone rurale et 46% à Paris et dans ses environs. Elle n’est plus que de 23% aujourd’hui chez les premiers cités (et inchangé chez les seconds).

A la fracture spatiale s’ajoute celles générationnelles et sociales. Les données de confiance dans le Président s’inscrivent dans un contexte préalable fort : déjà jugé comme étant un « Président des Riches », distant à l’égard des citoyens et plus proche des villes que des campagnes, Emmanuel Macron « paye » un terreau d’images préexistant la mobilisation. S’il est, spontanément, peu fait référence aux Gilets Jaunes à proprement parler, les personnes critiques à l’égard du Président mentionnent – et c’est nouveau – les « taxes », ayant d’abord un impact sur les « classes moyennes ».

Alors même qu’Emmanuel Macron est en première ligne, alors même qu’il est mis en première ligne par les slogans (est évoquée la démission d’Emmanuel Macron), le Premier ministre voit la confiance à son égard baisser fortement (31%, -6). Rappelons qu’Edouard Philippe avait vu le regard porté à son égard croitre de 4 points le mois dernier, infléchissant une logique baissière engagée en août dernier. Que lui reproche-t-on principalement ? De « mener la politique de Macron ». La – légère – déconnexion opérée le mois dernier entre les deux têtes de l’exécutif n’aura pas résisté au choc de la mobilisation et sa médiatisation actuelle.

Délits d’Opinion : Quel effet sur les ministres et les différentes personnalités ?

Jean-Daniel Lévy : Sur les ministres : très faible. Et l’on ne remarque pas d’évolutions notables selon leur degré d’exposition à la conflictualité actuelle. Sur les personnalités politiques, bien plus. Remarquons que Nicolas Hulot reste la personnalité en laquelle les Français ont le plus confiance (42%) et ce en dépit de la critique portée par de nombreux Français sur les politiques en faveur des énergies décarbonées. Dans le contexte actuel, progressent : Benoît Hamon (24%, +2), Olivier Besancenot (23%, +2), Marine Le Pen (21%, +1), François Ruffin (20%, +2), Jean-Luc Mélenchon (19%, +3 après la forte baisse identifiée le mois dernier) ou encore Yannick Jadot (16%, + 1).

Jean-Luc Mélenchon reprend un peu du crédit qu’il avait perdu parmi les proches de la France Insoumise (70%, +7 après une baisse de 18 points) et surtout François Ruffin continue sa progression. Le député de la Picardie, qui avait vu la confiance exprimée à son égard progresser de 5 points le mois dernier, en gagne 2 ce mois-ci. Et, surtout, il progresse de 13 points chez les sympathisants FI (50%).

Se dessinent au final « deux France » auprès de ceux les plus sensibles au mouvement des Gilets Jaunes. Une des catégories populaires déclarant une confiance plus marquée à l’égard de personnalités se situant bien à gauche sur l’échiquier politique. Et de l’autre des zones rurales penchant plus pour le coup bien plus à Droite au sein de laquelle Marine Le Pen s’extirpe.

Délits d’Opinion : Et François Hollande devient le responsable politique en lequel les proches du Parti Socialiste ont le plus confiance…

Jean-Daniel Lévy : Absolument. Avec 60% de confiance (+6) il devance Christiane Taubira (56%, +11) et Benoît Hamon (54%, +16). Rappelons que cette enquête a été réalisée avant que l’ancien Président ne soit filmé devant les Gilets Jaunes et que ce n’est pas la première fois qu’il dispose d’un tel niveau de confiance chez les proches du Parti Socialiste. Reste qu’il s’agit du troisième mois consécutif de hausse auprès des sympathisants socialistes et surtout qu’il progresse même chez les sympathisants France Insoumise (34%, +6 en un mois, +15 depuis juillet dernier). Et qu’il s’agit de la première fois, depuis qu’il a quitté l’Élysée qu’il peut disposer du statut de personnalité en laquelle les sympathisants PS ont le plus confiance.

Enquête réalisée en ligne du 27 au 29 novembre 2018. Échantillon de 908 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région d’habitation de l’interviewé(e).

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