Baromètre Harris Interactive/Délits d’Opinion : la chute se poursuit pour l’exécutif

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Jean-Daniel Levy

Directeur du Département Politique & Opinion de l’Institut Harris Interactive

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Délits d’Opinion : – 3 points de confiance dans le Président de la République en mai, – 7 en juin. Est-ce inédit ?

Jean-Daniel Lévy : Non. Emmanuel Macron avait déjà perdu 8 puis 5 points de confiance en juillet et août dernier. Reste que ces 10 points de perte amènent le Président à connaitre le niveau de confiance le plus bas depuis le début de son quinquennat (40%). Il se retrouve au même niveau que son Premier ministre. La baisse est prononcée dans toutes les catégories de population et notamment les jeunes. Elle est particulièrement nette chez les proches des Républicains (38%, – 19 points). Ces derniers reprochent spontanément à l’exécutif la baisse de leur pouvoir d’achat, la réforme annoncée des pensions de retraite, ou encore la hausse de la CSG… Les termes « mépris », « politique contre les classes moyennes » ressortent ainsi nettement auprès de cette frange de population. Et ces critiques prennent particulièrement corps lorsqu’elles sont mises en relation avec des dépenses perçues comme à finalité personnelle (vaisselle de l’Élysée, piscine de Brégançon, voyage en Falcon pour 110 km, comptes de campagne…).

On se rappelle que la précédente forte baisse du Président avait été la résultante de la conjonction entre baisse des APL de 5€ par mois d’un côté (alors même que l’ensemble des Français n’est pas concerné), et suppression de l’ISF de l’autre. Il ne s’agissait pas uniquement d’un regard de consommateur ou destinataire des politiques publiques déployées mais aussi d’un jugement citoyen. Ici les perceptions et critiques anciennes (« Président des riches » et « arrogant » notamment) ont une répercussion en termes d’opinion. Et elles renvoient à un point que les Français honnissent : des responsables politiques profitant de leur position de pouvoir non pour servir mais pour se servir.

Tout ceci pouvant parfois être exagéré par rapport à la réalité mais renvoyant bien aux agrégats effectués par certains Français pour expliquer leurs jugements :

« Vaisselle à 500 000€. Utilisation du Falcon présidentiel pour faire 110 km. Construction d’une piscine au fort de Brégançon. Frais de campagne truqués. Pognon de dingue dans les minimas sociaux. Casse de la SNCF. »

 

« Ne tient pas ses promesses : taxe habitation (nouvelles dispositions), PMA (remise aux calendes grecques), limitation à 80km/h (pour ponctionner toujours plus), baisse/suppression des aides sociales »

 

« C’est un gamin à la tête d’un pays. Il vend nos meilleures entreprises, rend les pauvres encore plus pauvres, et les riches encore plus riches, il est indignant à faire danser des homosexuels sur les marches de l’Elysée »

 

Délits d’Opinion : Le Président peut-il s’appuyer sur la confiance exprimée en d’autres acteurs de son gouvernement ?

Jean-Daniel Lévy : C’est aujourd’hui une des difficultés rencontrées par le Président. La confiance en Édouard Philippe est indexée sur celle d’Emmanuel Macron. Et, d’ailleurs, les principaux ressorts des jugements exprimés à l’égard du Premier ministre sont liés à ceux concernant le Président. De même la confiance moyenne dans les ministres baisse de trois points ce mois-ci, et de cinq en deux mois. Cet indice, un peu artificiel, renseigne malgré tout sur la conjonction de deux éléments : des ministres pour une partie d’entre eux peu identifiés et peu enclins à compléter les déficits d’opinion du Président. Les trois ministres qui bénéficiaient d’une confiance forte en début de mandat (Jean-Yves Le Drian, Laura Flessel et Nicolas Hulot) ne suscitent plus de confiance majoritaire. Le ministre des affaires étrangères (42%) a perdu 17 points en un an, la ministre des sports (41%) en dispose de 14 de moins qu’en juin 2017 et celui de l’écologie (38%) a vu le nombre de ses soutiens réduire de 29 points. A noter que Bruno Le Maire– exposé dans le cadre du débat sur la réforme du système de pensions de réversion – avec 29% de confiance perd 6 points. Cette baisse est particulièrement nette chez les proches de LaREM (70%, -9) et chez ceux des LR (27%, -20).

 

Délits d’Opinion : Mais, en « même temps », pas d’effet de transvasement

Jean-Daniel Lévy : Effectivement. Nulle remontée d’un responsable politique en tant que telle. Aux 40% de confiance d’Emmanuel Macron confrontons les 34% d’Alain Juppé (première personnalité hors gouvernement). A tout le moins observons l’arrivée de Valérie Pécresse parmi les personnalités en qui les sympathisants LR ont le plus confiance (51%, +1), la forte baisse de Benoît Hamon chez les proches du PS (50%, -11) et les effets collatéraux de l’éviction de Virginie Calmels par Laurent Wauquiez. La première perd 4 points auprès des proches des Républicains, le deuxième en perd 11. Peut-être une consolation pour l’ancienne Vice-Présidente LR : elle progresse de 10 points (22%) chez les sympathisants LaREM.

 

Enquête réalisée en ligne du 26 au 28 juin 2018. Échantillon de 928 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région d’habitation de l’interviewé(e).

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