Arnaud Dupui-Castérès : « 2012 a confirmé que la France est un pays immergent »

Arnaud Dupui-Castérès : « 2012 a confirmé que la France est un pays immergent »

Photo du profil de Arnaud Dupui-Castères

Arnaud Dupui-Castères

Président de Vae Solis Corporate, cabinet de conseil en stratégie de communication et gestion de crise

Réseaux sociaux

linkedin

Biographie

Président de Vae Solis Corporate, cabinet de conseil en stratégie de communication et gestion de crise.

Tous les articles de cet expert

Pour clore une année 2012 incroyablement riche, Délits d'Opinion a sollicité plusieurs experts de l'opinion. Sondeurs, journalistes politiques ou communicants, ils nous livrent leur regard sur l’année écoulée et les tendances qui ont traversé l'opinion. En exclusivité ils nous livrent leur avis sur ceux qui ont marqué l’année. Enfin, chaque leader d'opinion  s’est livré à un exercice de prospective en décrivant l'élément majeur qui devrait cristalliser l'opinion en 2013.

Premier à se prêter au jeu, Arnaud Dupui-Castérès, Président du cabinet de conseil en communication Vae Solis Corporate.

Délits d’Opinion : Quelle a été la tendance forte qui vous a marqué en 2012 ?

Arnaud Dupui-Castérès : « Indéniablement 2012 aura confirmé que la France est devenu un pays immergent, comme je l’évoquais – avec interrogation – il y plus de deux ans dans Le Monde. Ce constat est visible tout d’abord sur le plan économique dans la mesure où notre pays n’avance plus tandis que le monde, lui, poursuit sa croissance. En Chine, au Brésil, en Afrique, mais aussi aux Etats-Unis  et dans certains pays d’Europe, le monde progresse tandis que la France ne parvient pas recouvrer son dynamisme. Ce constat est aussi vrai sur le plan politique. Deux éléments permettent de dresser ce constat. Tout d’abord on note l’impréparation du pouvoir politique nouvellement élu. Pas préparé aux responsabilités et ne prenant pas assez rapidement la mesure de la gravité de la situation à laquelle il lui faut trouver des réponses. Conséquence de ce manque béant de ligne politique, la popularité du couple exécutif atteint chaque semaine un nouveau plancher record après tout juste six mois d’exercice. Enfin, 2012 aura laissé entrevoir une montée sensible des populismes, notamment lors de la période électorale. En effet, 2012 laisse à l’opinion les souvenirs caricaturaux des « 75% » et d’une radicalisation de la droite à l’encontre des étrangers, sans parler des extrêmismes des deux Fronts (de Gauche et National). En cette fin d’année il faut être clair, si la France n’avance pas c’est qu’elle recule et s’enfonce. J’espère que rien n’est presque irrémédiable.

Délits d’Opinion : Quelle personnalité et quel sujet ont particulièrement marqué l’année 2012 ?

Arnaud Dupui-Castérès : « Même si la polémique lancée par Gérard Depardieu arrive en fin d’année, elle est emblématique d’une dégradation des rapports entre des franges de la population. Les récentes enquêtes témoignent, à ce titre, d’un clivage fort au sein de la population mais aussi de graves problèmes de compréhension, à la fois de la situation mais aussi des arguments des camps opposés. On note ainsi une radicalisation très prononcée des défenseurs et des opposants, chacun allant presque jusqu’au déni des arguments de l’autre. Dans ce pays en crise, le « vivre ensemble » est plus que jamais fragilisé et cette affaire le démontre bien. Pour ceux qui sont étrangers au sujet il semble impensable de ne pas faire preuve de solidarité quand on gagne autant d’argent. Pour d’autres, 40 ans d’efforts sont venus à bout de cette acceptation à jouer collectif coûte que coûte. Sur ce sujet comme sur d’autres, l’opinion publique se fissure et des blocs s’entrechoquent de manière plus violente, contribuant à fragiliser la société et donc le pays. Derrière ce cas précis se pose la question des messages qui sont envoyés aux Français : sur la réussite, sur la capacité à créer et aussi à s’enrichir et sur le soutien de l’entrepreneuriat. Cette question a en réalité trouvé un ambassadeur de premier choix car Depardieu est populaire, connu et que son geste interroge bien au-delà des clivages politiques comme le démontre le fait que 40% des Français « comprennent » sa décision.

La polémique autour de Gérard Depardieu est emblématique des fractures, des oppositions et de la tension entre les Français.

A cela, je souhaite ajouter une personne qui a marqué positivement l’année. C’est Jean Dujardin. Il a admirablement incarné l’autre face de notre société. Cette capacité incroyable à remporter des succès planétaires là où l’on se pense et se sent « dégradé ». Cette créativité artistique mais aussi cette capacité à obtenir des succès commerciaux. C’est aussi cela la France et cela pourrait l’être bien davantage. Heureusement que Jean Dujardin ne s’est pas (encore) exilé !

Délits d’Opinion : Quelle est selon vous la thématique qui va cristalliser les débats en 2013 ?

Arnaud Dupui-Castérès : « Après une année qui a confirmé le fait que la France soit devenu un pays immergent, 2013 devra démontrer si les Français et nos dirigeants sont capables ou non d’accepter qu’il y a un déclin français. De nombreux débats verront s’opposer ceux qui ont compris que la France décline et ceux qui refusent de voir et d’admettre. Ils seront donc brutaux mais j’espère salutaires. Tant qu’il n’y aura pas de constat partagé, de prise de conscience collective, nous ne serons pas en mesure d’imaginer notre futur collectif. Les solutions pour une France conquérante existent, encore faudrait-il faire accepter les réformes systémiques qu’elles supposent. Que 2013 puisse permettre de purger les vieilles lunes, de remettre à plat les concepts (ou parfois les chimères) qui ont fondé le modèle (anti) social français, pour qu’ensuite vienne le temps de la reconquête. Mais ces débats seront violents, car les réformes sont toujours plus dures dans les périodes de crise ».

Partager ce contenu :