Après les élections européennes, les Verts peuvent-ils inquiéter Hidalgo à Paris ?

Après les élections européennes, les Verts peuvent-ils inquiéter Hidalgo à Paris ?

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Paul Bernardet

Biographie

Diplômé en Affaires publiques à Sciences Po Paris, Paul commence sa carrière comme fonctionnaire à l'Assemblée nationale au sein de la Commission des Finances. Il rejoint ensuite un cabinet d'études et de communication en qualité de consultant.

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La carte des résultats aux élections européennes à Paris a de quoi impressionner : la liste LREM arrive en tête dans seize des vingt arrondissements parisiens, tandis que celle d’Europe-Écologie-Les Verts remporte, bien que d’une courte tête, les 10e, 18e, 19e et 20e arrondissements. Le contraste avec la carte des arrondissements remportés par le PS lors de l’élection municipale de 2014 est saisissant et, à un an de l’échéance municipale, aiguise les appétits, notamment chez EELV. Alors que le PS semble perdre du terrain et que l’écologie devient un thème de plus en plus central lors des élections, Anne Hidalgo serait-elle sérieusement mise en danger par EELV à Paris ?

 

Comparaison des résultats par arrondissements : élections municipales 2014 (à gauche) et élections européennes 2019 (à droite)

Sources : Wikipédia (carte de gauche), Le Parisien (carte de droite)

Des scores du PS historiquement bas, mais qui ne manifestent pas forcément un recul durable dans la gauche parisienne

Avec 8,2% des suffrages, le PS réalise le pire résultat toutes élections confondues de son histoire à Paris. Il régresse aussi en termes de centralité à gauche, avec, là aussi la part dans le total gauche la plus faible de son histoire[1].

Ce mauvais résultat doit cependant être relativisé. En effet, en 2017, Benoît Hamon réalisait un score de 10,2% à Paris, sans aucune concurrence provenant d’EELV ou du PCF, cette fois-ci présents aux élections européennes. La liste conduite par Raphaël Glusckmann ne perd donc que deux points malgré une concurrence bien plus importante à gauche qu’en 2017.

Si les pertes du PS (par rapport à 2017) sont particulièrement importantes là où EELV arrive en tête (-4 points dans les 10e 18e et 20e arrondissement, -3 points dans le 19e), il ne s’agit pas d’une substitution totale. Il faut ainsi souligner que l’écart entre les deux formations politiques est sensiblement le même en 2019 que lors de l’élection européenne de 2009.

Il est donc prématuré de considérer qu’EELV prend des parts de marché au PS, dont la situation ne semble de surcroît pas s’être sensiblement dégradée depuis la présidentielle.

 

Une dynamique propre aux municipales favorable au Parti Socialiste, confirmée par les sondages

Par ailleurs, les élections européennes représentent un mauvais indicateur pour prédire une élection municipale parisienne. En effet, Les élections européennes sont celles où le PS réalise ses plus mauvais résultats à Paris, alors que les municipales sont celles qui lui profitent le plus. Au contraire, EELV réalise régulièrement des percées lors des européennes, mais n’a jusqu’ici jamais réussi à capitaliser dessus pour l’échéance électorale suivante. L’année 2014 est particulièrement éclairante à cet égard : alors que deux mois seulement séparaient les élections municipales des européennes, le PS voit son score passer de 34% à 19% à Paris.

Les sondages[2], à ce stade, confirment la dé-corrélation à opérer entre le score du PS aux élections européennes et celui que pourrait réaliser Anne Hidalgo en 2020. Les listes soutenues par Anne Hidalgo réaliseraient 22% à 24% des voix au premier tour, tandis que le candidat écologiste[3] atteindrait les 10%.

Bien qu’Anne Hidalgo perde, selon ces sondages, une dizaine de points entre les résultats aux élections municipales de 2014 et les intentions de votes actuelles pour 2020 (de 34% à 22-24%), le candidat EELV en bénéficierait peu : entre 2% et 6% seulement. C’est plutôt Benjamin Griveaux, dans les hypothèses testées, qui représente pour Anne Hidalgo le plus gros concurrent sur son électorat, lui prenant entre 20% et 25% de ses électeurs de 2014.

Autre signe de la centralité particulière du Parti Socialiste lors des élections municipales : Anne Hidalgo récupère un tiers des électeurs de Jean-Luc Mélenchon en 2017, soit autant que la candidate France Insoumise Danielle Simonnet. Le candidat EELV, lui, n’en attire que 14% à 18%.

 

Jouer la carte de la gauche, la meilleure carte dans la main des écologistes

Si les sondages renforcent l’idée d’un Parti Socialiste indépassable lors des élections municipales, EELV pourrait cependant tirer profit du contexte politique. Afin de garder certains arrondissements gagnés en 2014 (3e, 4e, 12e, 13e et 14e arrondissements), Anne Hidalgo devra attirer une partie de l’électorat macroniste. Ce faisant, elle laissera un espace à gauche qu’EELV pourrait occuper.

Si, comme nous l’avons rappelé, le vote des élections européennes ne constitue en rien un acquis, le fait qu’EELV arrive en tête dans les 10e, 18e, 19e et 20e arrondissements confirme néanmoins que ces arrondissements, les plus à gauche, sont bien la cible à privilégier pour les écologistes. En se concentrant sur ces arrondissements et sur leurs problématiques, EELV pourrait remporter un nombre important de conseillers de Paris et de se rendre indispensable à la réélection de la Maire de Paris.

Alors que même ses propres électeurs sont peu à considérer positivement son bilan en matière de lutte contre la pollution, de logement ou de propreté, Anne Hidalgo pourrait être défiée par les écologistes dans la conquête de l’électorat de gauche. Mais, en désignant un candidat à faible stature en la personne de David Belliard, EELV pourrait déjà reproduire leurs erreurs du passé, et manquer une fois de plus de transformer l’essai des élections européennes.

[1] Les partis considérés ici sont ceux réalisant régulièrement un score significatif à Paris : PS, EELV, PCF, Parti de gauche, LFI, Front de gauche, Génération.s, Nouvelle Donne suivant les échéances électorales

[2] IFOP pour JDD mars 2019; Elabe pour Le Figaro mars 2019 ; hypothèse Griveaux pour LREM et Dati pour LR

[3] Julien Bayou y était testé, mais le candidat finalement désigné par EELV le 1er juin est David Belliard

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