2007, la comète Bayrou – Episode 2 : L’irrésistible ascension

Dans le cadre de la rubrique Histoires d’Opinion, Délits d’Opinion a fait demandé à Gilles Leclerc, alors directeur du service politique de France 2, et à Jérôme Fourquet, alors directeur adjoint du département Politique et Opinion de l’Ifop, de revenir sur la dernière campagne présidentielle à travers la montée de François Bayrou.

Deuxième épisode : l’irrésistible ascension

 


BayrouEpisode2 par margauxobriot

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Délits d’Opinion : Quand et pourquoi François Bayrou décolle-t-il dans les sondages ?

Jérôme Fourquet : « Certains relient la poussée à une passe d’armes mémorable avec une présentatrice de JT lorsqu’il avait adopté un ton anti-média et anti-établissement. C’est sans doute ce que l’on retiendra de son décollage dans les sondages ».

Gilles Leclerc : « Cela a fonctionné au début. Il disait qu’il ne devait rien à personne. Il se posait en opposition aux partis et affirmait qu’il n’était ni à droite ni à gauche mais plutôt antisystème. Enfin, il était à l’écoute de l’opinion et des citoyens ».

Jérôme Fourquet : « Le vrai décollage, on le date d’un peu avant son passage remarqué chez TF1. On le mettrait avant tout en lien avec la thématique de la dette qu’il a abordé plus tôt que les autres. François Bayrou demandait d’arrêter la démagogie en affirmant qu’il n’y avait pas de baguette magique et qu’il n’y avait plus d’argent dans les caisses ».

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Délits d’Opinion : Quel électorat séduit-il ?

Jérôme Fourquet : «François Bayrou est arrivé deuxième chez les agriculteurs derrière N. Sarkozy, électorat de droite s’il en est. Mais il est arrivé aussi deuxième chez les enseignants, derrière Ségolène Royal, électorat de gauche s’il en est. Une synthèse assez inédite mais qui démontre que Bayrou parlait à ces catégories hétéroclites qui ne se reconnaissaient ni dans le discours assez libéral de Sarkozy (ce qui explique le départ d’une partie de l’aile gaulliste vers Bayrou, l’héritier de la démocratie chrétienne) ni dans celui de Ségolène Royal. En effet, face aux canons traditionnels de la gauche, Ségolène Royal avait pris des libertés qui ont déboussolé son électorat ».

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Délits d’Opinion : Comment expliquer ce succès ?

Gilles Leclerc : « C’était le côté inattendu et imprévu. Au fond, quand on regarde le début de la campagne de François Bayrou et son score à l’arrivée, personne n’aurait pu l’imaginer. Dans une campagne, celui qui créé la surprise focalise l’attention, c’est une règle intangible qui s’est ici confirmée».

Jérôme Fourquet : «Il y a eu un effet de surprise et donc un intérêt croissant de la part des journalistes. Mais il y a aussi eu un changement de stature en passant au rang des grands candidats de l’élection présidentielle. Ce passage peut se matérialiser par le franchissement de la barre symbolique des 10 %. Le plus tôt est toujours le mieux dans une campagne ».

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Délits d’Opinion : Quel rôle ont joué les sondages ?

Jérôme Fourquet : « Il y a un élément déterminant dont on parle assez peu, c’est l’impact du sondage sur le moral du candidat et de ses équipes. Lorsqu’il y a des sondages à la hausse c’est comme dans une épreuve sportive, certains entourages sont capables de relever tous les défis. La dimension psychologique est très forte dans une élection présidentielle. Dans le cas présent cela a clairement joué un rôle fort autour du candidat ».

Gilles Leclerc : « Quand les sondages l’arrangeaient il ne se montrait pas mécontent. A l’inverse, lorsque les sondages étaient mois favorables il commençait à taper sur les enquêtes d’opinions et les sondeurs car dès lors il les percevait comme faisant partie du système.

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Délits d’Opinion : François Bayrou avait-il des rapports difficiles avec les médias ?

Gilles Leclerc : « Il connait bien les journalistes et les média, il a des bons relais, il sait bien comment ils fonctionnent et sait s’en servir. Petite anecdote, lorsque j’étais en poste à France 2, il était invité après le journal du 20h pour une interview. Après la diffusion d’un reportage sur Nicolas Sarkozy qui ne lui plaisait pas il nous a menacé de s’en aller. Après un long chantage au terme il est finalement entré finalement sur le plateau. A huit jours du 1er tour on était à un moment fort de la campagne et lui se montrait très tendu, presque violent. Tout l’état-major de France Télévisions s’en souvient encore ».

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Propos recueillis par Margaux Obriot et Raphaël Leclerc

 

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