Rediffusion : Se déconnecter est-il vital ?

Rediffusion : Se déconnecter est-il vital ?

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Grégoire Lusson

Analyste Délits d'Opinion

Biographie

Ancien élève de Sciences Po Rennes et du CELSA, Grégoire Lusson travaille aujourd’hui au sein du département Tendances & Prospective d'un institut de sondage.

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L’émergence des terminaux mobiles et des objets connectés, accompagnée par l’essor des réseaux sociaux – medium par excellence du 21ème siècle –  nous fait entrer dans l’ère de l’instantanéité. Ce bouleversement technologique et informationnel, Zaki Laïdi le résumait déjà en l’an 2000 par la formule : « tout tout de suite et tout plus vite ». Quant à Gilles Finchelstein, il le décrit aujourd’hui comme le « sacre de l’instant » et le « culte de la vitesse ».En parallèle, le big data – gigantesque flux d’informations et de données qui en découle- peut rapidement nous faire plonger dans un tourbillon cognitif, face à l’immensité de la connaissance qui se dresse face à nous.

Le « gavage à la technologie » et l’émergence d’un big data quasi infini, redéfinit les contours de notre vie quotidienne. Il devient de plus en plus difficile de sélectionner, analyser, hiérarchiser l’information et in fine de comprendre le monde dans lequel nous évoluons.

Face au flux global et à l’abondance d’information, les citoyens sont paradoxalement contraints de développer des stratégies pour juguler l’information. L’objet de cet article est de comprendre comment les Français se positionnent face à la déconnexion et d’expliquer ce nouveau besoin d’aller à contre-courant du mouvement technologique.

Des Français connectés et technophiles mais conscients des effets pervers

Les Français sont accros au web et aux réseaux sociaux. Deux tiers d’entre eux déclarent avoir besoin de se connecter à internet au moins une fois par jour. Deux jeunes sur trois (15-24 ans) déclarent même se sentir perdus  sans leur téléphone mobile. Une pratique qui investit tous les moments de la journée puisque près de deux jeunes sur trois dînent régulièrement devant un écran.

Pour autant, si les Français sont férus de technologie, ils sont aussi conscients que poussée à l’extrême, cette passion peut rapidement se transformer en addiction et devenir néfaste. Ainsi, plus d’un Français sur trois déclare avoir peur d’être dépendant à la technologie.

Face à cette montée en puissance de la vie connectée, le périmètre de la « vraie vie » s’est réduit, 73% des Français estiment en effet que les nouvelles technologies isolent les gens et participent à l’effritement du lien social, qu’internet ne parvient pas à combler. Pour preuve, seulement un individu sur cinq déclare s’être fait des amis sur Internet.

En second lieu, le flux gigantesque d’information submerge les citoyens, deux Français sur cinq estiment que la vie va trop vite et qu’ils se sentent de plus en plus dépassés.

Enfin, un autre risque identifié réside dans la protection des données personnelles, 76% des Français jugent qu’il est difficile de protéger ses données sur Internet et deux Français sur trois sont inquiets de leur utilisation par les entreprises.

Isolement, obsolescence sociale et menace sur la vie privée sont donc des menaces bien identifiées par les individus. Mais qu’envisagent-ils pour s’en prémunir ?

 La déconnexion : nouvel opium du peuple ?

Face à cette triple prise de conscience, près d’un Français sur trois ressent l’envie de se déconnecter et d’éteindre ses appareils technologiques. Cette proportion est même plus importante chez les 45-54 ans, puisqu’ils sont deux sur cinq à ressentir ce besoin de déconnexion. La stratégie de l’exit, du retour à la vie 1.0 est donc envisagée pour retrouver son propre rythme. L’ouvrage J’ai débranché de Thierry Crouzet illustre ce besoin de déconnexion permettant de retrouver un certain art de vivre.

Il existe aussi une autre stratégie moins drastique : mettre des filtres sur le flux. Plusieurs techniques permettent ainsi d’ériger ce qu’on pourrait appeler des membranes filtrantes pour juguler ce flux et le contrôler. Par exemple, dans le domaine des médias, l’application La Matinale du Monde permet de sélectionner uniquement les articles qu’on souhaite lire afin de devenir son propre rédacteur en chef, et d’écarter ce qui n’est pas digne d’intérêt, en toute subjectivité. De la même manière, Brief.me livre à son lecteur les 3 informations clés de la journée tous les soirs, trois infos, pas une de plus. Enfin, dans le domaine des réseaux sociaux, Tweet Deck permet d’organiser son flux de tweets de manière intelligente et personnalisée.

Si dans la société actuelle la déconnexion complète semble donc chimérique, il est néanmoins sans doute souhaitable de mettre en place ses propres frontières avec une perméabilité sélective permettant de retrouver le contrôle. Autrement dit, s’aménager une antichambre mentale afin de respirer, de ne pas se faire aspirer et surtout de trouver un équilibre heureux entre la vie dans la matrice et la vraie vie.

 

(sources chiffrées : Les 4500 – Ipsos, 2014)

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