« Pour le Qatar l’amélioration de l’image du PSG dans le monde est l’objectif n°1 »

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Gilles Verdez

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Chroniqueur "Football" pour RFI, RTL et I-Télé

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Dans une semaine le FC Barcelone et ses stars débarqueront au Parc des Princes pour le quart de finale aller de la Ligue des Champions. Premier moment de vérité pour le nouvel investisseur QSI, ce match doit permettre au propriétaire qatari de démontrer que le PSG peut devenir l’égal du FC Barcelone; à savoir un club qui enchante et fait rever dans le monde entier. Pour décrypter l’opinion des Français sur ce PSG new look, Délits d’Opinion a sollicité Gilles Verdez, chroniqueur sportif sur  RFI, RTL et I-Télé et qui vient de publier, avec Arnaud Hermant : Le PSG, le Qatar et l’argent : l’enquête interdite.

 

Délits d’Opinion : Selon une étude de l’Ifop le PSG est le club de football le moins apprécié de France. Comment expliquez-vous ce désamour ?

Gilles Verdez : « Fondamentalement la question de l’amour et du désamour est au cœur des préoccupations du PSG version Qatar.  Leonardo il y a quelques mois et le Président Al Khelhaifi plus récemment, ont, tous les deux, abordé ce sujet dans les médias comme pour mieux souligner l’importance de cette question pour le club. En effet, l’arrivée du Qatar au PSG est motivée par des projets plus importants et qui dépassent largement le cadre du football et du sport. C’est pourquoi leur « ROI » (retour sur investissement) se mesurera essentiellement sur le plan de la popularité du club qu’ils auront bâtit étant entendu que les questions financières sont un non-sujet pour l’émirat.

Mais le défi n’est pas aisé, notamment parce que le PSG est le seul club de la capitale dans un pays à la tradition jacobine hyper-centralisée. Les années 1990 ont fait clairement apparaître la passion pour un club populaire comme l’OM tandis que le PSG, aussi séduisant qu’était son jeu, demeurait le club des riches, des élites….et des blancs. Cette situation est aujourd’hui toujours en place et le Paris Saint-Germain epprouve de vraies difficultées à sa faire aimer en dehors de l’Ile de France ».

Délits d’Opinion : L’arrivée du Qatar, de stars et demain de trophées va-elle permettre de modifier l’opinion générale à l’égard du club ou au contraire ne risque-elle pas d’accroitre le fossé avec les amateurs de football ?

Gilles Verdez : « La question se pose chaque jour pour les dirigeants et  chaque décision semble fortement influencée par cette problématique. Mis à part en Ile de France où il existe un fort affect pour ce club, on peut légitimement penser qu’à chaque décision d’investir le club court le risque de s’éloigner du monde du football et de ses supporters. La tendance semble indiquer un accroissement de la notoriété du PSG  à l’étranger notamment en Asie, tandis que sa cote d’amour risque de fondre dans l’hexagone où le grand public apprécie moderemment ce football à deux vitesses.

C’est ce constat qui explique que le PSG est taillé pour l’Europe et pour le monde plus que pour le France dans la mesure où leurs intérêts dépassent les frontières hexagonales et celle du football. Tout leur pari réside dans cette capacité à faire naitre une émotion positive autour du club. En relevant ce challenge le Qatar deviendra au yeux de tous  le « faiseur de rêves » qui a contribué à faire briller Paris dans le monde entier.

Le Qatar est engagé dans une fuite par le haut, convaincu que seul l’apothéose footballistique permettra de remplir les objectifs que l’émirat s’est fixé de manière plus large. L’investissement n’offre cependant pas une garantie de succès et d’amour alors que l’échec serait terrible pour Doha et le PSG. Les enjeux sont donc colossaux ».

Délits d’Opinion : Que manque-t-il au PSG pour devenir l’égal de l’OM ou de l’ASSE ? Le PSG pourra-t-il réussir là où Lyon à échoué ?

Gilles Verdez : « Marseille est et restera le club du peuple. Le club qui rassemble et donne au football ses lettres de noblesses en permettant aux jeunes de tous horizons de dépasser les barrières sociales qui existent. Le club du peuple c’est celui qui met à mal le racisme ; l’OM a donc cet avantage de poids. De tous temps l’OM a été une équipe mixte qui touchait toutes les communautés alors que le PSG a souvent été présenté comme un club où  il était plus difficile d’accomplir l’intégration. Pendant longtemps le PSG et les joueurs de couleur ont souffert des comportements déviants d’une frange de ses supporters.

Le PSG est plus jeune, il a pour lui la capitale, le souvenir du football champagne des années 1980, de la période Dénisot et même plus récemment avec les années Ronaldhino. Le PSG reste un club à part, presque magnétique tant son impact dépasse les limites du football. A l’inverse l’OL, aussi titré qu’il soit donne l’impression d’un club presque trop sage, trop bien géré et qui n’a pas cette émotion. L’OL est un immense club de football mais justement il n’est « qu’un » club de football ».

Délits d’Opinion : Dans quelle mesure pensez-vous que le désamour pour l’équipe de France impacte le reste du football français ?

Gilles Verdez : « Le souvenir de Knysna est encore présent, c’est indéniable. Aujourd’hui cette équipe doit obtenir les résultats et demeurer humble. Depuis trois ans l’opinion publique surveille cette équipe qui se voit fragilisée à chaque nouveau comportement sujet à critique. A un an de la Coupe du monde à Rio la France du football est néanmoins sur le chemin du « mieux » même si rien ne semble garanti pour Deschamps. Les membres de cette équipe doivent mieux exprimer le pays qu’il représente, ses valeurs, ses combats et son ambition. Knysna a jeté une ombre sur le football français et le chemin de la rédemption passera par un comportement irréprochable, de l’humilité et des succès sur le terrain. Deschamps le sait, il faut espérer que les joueurs qui composeront demain l’équipe de France le comprendront aussi ».

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