Les Français sont-ils drogués à Facebook ?

Les Français sont-ils drogués à Facebook ?

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Raphaël Leclerc

Co-fondateur Délits d'Opinion

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Biographie

Ancien élève de la Sorbonne, du Kings Collège à Londres et diplômé de la London School of Economics, Raphaël Leclerc a travaillé en institut d’études sur des thématiques d’opinion puis en cabinet de conseil en communication. Il est aujourd’hui Directeur Conseil au sein d’ELABE, un acteur hybride qui associe études, planning stratégique et conseil.

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Alors que Facebook devrait passer  la barre symbolique et astronomique du milliard d’utilisateurs avant la fin de l’année civile, le réseau social semble pris dans une spirale négative ; de son introduction en Bourse au récent vrai-faux bug sur la confidentialité des messages privés. Afin d’éclairer les nombreux débats qui concernent le réseau social de Palo Alto, Délits d’Opinion revient sur ce que représente Facebook pour les Français et l’impression d’un « je t’aime moi non plus ».

  

Facebook : Une émergence ultra-rapide et globale

De générations en générations on s’interroge souvent sur le progrès et les innovations techniques. La question « comment faisiez-vous avant » a ainsi pu se poser, antéchronologiquement, pour Internet, le téléphone portable, hier pour la télévision ou la voiture. En 2012, nombreux sont les Français qui se se demandent déjà comment la vie sociale a pu s’organiser sans Facebook. En quelques années, le réseau social créé par Mark Zuckerberg est passé du statut de réseau étudiant où l’on partageait ses souvenirs avec ses amis à celui de géant du web, entreprise côtée et symbole de la net economy qui, bien que non rentable, semble déjà omniprésente dans nos vies, professionnelle mais surtout personnelle.

Depuis sa création dans une chambre du campus de Harvard au mois de février 2004, (The) Facebook a su conquérir la planète toute entière et notamment la France à partir de l’année 2007. En cinq ans de présence dans l’hexagone, le réseau social a franchi toutes les barrières, parvenant à pénétrer les cercles familiaux, professionnels, politiques, corporate, et compte désormais plus de 27,9 millions de membres en France. Plus globalement, la notoriété spontanée du réseau social s’élève désormais à 93%, soit 15 points de plus qu’en mars 2012 et 37 points de plus qu’en 2010. Dans le détail, Facebook a réussi le tour de force de toucher toute la population, faisant même disparaitre la fameuse fracture internet générationnelle (en voie de disparition) : 84% dans personnes âgées de 65 ans et plus connaissent Facebook et 35% d’entre eux possèdent un compte selon une récente enquête BVA réalisée au début du mois de septembre.

Parmi les utilisateurs, plus d’un sur deux indique se connecter tous les jours (52%) et 88% d’entre eux disent utiliser le réseau social au minimum une fois par mois. Ces données confirment l’existence d’une communauté d’utilisateurs de 25 millions de Français et permettent de prendre la mesure de la croissance de Facebook auprès du grand public. En effet, il avait fallut 10 ans à Internet, 15 ans au téléphone portable et 50 ans à télévision pour atteindre un tel niveau de pénétration au niveau du grand public.

En 2012, Facebook rassemble, en France, plus de fidèles que la Gauche, la religion catholique ou Apple.

Facebook : Un succès qui ne vaut pas assurance

Comme l’enquête menée par l’institut BVA le démontre, Facebook a connu un succès continu au cours des dernières années. Malgré les quelques accrocs ou débuts de polémiques, le réseau social a poursuivi son développement, accueillant chaque jour des dizaines de milliers de nouveaux membres venus désormais principalement des pays émergents. En partant à la conquête du nombre, Facebook a assumé ses faiblesses, notamment celles liées au respect de la vie privée et à la confidentialité. Le réseau social a également su repenser notre manière de communiquer (rythme, mode opératoire, forme, etc.) ; le dernier incident relatif au vrai-faux bug en est la démonstration évidente.

Les résultats de l’enquête réalisée quelques jours avant ce dernier incident démontre que la fragilité des fondations de Facebook ne tient pas uniquement de son business model. Facebook dispose d’une mauvaise image auprès de la majorité des Français (53%). A titre de comparaison cela correspond à l’image d’EDF en France, 12e entreprise ayant la meilleure image selon le baromètre Ipsos / Posternak. De manière assez logique il existe une corrélation positive entre la fréquence d’utilisation et l’image que les internautes possèdent de l’entreprise.

Malgré ces appréhensions 71% des Français indiquent que l’on peut « s’inscrire sur Facebook en faisant attention » (+4 points sur les 20 derniers mois), signe que le mouvement, s’il est parfois critiqué, n’est pas voué à se stopper bien que 44% des utilisateurs considèrent une clôture de leur compte Facebook envisageable. Ces résultats confirment donc bien deux éléments qui se nourrissent l’un l’autre : le flou qui existe quant à la gestion de la vie privée (23% estiment que c’est la raison qui les pousserait à fermer leur compte) par le site mais surtout la perception d’un risque existant et relativement fort. Cela permet ainsi de mieux comprendre comment le vrai-faux bug du 24 septembre dernier a pu générer autant de réactions, du journal de 20h aux prises de parole ministérielles.

Facebook : le virage de la rentabilité au bout du chemin ?

Depuis sa création Facebook a permis de faire revivre une vie sociale réelle oubliée (retrouver des anciens amis : 82%) tout en changeant la manière de la concevoir et de l’organiser : 30% des Français interrogés estiment que le réseau social a modifié leur vie quotidienne. Tout cela gratuitement. Huit ans après son lancement, la question de sa rentabilité se pose désormais avec plus d’insistance dans la mesure où les actionnaires sont désormais plus nombreux suite à l’introduction en Bourse. Pour autant, 71% des Français confient vouloir conserver un site gratuit, quitte à y voir fleurir de nouveaux bandeaux et annonces publicitaires ciblés. Dans le détail on note que les plus jeunes sont plus enclin à soutenir le maintien d’un statuquo.

Les évolutions successives de Facebook ont toujours été acceptées par les internautes et jamais le réseau social n’a eu à faire l’expérience d’une crise de croissance de ce point de vue. Cela s’explique notamment parce que le premier réseau social au monde a contribué à édicter les lois et à éduquer le grand public à une nouvelle manière d’interagir et d’échanger via Internet. Il faudra encore un peu de temps pour voir si les incidents évoqués ici (Bourse, bug) seront à même de freiner Facebook où si la principale menace du réseau social n’est pas en réalité Facebook lui-même.

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