« Le prix du stationnement n’est pas une question budgétaire mais une problématique d’organisation de l’espace public »

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Olivier Razemon

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Alors que l’hypothèse d’une dépénalisation et d’une décentralisation des amendes a été à nouveau évoquée au Sénat, l’Ifop a conduit un sondage auprès des Français afin de recueillir leur avis sur cette mesure. Olivier Razemon, journaliste au quotidien Le Monde et spécialiste des questions liées aux transports et à l’aménagement urbain, décrypte pour Délits d’Opinion l’état du débat sur la question du stationnement et des transports.

Retrouvez les analyses d’Olivier Razemon sur son blog (Le Monde) : « L’interconnexion n’est plus assurée » ?

Délits d’Opinion : Franciliens et provinciaux se déclarent opposés à la décentralisation des amendes. Comment analysez-vous ces réponses ? N’est-ce pas surprenant de constater un rejet unanime sur tout le territoire ?

Olivier Razemon : « Avant tout il faut prendre la mesure de cette question qui dépasse le seul sujet du stationnement. En effet, trop peu de gens connaissent la notion de dépénalisation et de décentralisation de l’amende. La réponse qu’ils fournissent, et qui est relatée dans cette étude, est finalement un raccourci qui élude la vraie interrogation à savoir l’organisation de l’espace public entre les automobilistes et « les autres ». Ainsi, dans ce sondage on a interrogé les Français sous un angle exclusivement budgétaire, en précisant même qu’une décentralisation « aurait pour conséquence une augmentation probable du montant de l’amende« . Dans ces conditions il n’est pas surprenant que les franciliens comme les provinciaux se soient exprimés contre une nouvelle taxe.

Parmi ceux qui se sont exprimés en faveur de la décentralisation on retrouve sans doute beaucoup de non conducteurs qui souhaitent voir les automobiles quitter la ville, une grande partie de personnes qui ne doivent pas comprendre la question et enfin une minorité qui mesure la problématique dans son ensemble. Il faut avoir à l’esprit que Paris ne représente que 20% de l’Ile de France et que seuls 40% des parisiens possèdent une voiture ».

Délits d’Opinion : Les Français, notamment hors d’Ile de France, déclarent craindre la hausse du prix des amendes si celles-ci sont décentralisées. Est-ce crédible et envisageable ?

Olivier Razemon : « Les défenseurs de la décentralisation sont en majorité des élus locaux et plus particulièrement ceux en charge des transports. Ces élus ont constaté qu’il existait un ratio très faible entre l’heure de stationnement payante et le prix d’une amende. Cela était particulièrement vrai quand la contravention était à 11 euros avant 2010. Mais aujourd’hui encore, il y a de nombreux cas où le stationnement « payant » est moins rentable qu’une contravention au bout de 4h. C’est aussi pour lutter contre le fléau du non-paiement qu’ils désirent pouvoir prendre la main sur cette taxe que les Français évitent en ne payant pas le parking municipal : 90% à Paris et 70% en Province selon le sénateur UMP Louis Nègre.

Mais ces élus ont aussi conscience que le stationnement s’intègre à une réflexion plus large sur l’organisation de l’espace et notamment de la voirie qui ne peut être réservée aux automobilistes, lesquels représentent une population de moins en moins nombreuse. Bien souvent, en centre-ville, on consacre ainsi 80% de la voirie à une population qui ne représente que 10 à 20% des usagers. Ce raisonnement est crucial et n’a pas été suffisamment fait ce qui rend les résultats de ce sondage peu révélateurs sur cette question ».

 

Délits d’Opinion : Derrière la question de la décentralisation des amendes se pose celle de l’urbanisme. Les Français devront-ils vivre demain sans voiture au cœur des villes ?

Olivier Razemon : « Je ne pense pas que la disparition totale de l’automobile individuelle soit un souhait clairement exprimé par beaucoup de Français ou de responsables politiques. Cependant, on constate en France mais surtout ailleurs en Europe que la voiture n’est pas un mode de déplacement qui permet d’aller vite mais qui permet d’aller loin. La nuance est de taille quand il s’agit de penser l’organisation de la ville.

Progressivement la réflexion sur « l’automobile pour tous et tout le temps » est en passe d’être dépassée et remplacée par des alternatives qui peuvent être la location, la marche, le vélo, l’auto-partage ou les transports en commun. Cette réflexion n’est donc pas uniquement motivée par des considérations écologiques mais plus par une envie de redécouvrir la ville, plus calme, plus sereine, moins encombrée par l’automobile individuelle. Une ville plus vivable ».

 

Délits d’Opinion : Dans quelle mesure la question des transports peut-elle devenir un sujet majeur à l’occasion des élections municipales de 2014 ?

Olivier Razemon : « Ce sujet prend une place croissante, notamment à l’occasion des scrutins locaux. Il apparait clairement que si les élus locaux et les collectivités locales ne s’interrogent pas sur la question du  « transport pour tous » alors les villes vont aller au devant de risques majeurs comme on peut le voir à Rio ou Budapest où une majorité de la population ne paye tout simplement plus les transports car ils sont devenus trop onéreux.

Aux yeux des électeurs, la politique des transports est un des domaines réservés du pouvoir local ce qui lui attribue une importance forte lors des élections municipales : la largeur des trottoirs ou la décision d’installer un téléphérique urbain sont des choix qui relèvent de la politique. Souvent très visibles, les chantiers liés aux transports seront donc un des sujets qui compteront au printemps 2014 ».

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