Eurobaromètre : Les enfants, leurs parents et Internet

Eurobaromètre : Les enfants, leurs parents et Internet

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Pierre Jougla

Biographie

Diplômé de l’IEP de Bordeaux et de l’Université de sciences politiques de Cardiff, Pierre Jougla travaille aujourd'hui au sein du département Politique d’un institut de sondage.

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La question de l’usage qu’ont les jeunes d’Internet et des risques associés est depuis longtemps un sujet majeur pour la Commission. Une récente vague de l’Eurobaromètre a permis de défricher les dernières tendances de l’opinion des parents européens en la matière ((En octobre 2008, 12 750 parents de l’Union furent interrogés par téléphone (dans le cadre d’une enquête flash) sur l’utilisation d’Internet qu’ont leurs enfants entre 6 et 17 ans, ainsi que sur la perception qu’ils ont des risques afférents.)).

 

Au global, des parents au moins aussi connectés que leurs enfants

 

En moyenne, 3 enfants européens sur 4 utilisent Internet. Ce chiffre voile toutefois des différences considérables entre pays : champions toutes catégories, les Finlandais, dont 96% des enfants utilisent Internet. Lanterne rouge, l’Italie, où seuls 45% des enfants sont internautes. La France est dans la moyenne, à 76%.

Ces moyennes masquent évidemment des éléments structurants de l’usage d’Internet, qui croît avec l’âge des enfants, mais aussi avec l’usage de leurs parents. Plus ces derniers sont connectés, plus leurs enfants le sont. Un enseignement pas exactement révolutionnaire, mais qui, en creux, contredit une croyance bien établie : celle qui veut que la proportion d’internautes soit plus importante chez les jeunes que chez leurs parents (ceci n’est en fait vrai qu’à Malte, en Roumanie, en Pologne et en Hongrie) : en moyenne dans l’Union, 84% des enfants de 11 à 14 ans et 86% des adolescents de 14 à 17 ans utilisent Internet, pour 85% chez les parents d’enfants de ces âges.

 

Pour les parents, le danger ne vient pas de Facebook

 

Voilà pour le cadre. Qu’en est-il maintenant de la perception qu’ont les parents des risques que courent leurs surfeurs d’enfants ? Sans surprise, ce sont la confrontation à des images pornographiques ou violentes ainsi que la peur du online grooming (aussi appelé child grooming, soit l’utilisation de services de rencontres en ligne par des adultes cherchant à séduire des mineurs) qu’ils redoutent le plus : respectivement 65% et 60% d’inquiets, dont 45% et 46% de très inquiets. Suivent la possibilité d’obtenir de l’information sur la mutilation, le suicide ou l’anorexie (55% d’inquiets, contre 41%),  celle de se faire malmener par d’autres enfants (54%, contre 41%), et celle de s’isoler socialement (53%, contre 43%). Seul le risque que leur enfant révèle des informations personnelles ou privées divise véritablement les parents : 47% se disent inquiets à ce sujet, contre 49%.

La pratique des parents est une clé fondamentale d’analyse de ces chiffres. De façon générale, les parents internautes sont notablement moins inquiets pour leurs enfants que ceux qui ne pratiquent pas Internet.

L’appréhension du risque est aussi fortement clivée selon les pays étudiés. Schématiquement, on peut observer un tropisme géographique : Italie mise à part, les pays méditerranéens (France, Espagne, Portugal, Grèce et Chypre) sont les plus anxieux vis-à-vis des risques que représenterait Internet pour leurs enfants. De l’autre côté du spectre, les parents slovaques, suédois et danois ((La Suède et le Danemark ayant, il faut le préciser, mis en place le filtre CSAADF, Child Sexual Abuse Anti Distribution Filter, qui renvoie vers une page d’avertissement, accompagnée du sigle de la police, lorsque l’on cherche à se connecter sur un site inscrit sur la liste noire établie par les autorités – environ 1 000 sites concernés en Suède, pour 4 000 au Danemark)) se montrent remarquablement sereins. A titre d’exemple, au moins 80% des parents dans les pays méditerranéens susnommés se disent inquiets des risques de child grooming, pour moins de 30% dans ces derniers pays.

 

La France, championne d’Europe de l’anxiété

 

Les taux y sont impressionnants : 90% des parents français se disent inquiets de ce que leur enfant puisse être victime de child grooming, 87% qu’il puisse être confronté à des images pornographiques ou violentes, 83% qu’il soit malmené par un autre enfant. Un record de préoccupations en Europe,  auquel LOPPSI aurait – entre autres – pour mission de répondre. A moins que cette médaille soit à accrocher à côté de celle la consommation d’antidépresseurs

 

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