Rediffusion : Les Français et l’entreprenariat : un changement de mentalité en cours ?

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Mayeul l'Huillier

Co-fondateur de Délits d’Opinion

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Biographie

Après un diplôme de l’Edhec, Mayeul l'Huillier a consacré les premières années de sa vie professionnelle aux études d'opinion et aux affaires publiques. Il travaille désormais dans le secteur viticole où il dirige le Syndicat Viticole des Graves. 

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En pleine période de crise économique, Délits d’Opinion s’intéresse aux perceptions des Français à l’égard de la création d’entreprise et des difficultés, conjoncturelles ou structurelles, que cela comporte à leurs yeux. Réputés d’un naturel frileux, et statistiquement en retrait de nombreux pays européens en terme d’entreprenariat, deux éléments laissent penser que la situation pourrait évoluer dans les années à venir : l’attrait des jeunes pour la création d’entreprise et la mise en place du statut d’auto-entrepreneur qui pourrait faire évoluer le jugement des Français.

 

Une image très positive de la création d’entreprise

Les évolutions de la vie économique des trente dernières années, à travers la mondialisation, la hausse du chômage dans les pays développés, la course planétaire à l’innovation ont permis aux Français d’appréhender de manière positive le rôle de la création d’entreprise dans notre pays. D’après un sondage Opinion Way réalisé en novembre 2008, c’est-à-dire au tout début de la crise économique actuelle, les Français se montrent totalement convaincus de l’utilité de l’entreprenariat pour l’économie de notre pays : 96% des personnes interrogées s’accordent à juger que l’économie française a besoin des entrepreneurs pour se développer. A l’inverse, seuls 4% des répondants émettent un avis opposé. Ce besoin important pour l’économie française se heurte pourtant d’après eux à un environnement jugé défavorable par une large majorité de la population (77%). Il y a donc d’après eux un véritable besoin d’agir en faveur de la création d’entreprises, signe d’une perception vraiment positive du rôle des entrepreneurs dans notre pays.

 

La création d’entreprise : un projet qui fait peur…

Malgré cette image très positive de l’entreprenariat, les Français, conformément à leur réputation, se montrent relativement frileux en ce qui concerne la création d’entreprise : une large majorité (75% d’entre eux) affirment aujourd’hui ne pas avoir envie de créer ou de reprendre une entreprise d’après le baromètre Ifop pour CCI – Entreprendre en France, dont la dernière vague a été publiée en janvier 2010. Si l’effet de la crise a refroidi les ardeurs de certains, ce chiffre, en baisse depuis fin 2008 (-6 points,) montre que la majorité des Français n’est pas séduit aujourd’hui par l’idée de monter son projet entrepreneurial. Cette enquête met également en évidence la corrélation marquée entre la volonté de créer une entreprise et le taux de chômage. Ainsi, si certains pourraient penser qu’un taux de chômage plus élevé favorise la création d’entreprise, il n’en est rien au contraire, et il semble plus que la hausse du chômage fait remonter les craintes perçues vis-à-vis de sa propre capacité à entreprendre.

Cette envie de lancer un projet semble toutefois marquer un véritable clivage entre les plus jeunes et leurs aînés. Ainsi, près de la majorité des moins de 35 ans interrogés dans le cadre de ce baromètre se montre attiré par la création d’entreprise : 47% d’entre eux affirment avoir envie de créer une entreprise, d’en reprendre une ou de se mettre à son compte, contre 53% qui se disent moins intéressés.

 

… mais attire plus les jeunes

L’étude réalisée par Opinion Way pour Moov’Jee auprès d’un échantillon représentatif de lycéens et d’étudiants permet de mieux comprendre leurs perceptions à l’égard de l’entreprenariat et de déceler ce qui les attire dans cette voie professionnelle.  Créer son entreprise est avant tout pour eux synonyme de prise de responsabilité : 58% d’entre eux estiment qu’être entrepreneur c’est avant tout « avoir de grandes responsabilités », devant « diriger une équipe » (45%), « travailler beaucoup » (39%) et « prendre des risques » (39%). On retrouve ici deux aspects de la vie professionnelle auxquels les plus jeunes sont relativement peu confrontés au début de leur carrière : les responsabilités et la gestion d’une équipe, stigmatisant les possibilités que pourrait leur offrir la création d’entreprise de « griller les étapes ».  Pour autant malgré leur attrait marqué pour la création d’entreprise, les étudiants et lycéens sont conscients des difficultés qu’ils auraient à se lancer tout de suite après leurs études, voire parallèlement à celles-ci, dans un projet de création. Pour beaucoup d’entre eux la solution est donc claire, il est nécessaire d’entrer dans la vie professionnelle et d’attendre (3 à 5 ans pour 44% d’entre eux, plus de 5 ans pour 43%) avant de lancer son projet. Le temps d’emmagasiner de l’expérience bien sûr, mais surtout de trouver les fonds nécessaires au lancement de son entreprise, principal frein actuel à la création d’entreprise pour les plus jeunes entrepreneurs (pour 77% d’entre eux).

Pour autant peut-on dire qu’il s’agisse d’une véritable tendance de fond en faveur de la création d’entreprise ? Le souhait de créer des entreprises exprimé par les jeunes est-il le fait d’une véritable évolution des mentalités à l’égard du monde de l’entreprise, ou peut-on penser qu’une fois entrés dans la vie active, ils abandonneront leur projet ?

 

La nouvelle forme d’entreprenariat : le statut d’auto-entrepreneur

Mis en place en 2008 dans le cadre de la loi de modernisation de l’économie, le statut auto-entrepreneur a aujourd’hui le vent en poupe dans la mesure où il permet de créer rapidement une entreprise individuelle.  Il apparaît surtout, d’après le baromètre Opinion Way pour la fondation Le Roch Les Mousquetaires, comme permettant de résoudre nombre de difficultés liées à la création d’entreprise, et principalement le risque perçu. Aujourd’hui, 34% des auto-entrepreneurs

 exercent parallèlement à leur création d’entreprise une autre activité salariée ou fonctionnaire, une façon de limiter les risques financiers et la crainte du chômage en cas d’échec. Leur activité « parallèle » leur permet même de générer en moyenne 42% de leurs revenus. Ceci explique sans doute le niveau de confiance élevé des auto-entrepreneurs dans leur projet avec un indice de confiance de 68/100, et ce malgré le contexte économique délicat. Et cela se ressent sur le niveau de séduction de ce nouveau statut auprès de populations peut-être inattendues parmi les créateurs d’entreprises : 34% de femmes, 22% de retraités, 11% de chômeurs.

Les premiers retours de ce nouveau statut semblent assez porteurs, et au-delà de la réussite économique qu’il peut connaître, ont l’air, pour le moment, de montrer un nouveau visage de l’entreprenariat. Il parait nécessaire pourtant d’attendre quelques années pour pouvoir évaluer de manière correcte ce dispositif, notamment concernant les perceptions des Français à l’égard de l’entreprenariat.

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