Rediffusion : les femmes et leur corps, le grand désamour

Rediffusion : les femmes et leur corps, le grand désamour

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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marianne-james-gala-225x300Faut-il signaler les photos retouchées ? Question en apparence secondaire portée par la députée Valérie Boyer qui s’était déjà emparée d’un sujet nutritionnel l’an dernier. Derrière l’anecdote et le coup politique, c’est bien une question de société qui est en jeu. Questionner les représentations de la beauté, c’est aussi par effet de miroir interroger des stéréotypes  à la source de bien de maux. Dans ce contexte, un constat s’impose : alors que la libération de la femme semble acquise dans les pays développés, jamais la pression sociale sur le corps n’a semblé aussi oppressante. Le physique constitue t-il le dernier bastion de l’injustice ? Délits d’Opinion apporte sa pierre au débat, passant au rayon X le rapport des femmes à leur corps.

Les femmes ne s’aiment pas

1% seulement des Françaises se trouveraient belles selon un sondage StrategyOne pour Dove effectué en 2005. Manque d’objectivité, exigence extrême ? Pour connaitre les ressorts de cette « mésestime de soi »,  l’association OCHA réalisait en 2003 une étude aux résultats éloquents : seule 1 femme sur 4 ayant pourtant une masse corporelle considérée comme normale, se déclarait satisfaite de son poids. Premier enseignement qui se dessine donc, la ligne n’est pas une question de raison. Et les femmes françaises sont majoritaires à prendre leur ligne à bras le corps.

Selon un sondage réalisé en septembre pour TOP Santé, Haris Interactive a démontré que  83 % des femmes faisaient attention à leur ligne pour perdre quelques kilos. Le combat est quotidien, mais deux périodes sont particulièrement sensibles. Celle des fêtes ainsi que la préparation des vacances qui cristallise toutes les attentions avant le test tant redouté du maillot sur la plage.

Selon ce sondage d’Harris Interactive, deux motivations centrales poussent les femmes à perdre du poids. Les questions de santé sont évoquées par 61 % des femmes qui réalisent des régimes. La pression médiatique, les messages sanitaires renforcent bien-sûr la corrélation entre poids et santé. Mais les questions sanitaires ne constituent pas la principale motivation. Le premier moteur, c’est  l’autre.  72% des femmes au régime ont d’abord pour ambition de plaire. Plus spécifiquement, pour 39% des Françaises, soit presque 4 femmes sur 10, le régime a pour objectif de se rendre plus désirable auprès de l’être aimé. Les hommes seraient-ils aussi friands de minceur ? Les résultats apportent quelques surprises.

Ce qu’en pensent les hommes

Un première idée reçue est mise  à mal : les hommes préfèrent les rondes. C’est en tout cas le résultat d’un sondage IFOP pour le magazine Elle réalisé en Juillet 2008. 50 % des hommes décrètent préférer les femmes ayant des rondeurs plutôt que les minces. Seuls 48 % préfèrent les femmes plutôt minces. Mais derrière les données brutes existent des forts contrastes.

Une rupture générationnelle

Selon l’âge de fortes disparités existent. Ainsi les moins de 35 ans avouent une nette préférence pour les filles minces, ces dernières étant préférées par 63% des interviewés. A l’inverse les plus de 35 ans indiquent une préférence pour les femmes rondes. Deux hypothèses sont envisageables. Il est possible d’évoquer une coupure générationnelle, c’est-à-dire une métamorphose de l’idéal féminin qui conduisait nos parents à préférer Bardot et la génération « Y » à préférer Kate Moss. Une  seconde option plus cynique serait que  les exigences se délitent avec le temps. En d’autres termes, et à défaut d’avoir le choix, les hommes plus âgés finiraient par se persuader qu’une femme ronde est  plus désirable.

Dans cette perspective, une étude menée en 2008 par TNS Sofres sur les femmes préférées des hommes permet de comprendre que plus les hommes vieillissent, plus les critères physiques passent au second plan. Alors que la femme préférée des 15-34 ans est Clara Morgane, actrice de films érotiques, les plus de 50 ans quant à eux, ont pour égérie Anne Romanov, comédienne plus connue pour ses traits d’humour que pour son jeu de jambes.

Un clivage Paris / Province

Un second clivage fort réside dans l’origine géographique. Les Parisiens préfèrent les minces, tandis que la province préfère les filles rondes. Plus précisément, les sondés originaires de la région parisienne déclarent  à plus de 62% préférer les filles minces. Ils  ne sont que 44% dans le nord Est ou dans le sud Ouest à avoir la même préférence. Ainsi les filles fines ne sont pas l’idéal universel des français. Quant aux filles maigres, pourtant omniprésentes sur les podiums, elles ne sont plébiscitées que par seulement 1% des hommes. Alors d’où vient cette pression ?

Une pression intériorisée ?

Les hommes sont les premiers à trouver le culte de la minceur disproportionné. Questionnés sur le fait que certaines femmes fassent en permanence attention à leur poids, 45 % des hommes répondent que ce phénomène est excessif ( Ifop pour ELLE). Un chiffre qui ne doit pas occulter les 26 % des français qui jugent nécessaire pour une femme de faire attention à son poids. Une pression existe malgré tout de la part de la gent masculine, mais n’explique pas tout.

Les regards se tournent vers les représentations de la beauté. Les magazines, défilés de mode qui érigent un modèle stéréotypé de la beauté, femmes fines et filiformes qui donnent à voir un idéal de femme aux frontières du fictif. Karl Lagerfeld  a répondu, début octobre, sans fards, à l’accusation : « personne ne veut voir de filles rondes » sur les podiums. C’est peut-être cet état d’esprit péremptoire qui participe à la pression que ressentent les femmes. En effet, selon un sondage IFOP publié en 2008, 60 % des femmes estiment que la société est plus exigeante qu’auparavant concernant la minceur des femmes.

Mais plus que la pression masculine, plus que la pression des magazines de mode (ou effets conjugés ?), il semble qu’aujourd’hui les femmes sont devenues les plus drastiques inquisitrices de leur propre poids.

En 2008, TNS Sofres a réalisé une enquête sur ce thème de l’épanouissement auprès des femmes de 15 ans et plus. A chaque fois les plus gros motifs d’insatisfaction sont relatifs à la question de l’image de soi. Seules 10 % des françaises se trouvent vraiment séduisantes. Seules 57% des femmes se déclarent satisfaites de leur poids. Des chiffres qui placent l’esthétique et le corps comme le plus grand motif d’insatisfaction des femmes.

Les femmes d’aujourd’hui sont devenues les premiers bourreaux de leur propre corps dans une logique de contrôle et de maîtrise qui va de pair avec une insatisfaction chronique. L’alimentation est devenue le champ d’investigation d’une course impossible à la perfection.

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