Rediffusion : les 4 menaces qui guettent Sarkozy, Partie 2

Rediffusion : les 4 menaces qui guettent Sarkozy, Partie 2

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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Dans une analyse publiée en novembre 2009, Délits d’Opinion faisait le point sur les menace qui guettaient  Sarkozy en vue de 2012. Réveil du FN, défiance des seniors  : ces deux éléments aujourd’hui incontestables, émergeaient déjà dans les enquêtes d’opinion. Mais  en novembre 2009 déjà, deux autres menaces, moins visibles affleuraient : Sarkozy était-il capable d’incarner l’espoir ? Etait-il encore le symbole du changement ? Délits d’Opinion rediffuse le  diagnostic porté à cette époque.

« Deux autres menaces planent sur la tête du candidat Sarkozy version 2012. Elles sont plus intimes, moins quantifiables. Directement liées à la projection symbolique que se font les électeurs du candidat idéal. Le Président, reproche souvent adressé par les journalistes, n’a jamais cessé d’être dans la peau du candidat, collant à l’actualité, dénonçant alors même qu’il détient pourtant les leviers exécutifs. Malgré tous ces efforts, le Président-candidat Sarkozy semble atteindre les limites de l’exercice. La marque Sarkozy est-elle encore à même de porter les espérances individuelles  ?

3) Le manque d’espérance, menace plus grande que le pire des bilans ?

L’état des lieux n’est pas bon aux yeux des Français. Seul bon point décerné au Président, sa réaction face à la crise économique. Selon un sondage BVA déjà mentionné, sur le mi-mandat de Nicolas Sarkozy, 45 % des citoyens reconnaissent que sa réaction face à la crise financière a été plutôt satisfaisante. Plus encore que les bons scores réalisés par l’UMP, ce sont les chiffres auprès des électeurs du MODEM qui sont notables. 60 % d’entre eux lui rendent hommage sur ce point. De même les Verts sont 37 % à abonder dans le même sens. Mais ce résultat ne peut être analysé comme un satisfecit sur le fond. Car les Français se montrent toujours aussi sceptiques sur la gestion de la crise. 67% d’entre eux estiment que la politique économique menée depuis 2 ans et demi est mauvaise selon un sondage BVA pour France Info réalisé en novembre 2009. Un manque de résultat qui n’est pourtant pas le constat le plus grave pour le Président.

Un président incapable de faire rêver ?

sarkoL’adage a été vulgarisé par Séguéla. L’homme politique ne serait pas élu sur un bilan. Une élection se jouerait d’abord sur la capacité d’un candidat à porter les aspirations individuelles et collectives des Français. Or, sur ce terrain, Nicolas Sarkozy semble aussi en danger. Peut-il encore incarner un avenir meilleur ? En avril 2008, le CSA réalise un sondage pour Marianne. La question est projective : « en 2012, à l’issue du mandat de Nicolas Sarkozy, pensez vous que votre situation se sera améliorée ? ».

Or sur tous les items hormis celui du chômage, les Français imaginent une France dégradée en 2012. 68% des Français pensent que leur pouvoir d’achat aura baissé. 64 % imaginent que la société sera plus divisée qu’aujourd’hui. Sur ces deux items, même les sympathisants de droite sont majoritaires à estimer que la situation se sera dégradée. Plus globalement, les Français craignent la sortie de crise davantage que la crise elle-même. Pour 60 % des Français, (sondage bva pour France Info publié en octobre 2009) le pire est devant nous. En résumé, la marque Sarkozy est associée à un avenir dégradé. Bien-sûr, rationnellement, Sarkozy n’est pas tenu seul responsable d’une crise mondiale. La gauche n’est pas perçue par ailleurs comme une alternative crédible. Mais peut-on envisager d’être élu par défaut ?

Alors, pour continuer à provoquer, pour donner l’impression de bouger les lignes, reste la transgression. Mais là encore, il semble que de nouveaux concurrents s’imposent.

4) La transgression a-t-elle changé de camp ?

Chirac s’était construit contre Giscard. Sarkozy s’est façonné contre Chirac. En février 2007, à trois mois de l’élection présidentielle, le candidat Sarkozy est la personnalité politique qui incarne le plus une rupture avec « la manière dont fonctionnait la société Française », selon les Français. Contre quoi Sarkozy II pourra t-il bien se construire sans se renier lui-même ?

D’autant que le Président n’est plus tout seul à droite sur ce créneau de la rupture. Aujourd’hui, deux personnalités viennent directement challenger le Président sur ce terrain. Et, contestant l’ordre établi, ils risquent de dessiner en creux l’image d’un président conservateur.

Rama Yade : contre le politiquement correct

Rama Yade, comme l’explique un précédent article de Délits d’Opinion est aujourd’hui la personnalité politique préférée des Français. Une popularité qui doit d’abord à sa position de franc-tireur, d’électron libre de la droite. Une popularité à risque pour Le Président. Car elle construit aussi en creux l’image d’un Président devenu conformiste. L’épisode Kadhafi est à cet égard exemplaire. Lorsque celle, qui est encore Secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, fait une sortie fin décembre 2007, contre le Président Libyen, les Français plébiscitent à 81 % selon Opinion Way. Mais ils applaudissent davantage la liberté de parole que le bien fondé des propos. Car sur le fond , les Français sont plus divisés. 54 % des sondés estiment en effet à l’époque que la visite du Président Libyen est infondée. Le Président de la République n’est pas contesté dans ses décisions. Mais il a perdu la bataille de la modernité et de la liberté de ton.

Aujourd’hui, la tentation est grande de sortir celle qui conteste l’hégémonie et la parole du Président. Pourtant, exclure Rama Yade du gouvernement, c’est définitivement tourner le dos de la transgression, et donner l’image d’un exécutif qui « se bunkarise » refuse la contestation.

Sarkozy, a forgé une histoire : celle d’un fils d’immigré qui s’est construit par lui-même, qui s’est attaqué aux puissants pour se faire une place, qui a combattu les idées reçues et les conservatismes. Du battant au bourreau, du transgressif au conservateur, il n’y a qu’un pas que certains rêvent de lui voir franchir.

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