Rediffusion : FN : manuel d’usage à 7 mois des élections europénnes

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Eddy Vautrin-Dumaine

Chargé d'étude TNS Sofrès

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Biographie

Diplômé de l'IEP dAix-en-Provence, de l'Université de Freiburg-en-Breisgau (Allemagne) et de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Eddy travaille actuellement dans le département politique d'un institut de sondage.

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Depuis qu’elle est au pouvoir, en 500 jours, la gauche de François Hollande a perdu onze élections : huit législatives et trois cantonales. Et c’est la onzième dont on parle le plus, celle de Brignoles, parce qu’elle-ci s’est soldée par la victoire du Front national. Episode 2 : pour la première fois dans un sondage d’intention de vote portant sur une élection à caractère national, le FN devance nettement à la fois le PS et l’UMP. L’enquête Ifop publiée par « le Nouvel Observateur » montre en effet que pour les prochaines Européennes – elles auront lieu fin mai 2014, dans la foulée des municipales – le parti d’extrême droite est actuellement crédité de 24% des voix, deux points au-dessus de l’UMP et cinq au-dessus du PS. Le Front national est-il en phase de devenir le premier parti de France ? Si les dirigeants frontistes n’ont de cesse de clamer haut et fort que le FN s’est imposé comme le premier parti de France, la prophétie auto-réalisatrice est encore loin de se vérifier.

Une recomposition de l’échiquier politique

Le bloc des gauches (PS, écolos, JL. Mélenchon et NPA) ne rassemble plus aujourd’hui que 37% des électeurs. Le bloc des droites (UMP, UDI-Modem, Dupont-Aignan) ne fait guère mieux avec un peu plus d’un tiers de l’électorat. Le parti de Marine le Pen, avec 24% à lui seul, est ainsi en train d’imposer une recomposition complète de l’échiquier politique. Dans ces trois blocs, il est certes le plus faible. Mais il est à la fois le plus compact et le seul qui soit aujourd’hui dans une dynamique positive.

Une dynamique portée par l’abstention

Dynamique positive certes mais qui ne doit pas cacher un autre facteur déterminant, celui de l’abstention. En effet, si l’on considère les résultats des élections présidentielles depuis 1988, le FN voit augmenter ses résultats électoraux sur les votes exprimés mais pas sur les inscrits. Ses scores à l’élection présidentielle restent constants (à l’exception de l’élection de 2007, ou une partie de l’électorat frontiste s’était porté sur la candidature de N. Sarkozy dès le 1er tour), variant autour de 12% des inscrits. A défaut de s’imposer comme le premier parti de France, cette dynamique bien réelle est portée par la hausse de l’abstention. Mais pas seulement, la personnalité et le message de Marine Le Pen apportent leur pierre à « l’édifice », comme semble l’illustrer le baromètre politique TNS Sofres du mois d’octobre où la présidente du Front national gagne 3 points et retrouve ainsi son niveau le plus élevé à 33%, à égalité avec François Fillon, Alain Juppé et Christine Lagarde.

Le scrutin pas comme les autres des élections européennes

Autre élément à avoir en tête, le caractère particulier de ce scrutin. Il s’agit d’un scrutin abstentionniste (seulement 40,9% de participation en 2009) qui, pour beaucoup d’électeurs est l’occasion d’exprimer un vote contestataire voire même « sanction » face au gouvernement en place, mais aussi envers une Union européenne qui pour beaucoup impose l’austérité sur le « vieux continent ». De plus, cette participation est très inégale, sélective socialement et peu prévisible à ce jour comme le souligne le chercheur Joël Gombin, incitant ainsi à la plus grande prudence quant à l’interprétation de ce sondage.

Enfin, gardons à l’esprit que nous sommes encore bien loin de la date du scrutin et que les enjeux de celui-ci, pourtant nombreux, sont bien loin de susciter le débat. Du côté des politiques, les élections européennes du 25 mai 2014 restent un « impensé des partis de gouvernement ». Et pour cause, c’est un scrutin à haut risque pour le PS au pouvoir comme pour l’UMP. Les socialistes qui plaident depuis leur arrivée au pouvoir pour une « réorientation » de l’Europe sont gênés par la réélection d’Angela Merkel en Allemagne. Surtout si la chancelière, pour former sa grande coalition interne, accepte de soutenir leur candidat, le président SPD du Parlement européen Martin Schulz au poste de président de la Commission européenne. De son côté, l’UMP n’est toujours pas en mesure de se fixer un calendrier et de régler la délicate question de la composition des listes, la priorité étant donnée pour le moment, aux élections municipales de mars 2014.

N’ayant pas ici l’ambition de l’exhaustivité, gardons simplement en tête qu’une grille de lecture n’est jamais univoque et que certaines incertitudes persistent concernant les prochaines élections européennes. Une chose est certaine, si le FN n’est pas le premier parti de France, son dynamisme, lui, est bien réel, et le scénario qui se dessine pour 2014, pourrait se conclure par une poussée du Front national, doublée d’une désaffection des électeurs de l’UMP et du PS.

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