Transformer un « vote utile » en vote d’espérance : le défi d’Emmanuel Macron

Transformer un « vote utile » en vote d’espérance : le défi d’Emmanuel Macron

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Frédéric Pennel

Analyste Délits d’Opinion

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Biographie

Journaliste de formation, Frédéric Pennel est spécialiste en sciences politiques et en questions internationales. Après une expérience en institut de sondage, il a piloté les études d’opinion au sein du ministère de la défense. Il est actuellement consultant éditorial en agence de communication.

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« Au premier tour, on choisit, au second on élimine ». On connaît bien cet adage qui résume, à l’occasion d’une présidentielle sous la Vème République, le cheminement psychologique de l’électeur. Néanmoins, en 2017, la volonté d’éliminer s’est souvent manifestée dès le premier tour. Et c’est Emmanuel Macron qui a bénéficié du vote utile de la part de nombreux électeurs, plus stratèges que jamais. Non pas qu’il n’ait suscité d’adhésion enthousiaste : la capacité à mobiliser du benjamin des candidats a été spectaculaire, comme en témoigne la constitution d’une armée de 250 000 adhérents qui marchent derrière lui, après seulement une année de création. Mais  les sondages réalisés à l’issue du premier tour semblent indiquer que la candidature d’Emmanuel Macron suscite moins d’attentes parmi ses électeurs, en comparaison avec celle de Marine Le Pen.

Ce constat est établi à partir des motivations du vote. Selon OpinionWay, 65% des électeurs macronistes ont certes voté pour le voir élu Président, mais on compte également 22% d’entre eux qui ont glissé leur bulletin dans l’urne uniquement parce qu’il leur « déplaisait le moins ». Quelque peu étonnant pour un premier tour. A titre de comparaison, 80% des électeurs de Marine Le Pen étaient animés par le souhait qu’elle devienne Présidente contre seulement 8% qui ont voté pour elle par dépit. Cet état d’esprit est conforté par la stratégie de vote élaborée par les votants : 45% des électeurs de Macron déclarent avoir « voté utile » contre seulement 21% de ceux de Le Pen.

Ce constat est conforté par les attentes personnelles à l’égard de cette élection : elles sont mesurées dans l’électorat du centriste, mais considérables dans celui de la candidate FN. Seulement 39% des Français ayant voté pour Macron pensent que leur situation personnelle s’améliorera avec lui, alors que 74% des pro-Le Pen l’espèrent avec elle. Si les attentes personnelles sont beaucoup moins fortes dans le vote Macron, c’est peut-être aussi parce que ses électeurs occupent une position plus confortable dans la société. Si l’on s’en tient uniquement au critère financier, Emmanuel Macron capte, selon Ipsos, 13% des voix chez les Français déclarant s’en sortir « très difficilement chaque mois », alors que Marine Le Pen en intercepte 43% auprès de ces catégories modestes.

Dès le premier tour, le vote en faveur d’Emmanuel Macron a donc souvent été un choix de raison, beaucoup de ses électeurs s’étant alarmés de la ligne franchement libérale de François Fillon, de surcroît empêtré dans les affaires, ainsi que par le positionnement très à gauche de Benoît Hamon ou de Jean-Luc Mélenchon. Emmanuel Macron est certes crédité d’une avance très significative pour gagner l’élection, mais réussir à transformer le vote en sa faveur en choix enthousiaste représente peut-être son vrai défi pour ce second tour.

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