L’Europe, un idéal oublié ou rejeté ?

L’Europe, un idéal oublié ou rejeté ?

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Mayeul l'Huillier

Co-fondateur de Délits d’Opinion

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Biographie

Après un diplôme de l’Edhec, Mayeul l'Huillier a consacré les premières années de sa vie professionnelle aux études d'opinion et aux affaires publiques. Il travaille désormais dans le secteur viticole où il dirige le Syndicat Viticole des Graves. 

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Trois ans après le rejet par les Français du Traité pour l’adoption d’une Constitution Européenne, la France a pris à la fin du mois de Juin la présidence de l’Union. Quinze jours après ce rendez-vous, un sentiment d’indifférence semble planer aujourd’hui au-dessus de la question européenne : les médias n’abordent que très rarement les enjeux que la France va devoir aborder au cours des six mois à venir, les Français ne parlent que très peu de cette échéance proche (24% d’entre eux en ont parlé d’après le dernier baromètre Ifop Paris Match) et les politiques semblent passer sous silence cette thématique piège, dans un contexte actuel plutôt obstrué par la question du pouvoir d’achat et la hausse du prix du pétrole.

Ainsi, si un sondage de l’Ifop pour le Centre d’Information sur l’Europe réalisé au début du mois de Juin montrait que les Français anticipaient plutôt bien le passage de relais à venir et que les deux tiers d’entre eux semblaient savoir que la France allait hériter de la Présidence au début du mois de Juillet, une autre étude menée par Opinion Way pour Metro met en avant une opinion publique globalement toujours aussi sceptique au sujet de la construction européenne qu’il y a trois ans.

Alors que le vote « non » des Français avait mis fin au processus lancé dans les vingt-sept pays européens, près des deux tiers des personnes interrogées (64%) jugent que le résultat du référendum du 29 mai n’a pas véritablement eu d’incidence sur la suite du processus de la construction européenne et 57% d’entre elles estiment même que la France a rendu service aux pays européens qui n’avaient pas la possibilité de voter. Dans le même sens, la majorité des interviewés estiment que ce résultat n’a pas servi aux politiques et ne leur a pas permis de mieux prendre en compte les souhaits de l’opinion par rapport à l’Europe (54%). Ainsi, trois ans après le référendum européen, le bilan est sévère : ce vote n’a servi à rien, ni à remettre en cause les politiques, ni à relancer du processus européen.

Le constat dressé par les Français est même plus cinglant que cela : la manière dont est conduite la construction européenne n’a pas évolué (57%), ce qui montre le peu d’impact du référendum et le décalage entre le souhait des Français à ce sujet et la façon dont elle est abordée par la classe politique. Les Français ressentent ainsi toujours autant une forme de mépris de leurs dirigeants envers les opinions qu’ils ont exprimées dans le rejet de la Constitution. Ceci explique l’indifférence populaire envers la thématique européenne, et est stigmatisé par le fait que les Français accusent aujourd’hui Bruxelles de tous leurs maux.

Et ce n’est pas l’adoption du traité de Lisbonne par le Parlement en décembre dernier qui change la donne, puisque 64% des personnes interrogées affirment que l’adoption de ce traité est une remise en cause du vote des Français. On entendait pourtant il y a trois ans que les Français n’aimaient voir l’Europe se faire derrière leur dos. Cela non plus n’a pas changé depuis et explique le rejet par les Français à tout ce qui d’une façon ou d’une autre a trait à l’Union Européenne.

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