Les périls de la perception : l’étude qui déconstruit les idées reçues

Les périls de la perception : l’étude qui déconstruit les idées reçues

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Grégoire Lusson

Analyste Délits d'Opinion

Biographie

Ancien élève de Sciences Po Rennes et du CELSA, Grégoire Lusson travaille aujourd’hui au sein du département Tendances & Prospective d'un institut de sondage.

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L’étude internationale « Perils of perception », menée par l’institut Ipsos dans 33 pays à la fin de l’année 2015 démontre à quel point notre vision du monde, des sujets politiques et sociétaux est déformée par rapport à la réalité que nous imposent les faits.

Cette étude permet tout à la fois de démontrer le décalage entre la réalité et la perception des individus tout en replaçant dans l’esprit de chacun les problématiques politiques modernes à leur juste niveau. Alors, dans quelle mesure les individus se trompent-ils ? Qui se trompe le plus, qui se trompe le moins ?

Les 1% les plus riches et leur fortune fantasmée : Français, Britanniques et Russes loin de la réalité

Alors que les Français pensent que les 1% les plus riches possèdent 56% de la richesse nationale, en réalité ils n’en possèdent que 23%, soit un écart considérable de 33 points.

Outre-Manche, c’est le même constat. Les Britanniques pensent que les 1% les plus riches détiennent 59% de la richesse alors qu’ils n’en détiennent que 23%. Des décalages qui laissent penser que les Français et les Britanniques perçoivent la distribution de la richesse dans leur pays comme inéquitable.

Dans le sens inverse, les Russes sous-estiment l’accaparation de la richesse par les 1% les plus riches. Ainsi, ils pensent que les 1% ne possèdent que 54% de la richesse nationale alors qu’en réalité ils en possèdent 70%.

A souligner, ce sont les Mexicains qui ont la perception la plus juste puisqu’ils pensent que les 1% les plus riches possèdent 36% de la richesse du pays, un chiffre qui est tout à fait conforme à la réalité.

Obésité et surpoids : les gens s’estiment plus maigres qu’ils ne le sont en réalité

 A la question : sur 100 personnes (20 ans et plus), selon-vous quelle est la proportion de gens en surpoids ou souffrant d’obésité, les Saoudiens, Turcs et Israéliens sont les plus éloignés de la réalité. Ainsi, les Saoudiens estiment que 28% de leur population est obèse ou en surpoids, quand dans la réalité il s’agit de 71%. Un différentiel frappant de 53 points entre la perception et la réalité. Les Turcs et Israéliens ont les mêmes biais : avec des écarts de 33 points par rapport à la réalité. Chez les Français, le biais existe aussi mais il est moins élevé (17 points). En effet, ils estiment que 32% de la population est obèse ou en surpoids quand en réalité ils sont 49% à l’être.

Le biais inverse existe mais il est plus rare. Ainsi les Indiens estiment que 41% de leur population est obèse ou en surpoids quand ils ne sont que 20% à l’être en réalité.

A souligner, les Sud-Coréens sont les plus précis puisqu’ils estiment que 32% de leur population est obèse ou en surpoids, ce qui est fidèle à la réalité.

Immigration : le nombre de personnes nées à l’étranger largement surestimé

 A la question, quel pourcentage de la population n’est pas né dans le pays ; les personnes interrogées se trompent lourdement et surestiment le nombre de personnes nés hors des frontières. Ceux qui se trompent le plus sont les Argentins et les Brésiliens, avec une erreur de près de 25 points. Ainsi les Argentins pensent que 30% de la population est née à l’étranger (5% en réalité) et les Brésiliens pensent que 25% de la population est née à l’étranger (0,3% en réalité). En France, la surestimation est aussi de mise : les Français estiment que 26% d’entre eux sont nés à l’étranger, alors qu’ils sont seulement 12% en réalité.

Les Saoudiens sont les seuls à se tromper dans l’autre sens estimant que 24% de leur population est née à l’étranger, alors que 31% le sont en réalité.

Les Norvégiens sont les plus fidèles à la réalité : ils pensent que 16% sont nés à l’étranger, proche des 14% réels.

Le nombre de Musulmans largement fantasmé en Europe de l’Ouest

Dans la vague 2014 de « Perils of Perception », Ipsos avait posé la question aux habitants de 14 pays : sur 100 personnes combien selon vous sont Musulmans dans votre pays ?

Sur cette question, la réalité est largement déformée puisque les Français et les Belges sont ceux qui se trompent le plus : les Franaçais estiment que 31% d’entre eux sont musulmans, alors qu’ils ne sont en réalité que 8%. En Belgique, l’écart est du même ordre, les Belges pensent que 29% des habitants sont musulmans, alors qu’ils sont seulement 6%.

Comment expliquer de tels biais ?

« L’indice d’ignorance » développé à la suite de l’étude nous montre qui est le plus loin de la réalité et qui est le plus proche. Ainsi, les trois nations les plus éloignées de la réalité sont Le Mexique, l’Inde et le Brésil alors que les plus proches de la réalité sont la Corée du Sud, l’Irlande et la Pologne.

Au-delà de ce classement plus ou moins anecdotique, on peut se poser la question des causes de cette déformation de la réalité passée par le prisme de l’individu. L’institut Ipsos révèle 5 causes majeures expliquant l’écart : tout d’abord l’habileté ou non à se représenter des données mathématiques et statistiques. Ensuite les préjugés propres à chaque individu, mais aussi l’incapacité à compter dans les pays les moins avancés. En outre, l’influence des média et de leur traitement des faits peut évidemment déformer la perception : par exemple si les Français sont ceux qui se trompent le plus sur le nombre de Musulmans en France, c’est probablement car le traitement médiatique de ce sujet est très fort depuis plusieurs années. Enfin, il peut sembler a priori normal de ne pas connaître certains chiffres, c’est la cause que l’institut convoque en dernier : l’ignorance rationnelle.

Un patchwork mondial qui recouvre plusieurs réalités

L’étude permet aussi de mettre en perspective de nombreuses différences internationales. Ainsi, plusieurs exemples frappants mettent en exergue cette diversité à travers le monde. On peut évoquer l’inégale distribution de la richesse à travers le monde : Ainsi, 1% des Russes les plus riches possèdent 70% de la richesse du pays quand 1% des Néo-Zélandais les plus riches possèdent seulement 18% de la richesse du pays. Sur l’égalité des sexes, la comparaison est similaire : seules 10% des « hommes politiques » sont des femmes au Brésil contre 44% en Suède.

 On peut également évoquer les morphologies et habitudes alimentaires aux antipodes : quand 66% des Américains sont en surpoids ou obèses contre seulement 23% des Japonais.

La diversité du monde, c’est aussi les modèles familiaux qui sont complétement différents au sein d’un même continent : si 50% des Italiens âgés entre 25 et 34 ans habitent chez leurs parents, seulement 4% des jeunes Norvégiens vivent encore dans le foyer familial. Un différentiel qui met en évidence la différence d’impact de la crise économique en fonction des pays.

Au-delà des préjugés, l’étude démontre donc la singularité de chacun des pays et le patchwork que représente le monde à travers la diversité des réalités qui s’y appliquent.

 

Retrouvez l’intégralité de l’étude ici : http://fr.slideshare.net/IpsosMORI/the-perils-of-perception-in-2015-ipsos-mori

Retrouvez le quizz ici : https://www.ipsos-mori.com/_assets/sri/perils/quiz/

 

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