Sarkozy peut-il forcer un second rendez-vous avec l’histoire ?

Sarkozy peut-il forcer un second rendez-vous avec l’histoire ?

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Matthieu Chaigne

Co-fondateur Délits d’Opinion

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Biographie

Diplômé de Dauphine, de l’EDHEC et d’un master de Lettres à la Sorbonne, Matthieu Chaigne commence sa carrière en tant que planneur stratégique au sein d'Ogilvy. En  2012,il intègre le cabinet de communication stratégique Taddeo comme Directeur Conseil. Il est aujourd'hui Directeur Associé du groupe BVA (pôle conseil/ Le pouvoir des idées)  il est par ailleurs l'auteur de "La France en Face" aux éditions du Rocher.  

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Alors que Nicolas Sarkozy doit se déclarer officiellement demain, quelle est la probabilité qu’il puisse l’emporter le 6 mai ? Devant un cercle d’intimes, François Fillon aurait récemment estimé les chances du Président sortant à 20%. Interrogés par CSA sur le sujet, 48% de français pensent que François Hollande sera élu. Seuls 29% des Français croient dans les chances de Nicolas Sarkozy.

Le Président n’a que de faibles chances de gagner. A moins qu’une collision  d’évènements vienne redistribuer les cartes et lui offrir une improbable réélection. Un scénario qui repose sur un quadruple pari.

 

UNE ERUPTION DE VIOLENCE

Premier pari : que l’actualité vienne remettre au premier plan le cocktail corrosif d’insécurité et d’immigration. Selon un sondage publié le 12 février par TNS Sofres pour Dimanche +, ces questions ne sont plus citées que par respectivement 15% et 12 % de la population française comme facteur «comptant le plus dans leur choix du candidat ». En février 2007, l’insécurité était citée par presque un tiers des français. Même chez les sympathisants de droite, le reflux est marqué (-9 points).  Ce thème est prégnant, mais relégué au second rang, alors que la crise propulse les questions d’emploi et de pouvoir d’achat au coeur des préoccupations

Une étincelle pourrait changer la donne. Eruption de violence dans les banlieues, cocktail associant violence et immigration : théoriquement de tels évènements signent l’échec d’un gouvernement en place. En réalité, l’exemple de l’embrasement des banlieues en 2005, avait démontré que dans un contexte explosif, l’opinion publique fait corps avec le pouvoir en place. Ainsi en 2005, quelques jours après la décision d’un couvre-feu, la cote de popularité de Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin avait bondi respectivement de 11 points et 6 points (baromètre IPSOS, LE Point – novembre 2005).

Aujourd’hui, un tel scénario pourrait aider le Président sortant. Les questions de sécurité et d’immigration demeurent les derniers bastions où sa crédibilité est plus grande que celle de François Hollande. Selon le baromètre CSA de février 2012, pour lutter contre l’insécurité, 33% de nos compatriotes font confiance à Nicolas Sarkozy. Soit 10 points de plus que François Hollande, mais aussi 12 points au dessus de Marine Le Pen qui recueille 21% des suffrages. En d’autres termes, si le cocktail immigration + insécurité s’invitait dans l’actualité médiatique, Nicolas Sarkozy pourrait reprendre la main.

Si personne n’imagine que le pouvoir en place se prête au jeu du pompier pyromane, il peut en revanche tenter de rebondir sur l’actualité pour remettre ces thématiques sensibles au cœur de l’élection présidentielle. D’autant que Marine Le Pen, dont la campagne patine, est aussi tentée de remettre ces thèmes de prédilection au centre du jeu. Une alliance de circonstance entre les deux pires ennemis qui chassent sur les mêmes terres.

 

UNE INSTABILITE ECONOMIQUE MONDIALE MAJEURE

Second pari : miser sur une dégradation de la situation économique. La perspective d’une sortie de l’euro par la Grèce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy. Elle viendrait donner corps au risque d’explosion de l’Europe, encore bien virtuel, et valoriser l’expérience de Nicolas Sarkozy sur la scène internationale. C’est d’ailleurs le second et seul autre motif de satisfaction pour le Président sortant : les français en effet le jugent le plus capable de « défendre les intérêts de la France dans la mondialisation », recueillant 33% des suffrages contre 26% pour François Hollande. Le Président voit ainsi valorisé ses interventions conjointes avec les grands de ce monde, et notamment la chancelière Angela Merkel.

« LA BOULETTE » DES ADVERSAIRES

La valorisation de l’expérience du Président  sur la scène internationale doit aller de pair avec un discrédit des autres candidats. Dans cette perspective,  l’UMP rêve à voix haute d’une sortie de route des concurrents. La boulette de campagne est en effet  la hantise de tous les candidats. On se souvient de « La bravitude » lancée par une Ségolène Royal inspirée devant la muraille de Chine ou plus récemment d’Hervé Morin évoquant le souvenir personnel du débarquement allié, alors même qu’il n’était pas encore né. Une faute qui peut coûter cher, et installer le poison insidieux du doute. Selon Stéphane Rozès interrogé par Le Monde Magazine, « la bourde pose la pire des questions pour un candidat : a-t-il le niveau ». On comprend dans ces conditions, la tactique de harcèlement pratiquée par les snipers de l’UMP pour pousser François Hollande à la faute. Une sortie de route qui viendrait donner corps à l’argument d’inexpérience du candidat socialiste. Mais pour l’instant, les tentatives déstabilisation ne prennent pas. Se sentant immunisé par les sondages, le candidat socialiste a banni toute improvisation, déroulant son programme. Un infléchissement pourrait l’obliger à sortir de ses sentiers balisés…

 

UNE RECONCILIATION AVEC LES FRANCAIS

Enfin, dernier passage obligé pour gagner, maintes fois évoqué par Délits d’Opinion : la réconciliation avec les français. Plus qu’un enjeu de programme, la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012 serait d’abord celle d’un homme. Dans les sondages actuellement, le second tour prend des allures de référendum anti-Sarko. Ainsi, quand on demande aux Français pour quelles raisons ils souhaitent voter pour François Hollande au second tour, seuls 33% indiquent « avant tout souhaiter que François Hollande soit Président de la République » : 63% voteraient pour lui, « avant tout pour que Nicolas Sarkozy ne soit pas élu Président de la République ». Alors qu’il met la dernière touche à son livre, le Président doit répondre à 3 questions. Peut-on lires ses cinq ans au pouvoir comme un combat contre le déclassement dans une communauté de destin avec les français? La frénésie du changement, notamment ces dernières semaines, est-elle une fuite en avant ou l’intériorisation qu’un retour en arrière n’est jamais possible ? L’homme Nicolas Sarkozy a-t-il enfin conscience de sa finitude, est-il capable d’auto-dérision sur sa propre nature ?

Agenda médiatique braqué sur les enjeux régaliens, crise économique, boulette des concurrents, réconciliation  avec les Français  : si ces quatre évènements  se téléscopent dans les 60 jours, Nicolas Sarkozy peut espérer gagner. L’histoire va-t-elle passer le plat pour la seconde fois ?

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