Ouverture des jeux en ligne : Un pari trop audacieux ?

Ouverture des jeux en ligne : Un pari trop audacieux ?

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Raphaël Leclerc

Co-fondateur Délits d'Opinion

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Biographie

Ancien élève de la Sorbonne, du Kings Collège à Londres et diplômé de la London School of Economics, Raphaël Leclerc a travaillé en institut d’études sur des thématiques d’opinion puis en cabinet de conseil en communication. Il est aujourd’hui Directeur Conseil au sein d’ELABE, un acteur hybride qui associe études, planning stratégique et conseil.

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Jeux en ligneAu mois de janvier, Délits d’Opinion avait anticipé la promulgation d’un texte de loi relatif à la libéralisation du marché des jeux en ligne en publiant une première analyse sur le sujet. Nous avions, à ce sujet, rencontré le rapporteur du projet de loi à l’Assemblée, Jean-François Lamour. Quatre mois plus tard et après des allers-retours entre le Sénat et l’Assemblée nationale, le projet de loi a enfin été ratifié par les députés à l’occasion d’un vote solennel le 6 avril. Adopté après une bataille parlementaire qui a imposé des changements au niveau du calendrier législatif et le dépôt de plus de 200 amendements par la gauche, la France semble avoir enfin rattrapé son retard.  Mais à quel prix ?

 

L’étude publiée par l’institut TNS Sofres au mois de décembre 2009 avait clairement mis en lumière la passion française pour les jeux d’argent et l’existence d’un marché à fort potentiel : 4% de joueurs déclarés sur Internet contre 48% de la population qui déclare « jouer à des jeux d’argent » dont 13% qui affirment « y jouer souvent ». A quelques cinquante jours du plus grand événement sportif mondial, la Coupe du Monde de Football en Afrique du Sud, l’opportunité d’une modification des conditions de paris a très vite su « séduire » les dirigeants politiques, les fonds d’investissements mais surtout les acteurs déjà existants comme le PMU et la Française des Jeux.

 

Devant la pression des pays européens, le législateur a été contraint de mettre les bouchées doubles, accélérant sans cesse la machine parlementaire pour être au rendez-vous sportif de l’été (auquel il faut en ajouter d’autres comme Roland Garros, Wimbledon et le Tour de France…).

 

Quelques jours après la validation de ce projet de loi, une nouvelle étude TNS Sofres a permis de dresser un premier état des lieux de la situation après ces quelques mois de « pédagogie » comme il avait été prévu. En effet, l’objectif de la libéralisation était d’offrir une meilleure lisibilité des acteurs, un plus grand suivi des joueurs donc un dispositif de prévention (pour les mineurs et les joueurs dépendants) plus efficace. Cette nouvelle étude permet de mesurer la perception qu’ont les Français de cette initiative législative à l’heure d’ouvrir « légalement » un premier compte sur Betclic, Winamax, Unibet ou Bwin.

 

Il apparait que les Français se montrent très pessimistes quant aux effets de l’ouverture à la concurrence du marché des jeux en ligne. Ce constat s’avère particulièrement vrai sur deux points. Tout d’abord, les Français estiment que la libéralisation va renforcer le risque « d’arnaque » pour les joueurs : 55% (60% pour les joueurs). Dans le détail, on note que l’ensemble de la population partage cet avis ce qui démontre que le fait d’être joueur ou d’avoir un « profil de joueur » n’influence pas de manière très importante les résultats. On note également que les Français sont une très large majorité à estimer que la libéralisation de ce marché va avoir des effets négatifs sur   » la santé et la dépendance des joueurs et en particulier des plus jeunes » : 67% dont 71% chez les joueurs.

 

Contraint par un contexte international défavorable et fortement incité par les acteurs économiques souhaitant investir dans le secteur, les pouvoirs publics ont pris les devants sur ce sujet, oubliant un peu vite que les Français auraient besoin de temps pour mieux intégrer ces nouvelles règles du jeu. Le mot « libéralisation », fréquemment utilisé pour décrire l’ouverture du marché des paris en ligne et  historiquement mal perçu par les Français a donné l’image d’un moins grand contrôle alors que c’était l’inverse qui était visé par les députés.

 

Le 11 juin prochian s’ouvrira la Coupe du Monde de football et nul doute que les paris légaux ou non seront nombreux, en France comme ailleurs. Pour ce qui est de la gestion de la dépendance et de prévention du jeu chez les plus jeunes, on peut parier qu’elle n’aura pas progressé autant que le législateur le souhaitait.

 

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