Nicolas Sarkozy sur TF1 : ne croyez pas les chiffres !

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Raphaël Leclerc

Co-fondateur Délits d'Opinion

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Biographie

Ancien élève de la Sorbonne, du Kings Collège à Londres et diplômé de la London School of Economics, Raphaël Leclerc a travaillé en institut d’études sur des thématiques d’opinion puis en cabinet de conseil en communication. Il est aujourd’hui Directeur Conseil au sein d’ELABE, un acteur hybride qui associe études, planning stratégique et conseil.

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Depuis lundi soir les commentaires vont bon train sur la performance du Président de la République lors de l’émission diffusée en prime-time sur TF1. Revenant à un exercice qu’il affectionne tout particulièrement, Nicolas Sarkozy a pu débattre face à une douzaine de « Français moyens » – une appellation qui ferait bondir dans les instituts d’études – et devant 8,6 millions de téléspectateurs selon Médiamétrie. Ce score, le meilleur de la soirée, représente 32% de part de marché et constitue un succès à la fois pour TF1 et pour la Président, inquiet de savoir si les Français se mobiliseraient pour cette nouvelle prise de parole.

Cette inquiétude s’est en effet cristallisée la veille lorsque TNS Sofres publia les résultats d’une enquête indiquant que 32% des Français pensaient regarder l’intervention du chef de l’Etat. A la vue des résultats, le commentaire de l’institut le précisait lui-même, « L’intervention du chef de l’Etat lundi soir sur TF1 ne suscite pour l’instant ni engouement massif ni désintérêt de la part des Français ». A bien y regarder ces résultats n’appelaient donc pas de commentaires particuliers, tout juste pouvaient-ils servir de baromètre à l’heure de zapper entre la Guerre des Etoiles proposée par M6 et le prime time de TF1. En effet, sans élément de comparaison existant dans ce sondage, ce chiffre ne pouvait donner lieu à un vrai débat. Pourtant, tout au long de la journée de lundi, les médias sont revenus sur ce score, le trouvant parfois « faible », symbolisant « le désintérêt pour la politique »  ou « le désarroi face à l’inaction présidentielle ». Cette tendance à faire du scoop en se basant sur les résultats d’une enquête pourtant sans saveur particulière n’est pas nouvelle mais participe à la détérioration de l’image des sondages. On peut ici regretter n’avoir eu aucun élément de comparaison avec des interventions précédentes de Nicolas Sarkozy ou de ses prédécesseurs, ce qui aurait permis une analyse plus solide de cette intention de regarder le chef de l’Etat.

Le lendemain, ces mêmes médias ont, à l’inverse, salué le bon score du Président à… 32% de part de marché… L’ironie du sort veut que ce soit ce même chiffre qui ressorte, pourtant la réalité est bien différente. En effet, d’après l’enquête de TNS Sofres (sur les 18 ans et plus), la population estimée qui devait être devant son écran était d’environ 16 millions de Français. Or le résultat final est de 8,6 millions, soit la moitié du score prévu. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les médias ont donc critiqué la faiblesse d’un public potentiel de 16 millions d’individus le lundi, se félicitant le lendemain d’une audience de 8, 6 millions… Comme souvent, l’utilisation des sondages, des intentions déclarées, demande une grande prudence que de nombreux journalistes semblent oublier, quitte à entretenir la sempiternelle critique envers les instituts et les chiffres qu’ils publient…

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