Gavés de sondages ?

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Mayeul l'Huillier

Co-fondateur de Délits d’Opinion

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Biographie

Après un diplôme de l’Edhec, Mayeul l'Huillier a consacré les premières années de sa vie professionnelle aux études d'opinion et aux affaires publiques. Il travaille désormais dans le secteur viticole où il dirige le Syndicat Viticole des Graves. 

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Tranquille dans sa prairie, paressant mollement dans les herbes folles, à côté d’une alimentation d’eau fabriquée à l’aide d’un demi-bidon métallique rouillé, et de sa canardière en bois et tôle ondulée, le canard était jusqu’à ces derniers temps épargné par la frénésie sondagière qui s’est emparée de notre pays. Las, ces jours sont désormais révolus, nos amis palmipèdes sont eux aussi tombés au champ d’honneur de la sondomanie.

Avec la complicité de l’institut CSA, deux associations, la Société Nationale de Défense des Animaux et Stop Gavage, se sont emparées du sujet de la perception dans l’opinion de la souffrance animale lors du gavage des oies et des canards. A quelques semaines des fêtes de fin d’année, période où les ventes de foie gras sont les plus florissantes, le coup médiatique était osé. Délits d’Opinion vous offre une lecture du sondage publié sur le site internet de CSA.

 

Tout d’abord, les résultats de ce sondage nous montrent la facilité avec laquelle l’opinion publique s’identifie aux canards et aux oies : 91% de la population interrogée expriment un jugement sur la douleur ressentie par ces pauvres bêtes dans le cadre de cette pratique, parmi lesquels 63% estiment que le gavage est source de souffrance. Cette majorité explique la proportion élevée mais minoritaire de répondants s’exprimant en faveur de l’interdiction du gavage dans la production de foie gras (43% contre 47% d’opposants à l’interdiction). Le lecteur trouvera toutefois regrettable de ne pas pouvoir accéder au croisement de ces questions par l’origine géographique des répondants : nul doute que les habitants des zones urbaines ont un avis éclairé sur ce sujet…

Cette étude nous permet également d’en savoir plus sur le comportement de nos concitoyens en société face à un foie gras. Si 19% de la population interrogée affirme ne pas acheter de foie gras pour des raisons éthiques liées au traitement des animaux, seuls 13% refusent du foie gras lorsqu’ils sont invités à dîner. Si leur jusqu’au-boutisme force l’admiration, ces résultats mettent en évidence que 6% de la population est donc bien élevée et se force à déguster le merveilleux foie gras, accompagné de petits toasts délicatement best online casino grillés et d’une divine confiture d’oignons, que lui offre son hôte.

Enfin, 34% des Français ne sont pas aussi idiots que certains sondeurs semblent le penser. Après trois questions insistantes sur la violence du gavage des canards et des oies, un tiers des Français est capable de trouver la réponse souhaitée parmi les raisons pouvant l’amener à stopper sa consommation de foie gras : la souffrance des animaux. Pour autant, malgré le rabâchage des questions précédentes, la principale raison d’arrêter d’acheter du foie gras reste le coût trop élevé des produits (49%) et les risques pour la santé (46%).

 

Difficile à accepter pour la filière des éleveurs de canards, ce sondage est un exemple parfait de ce qui se multiplie aujourd’hui : afin d’exister médiatiquement et de créer l’événement, de nombreux associations ou lobbies cherchent à bénéficier de sondages favorables pour montrer la légitimité de leur action. C’est souvent dans ce type de sondages que l’on découvre les écueils qui rendent parfois les études d’opinion discutables : questions d’expertises sur lesquels l’opinion publique n’a pas les connaissances nécessaires pour répondre, questions que les interviewés ne se posent pas ou ordre des questions permettant de guider le répondant vers la réponse que l’on souhaite : la palette « méthodologique » est large, mais le sondage est boiteux…

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